★★★★☆ des dangers de la poésie
Corto Maltes, le jour d'avant © Casterman / Quenehen / Vivès / Pratt2022. De passage à Sidney, Corto Maltese rend visite à Marcus qui fut jadis, comme lui, pirate. L’homme n’est plus que l’ombre de celui qu’il fut, ce qui ne manque pas d’affecter Corto, même s’il n’en laisse rien paraître.

Lorsque l’aventure frappe à sa porte en la personne de l’avocate d’un groupe d’éco-activiste, le marin pense à s’adjoindre les services de son ami afin de le sortir de son marasme… Leur mission : faire évader une éco-warrior qui croupit dans une prison des îles Tuvalu, perdues en plein océan pacifique. D’origine chinoise, elle risque d’être remise aux autorités de son pays et c’est elle qui a soufflé à son avocate le nom de Corto Maltese pour orchestrer son évasion…

Mais avant de faire route avec leur commanditaire vers les îles Tuvalu, reste à récupérer l’hydravion délabré de Marcus qu’il a dû laisser en gage pour couvrir ses dettes…


Il fallait déjà une bonne dose d’audace pour reprendre le personnage iconique né sous les pinceaux virtuoses d’Hugo Pratt à la fin des années 60. Il en fallait plus encore pour transposer ses aventures à notre époque contemporaine que le romanesque et le romantisme semblent avoir fui…

un récit moderne et contemplatif qui s’inscrit dans le sillage des aventures du marin maltais
Corto Maltes, le jour d'avant © Casterman / Quenehen / Vivès / PrattCela n’a pas empêché Martin Quenehen et Bastien Vivès de s’exposer aux critiques acerbes des gardiens du temple en relevant le défi, non sans un certain brio… Car si leur Corto n’est pas semblable à celui de Pratt, leurs récits aventureux s’inscrit, comme les siens, dans l’histoire et le tumulte du monde. Ainsi, la guerre livrée par les activistes écologique au capitalisme exacerbé qui détruit la planète sert de cadre à cet nouveau récit moderne et contemplatif dans laquelle Corto va se lancer dans l’aventure, par amitié mais aussi et surtout pour retrouver Ai-Ling, arrêté alors qu’elle menait une action de sabotage… Mais, une fois encore, il va se retrouver à poursuivre des chimères dans un monde en pleine mutation qui n’est déjà plus tout à fait le sien…

Au dessin, on retrouve le style inimitable de Bastien Vivès et son trait épuré débordant d’une énergie saisissante. Bien que radicalement différents de celui de Pratt, on retrouve cette volonté d’épure si chère au créateur de Corto Maltese, ce désir d’aller à l’essentiel pour retranscrire l’action et nous faire ressentir l’émotion de ces singuliers personnages et les passions qui les animent…

Corto Maltes, le jour d'avant © Casterman / Quenehen / Vivès / PrattMartin Quenehen et Bastien Vivès associent une fois encore leurs talents pour signer une nouvelle aventure d’un Corto Maltese transposé à notre époque…

Lorsque l’avocate d’un groupe d’éco-warrior sollicite Corto Maltese pour délivrer Ai-Ling, le marin n’hésite pas mais pense à son ami Marcus que seul l’appel aventure semble pouvoir extirper du marasme de sa vie. Mais avant de faire route vers les îles Tuvalu, ils devront récupérer l’hydravion délabré de Marcus qu’il a laissé à un prêteur sur gage pour couvrir ses dettes… Mais les choses se compliquent lorsque les triades chinoises entrent dans la partie…

Si Corto a quitté son époque pour la nôtre, il n’a rien perdu de son idéalisme, de son goût de l’aventure et son sens de l’amitié. Poursuivant ses chimères, il va s’embarquer dans un cercueil volant pour voler au secours d’une jeune femme. Le chemin sera semé d’embûches et l’album sera l’occasion de pointer les dérives d’un capitalisme outrancier qui ravage la planète et détruit l’environnement et la vie de millions de personnes… Le Corto de Quenehen et Vivès n’est pas une copie-conforme de celui d’Hugo Pratt mais il a conservé son esprit, sa singularité et sa capacité à se battre pour des causes perdues, avec panache et romantisme tandis, qu’à l’instar de celui de Hugo Pratt, le trait de Bastien Vivès tend vers l’épure pour mieux retranscrire l’action et nous faire ressentir les émotions des protagonistes de l’histoire… Le jour d’avant s’inscrit dans la lignée d’Océan Noir et de La Reine de Babylone, avec cette touche d’idéalisme et de poésie qui fait le charme des aventures du marais maltais…


- Crois-tu que la Terre puisse être sauvée ?
- Moi, je ne vois pas l’apocalypse. Je vois l’aurore.
- Ça tombe bien, nous aussi… Et tu vas nous aider.dialogue entre Corto Maltese et Teana

Chronique by Le Korrigan