★★★★☆ Irresponsables
Supers Vilains, planche du tome 1 © Fluide Glacial / Tanco / PelaezAvec son look gothique héritée d’une mère fan de The Crow, Sandra ne se fait guère d’illusions sur ses années lycée… Se sentant trop différente et guère à l’aise dans son corps filiforme, elle sait qu’elle est condamnée à trois ans de bagne, promise à être la tête de turc des élèves et des profs, entouré de nains boutonneux et de pétasses assumées…

Ce que tous ignorent, c’est qu’elle est dotée d’un super pouvoir qui la rend unique… Mais alors que Spiderman est doté d’une force peu commune et d’un sixième sens et qu’outre sa capacité de vol, Superman est doté d’une vision surpuissante, son pouvoir à elle est plutôt merdique… littéralement : elle peut déclencher à volonté des diarrhées suraigües et des crises de vomissements irrépressibles… Allez sauvez le monde avec ça !

Après s’être vengée de sa prof qui, pour la punir d’avoir décelé une erreur dans son énoncé, venait de l’humilier devant toute la classe, elle fait la connaissance de Wilma dont elle apprendra qu’elle est elle aussi dotée d’un pouvoir improbable lui permettant de brouiller les ondes des smartphones… Hugo, ado boutonneux au physique ingrat sort quant à lui avec les plus belles filles du lycée, ce que n’apprécient pas forcément leurs petits copains qui sont souvent les plus musclés du lycée qui ne manquent pas de lui faire savoir à coup de lattes… Ce qui laisse pousse Sandra et Wilma à le soupçonner d’être, comme elles, doté d’un super-pouvoir…

Supers Vilains, planche du tome 1 © Fluide Glacial / Tanco / PelaezTous trois vont unir leur force et leurs pouvoirs merdiques pour redresser les torts… Car un pouvoir, même de merde, implique de grandes responsabilités… ou pas…


une parodie irrévérencieuse mais intelligente
Après l’Ecluse, Automne en baie de Somme, Enfer pour Aube ou Bagnard de Guerre, nous retrouvons l’impressionnant Philippe Pelaez dans un registre où on ne l’attendait pas… Mais il faut dire que ce talentueux scénariste qui a indéniablement le vent en poupe semble prendre un plaisir jubilatoire à explorer de nouveaux terrains de jeu pour créer des récits originaux et captivants, refusant de se laisser enfermer dans une case…

Avec ce récit iconoclaste qui revisite avec humour la figure du super-héros tout en brossant un portrait lucide de la jeunesse d’aujourd’hui et de la difficulté de trouver sa place dans la société en général et au lycée en particulier quand on sort un peu de la norme en vigueur et qu’on se sent un brin inutile (vous pouvez reprendre votre respiration). Les pouvoirs un peu absurdes et dérisoires dont l’auteur a doté nos jeunes héroïques ados sont certes l’occasions de scènes particulièrement drôles, potaches et décalées mais montrent aussi qu’ensemble, en unissant nos maigres talents, on est plus forts que seul à se morfondre dans son coin… Supers Vilains, planche du tome 1 © Fluide Glacial / Tanco / Pelaez On appréciera tout particulièrement la façon dont le groupe va se constituer et la manière dont le scénariste fait basculer son récit joyeusement foutraque dans quelque chose de plus sombres, sans jamais se départir de sa délicieuse dimension décapante et parodique…

Après l’excellent Monsieur Vadim (sur un scénario de Gihef), Morgann Tanco prête ses crayons débridés et ses couleurs acidulées à ce récit de supers-zéros qui, souffre-douleurs oblige, auraient pu mal tourner s’ils ne s’étaient rencontrés… Follement expressif, son dessin prête vie à une foule de personnages bigarrés quelque peu azimutés et à quelques bigorneaux alors que son découpage inventif et ses cadrages percutants renforce avec art le comique de situation… Les extraits du journal intime de Sandra, illustré de dessins minimalistes viennent compléter le portrait de cette jeune femme un brin badgirl, mal dans sa peau mais désireuse de changer les choses en jouant les redresseuses de torts avec ses nouveaux potes…

Supers Vilains, planche du tome 1 © Fluide Glacial / Tanco / PelaezS’essayant avec le talent qu’on lui connaît à un genre où on ne l’attendait pas, Philippe Pelaez signe un récit de super-héros parodique où des ados marginalisés sont dotés de pouvoirs aussi improbables qu’inutiles…

Sur un mode résolument potache et indubitablement trash et humoristique, le scénariste tisse un récit baroque et irrévérencieux particulièrement drôle et entraînant et seule l’absence de la mention « tome 1 » vient atténuer notre engouement pour cette bande d’ados souffre-douleur qui ont décidé d’unir leurs pouvoirs de merde pour se la jouer redresseurs de torts… Mais au vu du cliffhanger, une suite est sans nul doute d’ores et déjà sur les rails... Le trait souple et follement expressif de Morgann Tanco est quant à lui au diapason de cette histoire joyeusement barrée mais, Philippe Pelaez, parfaitement maîtrisée…

Ce premier tome de Supers Vilains est indubitablement l’une des délicieuses surprises de cette rentrée !


Mais maintenant, nous savions qu’avec nos pouvoirs, nous pouvions aider les autres. Ce n’était peut-être pas très flamboyant et héroïque, mais au moins nous pouvions être utiles… Et pour nos supers pouvoirs de super-héros, il nous fallait juste trouver de supers fringues…SandraCitatio[n_auteur]

Chronique by Le Korrigan