★★★★★ L’ombre du père
Kennedy[s], planche de l'album © Glénat / Khattou / PelaezAu vu de la pagination, on se doute que cet album a nécessité de nombreuses recherches documentaires pour retracer cette saga familiale ambitieuse et fascinante qui nous montre comment s’est forgé le mythe et la légende des Kennedy sur l’ambition et l’intransigeance d’un homme… Comme il l’explique dans la post face de l’album, le scénariste voulait d’abord raconter le destin tragique de JFK intrinsèquement lié à la date fatidique du 22 novembre 1963 où une balle magique à la trajectoire improbable foudroya le trente-cinquième président des Etats-Unis d’Amérique.

dans l’intimité des Kenedy
Mais le dossier de la mort de JFK, truffé de contradiction et de zones d’ombres ne pouvait s’expliquer sans s’intéresser au clan Kennedy, et plus particulièrement à son père, Joe Kennedy, homme à l’ambition démesurée qui chercha toute sa vie à protéger sa famille et à faire oublier leurs racines irlandaises et miséreuse… L’album s’ouvre sur le sort tragique de Rosemary Kennedy, troisième enfant du couple, et dont le comportement décalé s’écartait trop des jalons posés par le paternel qu’il alla jusqu’à la faire lobotomiser par peur du scandale... Mais l’homme qui devait assurer l’avenir de la famille n’était pars John Fitzgerald Kennedy, mais son grand frère, Joseph Patrick Kennedy… Kennedy[s], planche de l'album © Glénat / Khattou / PelaezCe n'est qu’à sa mort durant la seconde guerre mondiale que les ambitions nourries par le père se reportèrent sur le fragile et chétif John, que tout le monde appelait Jack, et qui se destinait plutôt à une carrière de journaliste… Pour faire accéder son fils au plus haute fonction, Joe Kennedy usa de son immense fortune et de ses accointances avec le crime organisé et les milieux politiques pour acheter des votes…

Philippe Pelaez impressionne une fois encore par sa capacité à raconter des histoires passionnantes et remarquablement bien construite. Il met avec finesse en lumière les drames et les zones d’ombres du clan Kennedy. Son récit n’est jamais ennuyeux, bien au contraire : il est passionnant ! De nombreux éléments sont rapportés par des discussions entre des grandes figures de l’époque qui permettent au lecteur d’avoir un regard croisé sur la famille Kennedy tout en impulsant un rythme soutenu à l’ensemble, rendant la lecture de l’album, certes exigeante, mais surtout remarquablement fluide… tout en étant en tous points fascinant et édifiant, de la première à la dernière page, malgré les quelques 528 pages de l’album !

Le dessin réaliste de Bernard Khattou permet de donner vie à ces personnages emblématiques qui marquèrent durablement le XXe siècle. Son sens du détail immerge le lecteur dans les différentes époques qui charpentent le récit, de la constitution de la fortune de Patrick Kennedy à l’ambition démesurée de Joe Kennedy, homme d’affaire sans états d’âme, jusqu’à la lente ascension du clan qui allait faire arriver l’un d’entre eux à la Maison Blanche. Le dessinateur ne s’est pas contenté de mettre en image l’édifiant récit de son complice scénariste : il a réalisé un travail de composition remarquable, nous offrant de nombreuses planches somptueuses en plus de son formidable travail de reconstitution historique.

Kennedy[s], planche de l'album © Glénat / Khattou / PelaezComment ne pas être une fois de plus bluffé par les talents de conteurs de Philippe Pelaez qui explore avec virtuosité de multiples genres. Cet album à la pagination conséquente devait s’intéresser à la figure de JFK dont le destin a été foudroyé en cette funeste journée du 22 novembre 1963.

Mais ni son élection, ni son assassinat, ne sont le fruit du hasard. Pour comprendre ce qui s’est joué à Dallas, l’auteur nous entraîne dans le passé trouble de ce clan issu de l’immigration irlandaise dont le grand-père a amorcé la fortune de la familiale… Mais c’est bien Joe Kennedy, son père, qui, animé par une ambition démesurée pour son clan, en homme d’affaire avisé et sans scrupules, a infléchit son destin, reportant sur John les ambitions qu’il nourrissait pour son frère aîné, mort au combat en août 1944. S’appuyant sur une solide documentation savamment digérée, le scénario est porté par une narration virtuose et le dessin réaliste de Bernard Khattou qui nous immerge avec art dans l’intimité de cette famille qui marqua durablement le destin d’un pays et du monde…

Aussi remarquable que la Bombe de Laurent-Frédéric Bollée, Alcante et Denis Rodier, Kennedy[s] est un album aussi fascinant qu’édifiant qui ravira les amateurs d’histoire contemporaine…

Chronique by Le Korrigan