Alors que le Major semble peu à peu perdre la main, la cité-Etat glisse lentement vers le chaos alors que les la drogue de synthèse qui circule dans les rues cause de nombreux incidents.
Dans la rue, les Invisibles s’opposent violemment à la secte de Ganz. Safir, la propre fille du major, continue à défier son autorité et prête allégeance aux triades et retrouve la trace de son frère tandis que Vananka poursuit sa route en solitaire, toujours hanté par le fantôme d’Isabelle et le remord de l’avoir trahi.
Après un premier tome violent et fascinant qui esquissait les contours d’une société au bord de l‘abîme, Kevan Stevens et Jef poursuivent leur récit choral, avec ces personnages jouant leur propre partition et improvisent comme ils le peuvent, reprenant des motifs singuliers et en apparence discordants mais qui composent un tout vertigineusement saisissant.

A l’instar de 1984, les livres sont proscrits mais le pire est que la musique l’est également, privant tout un chacun de cette porte ouverte vers un ailleurs où peuvent s’exprimer leurs pulsions, leurs états d’âmes et leurs sentiments. Dans un monde gangréné par la pollution et la corruption, les tensions entre les différentes factions s’exacerbent alors que l’autorité du Major est battue en brèche jusqu’à dans sa propre famille… L’alternance des récits parallèles impulsent un rythme soutenu à l’ensemble, comme un puissant riff de basse implacable, hypnotique et entêtant. Les destins se croisent et se télescopent avec violence, broyant des vies entre les engrenages grippés d’une machine devenue folle et incontrôlable. L’humanité semble se dissoudre dans ce monde devenu fou et d’où les sentiments semblent avoir été bannis, à jamais. Chacun cherche à donner un sens à sa pauvre existence dans cette société violente et individualiste où règne le chacun pour soi et la loi du plus fort… Par la musique, illégale, la drogue ou le pouvoir, chacun cherche à se convaincre qu’il est encore en vie, tout en sachant pertinemment qu’ils se mentent à eux-mêmes…
Sous les crayons inspirés de Jef, la cité sombre et tentaculaire qui sert de cadre à la série semble prendre vie, comme un monstre biomécanique dénué d’âme, une créature incontrôlable qui aurait échappé à son créateur dément et tournerait en roue libre, broyant les rares vestiges d’humanité. Ses planches sont d’une beauté dérangeante, tout à la fois somptueuses et âpres et rugueuses. L’univers évoque celui de
1984 ou de
Blade Runner, avec une ambiance fin de règne délicieusement oppressante. La laideur y côtoie la beauté mais l’une semble en passe d’étouffer l’autre, l’estompant peu à peu alors que l’espoir en des lendemains meilleurs n’en finit plus d’agoniser. Les couleurs singulières accentuent l’atmosphère de monde qui s’écroule et s’achemine vers sa fin dans un déluge de violence et de larmes. Retranscrivant l’étrange ambiance qui règne sur l’album, la couverture est une fois encore sublime…

Après un premier tome sublime et déroutant, Kevan Stevens et Jef poursuivent leur récit dystopique dans un monde en déliquescence.
Gangréné par la violence et la corruption, la société s’apprête à basculer vers l’abîme. Le Major semble perdre la main alors que la violence se déchaine dans les rues, attisé par cette drogue de synthèse qui y fait tant de ravages. Toujours à la recherche de son frère, Safir a fait allégeance aux triades tandis que Vananka est hanté par les fantômes de son passé…
Distillant une musique oppressante et hypnotique, le trait nerveux et charbonneux de Jef et ses couleurs glauques et délavées esquissent les contours d’un monde agonisant et met en scène une poignée de personnages tentant de se convaincre qu’ils sont encore en vie. Le scénario de Kevan Stevens tisse les fils des destins d’une poigné d’individus qui se croisent sans le savoir et qui se se télescopent sans crier gare. Les auteurs parviennent à mettre en exergue la violence qui se répand comme une traînée de poudre et que rien ne semble pouvoir endiguer. Sans ce monde privé d’art, l’humanité semble vivre ses derniers instants… Difficile de savoir où vont nous conduire ces deux auteurs mais leur univers aux accents de Blade Runner et de 1984 s’avère aussi fascinante qu’inquiétante…
La chair se paie avec la chair.Mr Chang