Dans la baie de Pempoul, sur la côte bretonne, par un soir de tempête, poussé par Mélie, sa superstitieuse maîtresse, Kernok se rend dans la masure où vit un écorcheur, sa sorcière de femme et leur idiot de fils afin qu’on lui lise son avenir… Après un rituel et alors que le tonnerre gronde au dehors, la sorcière, qui connaissait ses plus sombres secrets, lui prédit que lui et sa compagne n’ont plus que treize jours à vivre…
Préoccupé par la prophétie, le capitaine Kernok regagne la Hyène, son navire, et exige d’appareiller au plus tôt… Peu après, ils abordent l’Epervier, un navire marchand aux cales si gorgées d’or qu’elle lui permettrait à lui et à son équipage de vivre à l’abris du besoin en attendant la mort. Après une fête mémorable qui vit le capitaine ordonner de bouter le feu à l’Epervier où se trouvaient les survivants de l’assaut, la Hyène est prise en chasse par une corvette battant pavillon anglais mieux armée qu’eux… Avant que le combat ne s’engage, Kernok demande à Mélie de se réfugier dans les cales du bateau…
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Ce premier roman d’Eugène Sue publié en 1830 sous forme feuilletonnesque dans les pages de
la Mode contenait en germe le talent de l’auteur. Après avoir adapté avec le brio que l’on sait ,
le loup des mers et , l’inénarrable et virtuose Reff Rib’s…
Porté par des récitatifs ciselés, ce formidable récit d’aventure mêle avec art humour noir, ironie grinçante et violence crue… Les dialogues entre Zélie et Grain-de-Sel ne manquent pas d’humour et de piquant, les derniers mots de Zélie, jambe arrachée à l’issue d’un abordage dantesque sont délicieusement décalé, la fête orgiaque faisant suite à l’arraisonnage de l’Epervier est truffée de scénettes mordantes et iconoclastes. Mais la dureté et l’âpreté de la vie de pirate, du passé de négrier de Kernok au supplice de Ti-Couët, puni pour son retard alors qu’il était au chevet de sa mère agonisante à la violence des combats navals, est-elle aussi joliment retranscrite dans la plus pure tradition du genre…
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Mais l’aspect fascinant de l’histoire est bel et bien sa chute, avec ce pirate cynique et amoral à qui on avait prédit une mort précoce qui trépasse étrangement, après une paisible vie bourgeoise, s’avère être d’une cinglante ironie, avec l’homélie du prêtre tissant un récit quasi hagiographie qui cause, on s’en doute, l’hilarité de deux de ses anciens compagnons de fortune venus l’accompagner à sa dernière demeure…
Mais si l’adaptation de l’auteur s’avère si saisissante, son formidable travail graphique n’y est évidemment pas étranger ! Peu d’artistes ont su retranscrire avec une telle force l’esprit aventureux et violent des récits de piraterie qui ont fait frémir et rêver tant de lecteurs. Il se dégage de ses planches une puissance évocatrice et romanesque saisissante. Sous ses crayons agiles et virtuoses, l’océan est tout à la fois sublime, fascinant et inquiétant. Porté par un découpage inspiré et des cadrages percutants, la narration graphique s’avère on ne peut plus fluide alors que les attitudes délicieusement théâtrales des personnages retranscrivent avec art leurs caractères et leurs états d’âmes. Comment ne pas être une nouvelle fois bluffé par le formidable travail de Riff Reb’s sur la lumière qui nimbe chacune de ses cases d’une lumière délicieusement envoûtante et étrangement irréelle ? Sans rien enlever aux autres séquences, ses scènes nocturnes s’avèrent être de toute beauté, de même que les cauchemars hallucinés et inquiétants de Kernok… La couverture où l’on voit le pirate perché sur un rocher acéré et semblant défier les océans et le destin s’avère quant à elle de toute beauté…
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Après A bord de l'Etoile Matutine, La Trilogie Maritime, Hommes à la mer, Riff Reb’s nous invite une fois encore à embarquer à son bord pour un nouveau récit d’aventure marine…
Alors que la tempête fait rage sur les côtes bretonnes, une sorcière prophétise à Kernok le Pirate que lui et sa compagne n’ont plus que treize jours à vivre. Troublé par ses révélations et sa connaissance de ses plus sombres secrets, Kernok décide d’appareiller au plus tôt. Ils arraisonnent peu après un navire marchand aux cales si gorgées d’or qu’elles permettrait à tout l’équipage de couler une paisible retraite… Mais, après avoir fêté dignement la prise du navire et l’avoir envoyé par le fond avec tous les survivants, voilà qu’ils sont pris en chasse par une corvette anglaise puissamment armée… Est-ce ainsi que s’achèvera le destin de Kernok ?
Riff Reb’s signe une fois encore une remarquable adaptation d’un récit de piraterie… Premier roman d’Eugène Sue, Kernok le Pirate mêle avec art la violence et la noirceur des histoires de pirates à un cynisme savoureux et à un humour grinçant. Le trait virtuose et le saisissant travail sur la lumière de l’artiste nous offre comme de coutume des cases et des planches somptueusement romanesques montrant la beauté et les dangers mortels de l’océan comme peu d’auteurs parviennent à le faire. Avec ce titre haut en couleur, plein de charmes et de maléfices, la Trilogie Maritime de Reff Rib’s devient Tétralogie…
- Maudite sorcière qui vient me poursuivre dans mes cauchemars !
- Kernok, cesse d’insulter la voyante ! D’ailleurs, tu ne m’as jamais donné sa prédiction.
- Fumisterie, charlatanisme !!! Nous avions treize jours à vivre. Deux mois se sont écoulés, et rien ! Il faudrait brûler cette bouffonne.
- Alors elle n’avait pas anticipé ce que je vois. Regarde.dialogue entre Kernok et Mélie