★★★★☆ Pardonnez leurs offenses
The Ex-Peopl, planche du tome 1 © Bamboo / Utkin / DesbergEn l’an de grâce 1271, aux environ de Pâques, sept pèlerins interlopes pénètrent dans la ville sainte de Jérusalem… Deux femmes, dont une aux cheveux roux et à la peau calcinée, un guerrier de petite taille arborant une sombre épée, un chevalier qui ne peut plus retirer son heaume, un surprenant cheval, un chat plat et un perroquet don juannesque qui tous sont passés de vie à trépas, espèrent trouver la rédemption et recouvrer leur intégrité physique en versant leur obole à Dieu qui se trouverait dit-on dans une église en ruine nimbée de brume sise dans l’allée du Golgotha…

Las, les choses ne sont pas si simples… Alors qu’ils se pensaient au bout de leur peine, ils apprennent de la bouche d’un prêtre que les pièces d’or et d’argent constituant leur obole se doivent d’avoir été gagné par de bonnes actions… Et s’ils ont sur eux la somme nécessaire, on ne peut pas dire qu’elle ait été acquise de façon chrétienne ou charitable…

Contraint de revoir leur modus operandi de fond en comble et désireux de recevoir le divin pardon, les sept ex-people commencent une nouvelle croisade pour le moins improbable…


The Ex-Peopl, planche du tome 1 © Bamboo / Utkin / Desberg
un récit baroque, décalé et décapant
Avec The Ex-People, Stephen Desberg nous montre une facette méconnue de son talent de scénariste en nous livrant un récit haut en couleur mêlant univers de medieval-fantasy baroque et humour décapant…

Ce premier tome est découpé en plusieurs chapitre dont on pouvait légitimement penser que chacun mettrait en lumière le passé souvent trouble de l’un des protagonistes au vu des premiers chapitres et au fil des rencontres ! Que nenni ! Après une scène d’introduction présentant nos valeureux (anti)héros et leur improbable quête, le facétieux scénaristes nous compte les mésaventures du chevalier au heaume rivé sur sa tête puis de la supposé sorcière brûlée par des villageois crédules ou jaloux… Nous allons ainsi rencontrer un à un les différents personnages et animaux unis dans la mort pour retrouver la vie mais le passé de certains restera pour l’heure en suspens… A travers chacun d‘eux, l’auteur de Black Ops, de Scorpion ou des Rivières du Passé nous brosse un portrait au vitriol de notre misérable humanité et de ses mille et une mesquineries dans un moyen-âge délicieusement obscurantiste…

The Ex-Peopl, planche du tome 1 © Bamboo / Utkin / DesbergEt son récit épique et cruel est porté par une formidable bande de personnages et animaux joyeusement barrée qu’il vaut mieux ne pas trop énerver sous peine de se voir réduire en charpie… Entre le serf dévoué à son cruel seigneur qui va être oublié au fond d’une geôle et y crever de faim, la gamine brulée comme sorcière à cause de la jalousie de la fille du chef du village, un perroquet sensément inséparable séducteur et volage, un chat désireux de laver la mauvaise réputation des félins et trois autres personnages énigmatiques, le moins que l’on puisse dire c’est que l’aventure s’avère pour le moins animée !

Ce premier tome sera pour beaucoup l’occasion de découvrir le travail de Alexander Utkin qui associe pour la première fois ses cayons alertes à la plume d’un scénariste, qui plus est chevronné… Evoquant par moment le travail graveurs qui ont enluminé les contes qui ont bercé notre enfance comme celui du regretté et inimitable F'murr, son dessins rugueux, mis en valeur par des couleurs et un sens de la narration saisissant, s’avère on ne peut plus expressif. Jouant des cadrages et des contre-jour, son découpage s’avère particulièrement incisif, soulignant à merveille le comique de situation et nous donnant à voir des scènes de combats d’anthologie qui trouveraient pleinement leur place dans l’un ou l’autre album de la série Donjon présidée par Sfar et Trondheim…

The Ex-Peopl, planche du tome 1 © Bamboo / Utkin / DesbergDans un registre où on ne l’attendait pas, Stephen Desberg marie sa plume aux rayons et aux pinceaux du sémillant Alexander Utkin pour tisser un récit joyeusement déjanté mettant en scène sept personnages iconoclastes un brin maudits et totalement morts en quête de rédemption…

Trépassés dans des circonstances tragiques, une sorcière calcinée, un chevalier casqué, un chat plat comme une crêpe, un inséparable volage, une archère aux yeux bleus, un nain vindicatif et un cheval à la robe blanche sont en route pour Jérusalem pour rencontrer Dieu et racheter leur fautes passées contre une obole sonnante et trébuchante… Mais le magot accumulé au cours d’exactions on ne peut violente ne peut payer leur écot et il leur faudra gagner honorablement les espèces sonnantes et trébuchantes nécessaire à l’accomplissement de leur quête…

Alors que l’on suit le possible idylle naissant entre le chevalier casqué et l’archère aux yeux bleus, l’album, solidement charpenté et riche en péripéties et en combat brutaux et virevoltants, s’avère particulièrement jubilatoire, tant pour son dessin original et expressif que pour son scénario iconoclaste et délicieusement décalé…


Et tout ces combats pour une si triste ruine ? Je ne sais pas si j’ai encore une vie, je veux dire, en tant que fantôme… Mais je n’ai certainement pas envie de la vivre ici.monologue du chevalier casqué

Chronique by Le Korrigan