Perdue au cœur de la forêt québécoise, avec son lac, sa station de radio, son usine désaffectée, son bar bien achalandé et ses commerces, Tranquilleville avait tout pour être une paisible petite bourgade tranquille, comme semblait le suggérer son nom… Mais il n’en est rien, loin s’en faut ! Tant et si bien que la ville est plus connue désormais sous le sobriquet de Thrillerville.
Sa forêt abrite une créature velue de deux mètres de haut qui dévore sans vergogne chasseurs, passants et alpinistes. Dans les eaux troubles et glauques de son lac vit une indicible créature alors qu’un tueur en série originaire du cru vient de s’évader du pénitencier des Septs-Îlot avec la ferme intention de se venger de ceux qui l’ont fait enfermer pour un crime qu’il n’avait, pour une fois, pas commis…

Dans le genre série joyeusement barrée mais parfaitement maîtrisé,
Thrillerville fera date. Pour son premier album, Lerenard, venu du milieu du cinéma, frappe fort avec cette comédie horrifique mordante et décalée se déroulant dans la mal nommée bourgade de Tranquilleville…
Car si elle ressemble à bien d’autres villes perdues au milieu de nulle-part, elle est peuplée par des gens dangereusement iconoclastes et des créatures pour le moins monstrueuses… On peut soupçonner l’usine désaffectée qui a déversé des années durant dans le lac et les environs quelques vapeurs fétides et produits hautement toxique d’être la cause de certaines mutations génétiques qui confère à quelques habitants de bien étranges pouvoirs… Mais cela n’explique pas la présence d’une sorte de yéti dangereusement gourmet dans la forêt, comme le montre la séquence d’ouverture qui voit deux youtubeurs alpinistes mettre un terme involontaire mais définitif à leur carrière d’influenceurs. Mais il n'est pas la seule bizarrerie de l’histoire car, entre un mari jaloux, une journaliste jalousée, des flics peu armés pour faire face à ce qui va leur tomber sur le coin de la gueule, un tueur totalement dément qui tue comme d’autres respirent, une mécano à la force peu commune, sans oublier le monstre du lac et vous obtenez une galerie de personnage totalement foutraques mais follement jubilatoire…

D’autant que, jouant avec les codes de la comédie et du film d’horreur, le récit choral de Lerenard s’amuse à prendre des chemins de traverses non balisés, prenant le lecteur à contre-pied à grand renforts d’improbables mais irrésistibles retournements de situation… Le subtil équilibre entre l’horreur et l’humour confère à ce titre une saveur singulièrement rafraîchissante qui fait à sa manière penser à l’univers de , petit bijou de Serge Lehman et Frederik Peeters ou à celui de de Paul Bona et Muge Qi… Avec un montage savamment étudié où des flashbacks viennent préciser le passé trouble et souvent violent des protagonistes humains ou monstrueux, l’album se dévore d’une traite sans qu’il soit possible au lecteur de le reposer avant son terme tant l’auteur sait y faire pour captiver son auditoire.
Le dessin énergique et cartoonnesque d’Alex Puvillan, à qui on doit notamment les excellents ou , sont tout juste parfait pour mettre en scène et en images ce récit baroque et déjanté. Chacun des protagonistes du récits aux trognes taillées à la serpe s’avèrent sont, à leur manière, attachants… oui, même un certain monstre qui démembre et dévore des chasseurs ou des touristes égarés. Les cadrages très cinématographiques du dessinateur dynamisent avec art le récit et le découpage des planches offre une lecture particulièrement fluide… La mise en couleur subtile et délicate de Laurence Croix est tout juste parfaite pour souligner l’ambiance si particulière qui règne sur Thrillerville, avec ces forêts sauvages, sa pollution rampante, ses habitants aux pouvoirs baroques et ces créatures monstres… La petite touche vintage qu’elle apporte aux flashbacks qui émaillent et enrichissent le récit s’avère elle aussi très bien pensée…

Jouant avec un plaisir jubilatoire et communicatif avec les codes des récits horrifiques, du polar et de la comédie, Lerenard et Alex Puvilland signe une comédie-horrifique grinçante et irrésistible…
Perdue au cœur du Québec profond, Tranquilleville fait partie de ces bourgades qui portent très mal leur nom… Entre les étranges pouvoirs que développent certains habitants, les monstres qui vivent dans la forêt ou dans les profondeurs du lac, un tueur en série récemment évadé de la prison où il croupissait et qui revient, fermement décidé à se venger à ceux qui l’y ont expédié, et des habitants pas piqués des hannetons, elle mérite pleinement son surnom de Thrillerville… Comme les tragiques événements qui vont s’y dérouler tendront à le prouver…
En matière de récit totalement déjanté mais parfaitement maîtrisé, Thrillerville fera date… Que ce soit pour ses personnages iconoclastes, ses dialogues savoureux, ses rebondissements impromptus, ses monstres tous droits sortis du folklore ou des eaux pollués, ses tueurs jaloux ou dénués de pitié, ses petits bouts de femme aux pouvoirs hallucinants, ses flics en sursis, ses vielles dame étranges, son incontournable Bernadette, ses rebondissements improbables, ces liens étranges et touchants qui se sont tissés entre les créatures et des humains du cru, cet album jubilatoire et joyeusement barré est l’une des délicieuses surprises de ce doux mois d’octobre… L’ombre des frères Cohen n’est pas bien loin et l’album se dévore d’une traite, comme la créature de la forêt dévore les couples de youtubeurs alpinistes…
- Ce qu’elle a l’air tarte.
- Vous êtes les bienvenus dans mon émission quand vous voulez. On verra qui aura l’air d’une pâtisserie en croûte fourrée à la crème.dialogue entre Lio et une flic[/Citation_autur]