Rome, 1495. Le Pape Alexandre VI doit faire face aux troupes de Charles VIII qui marchent sur Florence. Fin diplomate et homme d’état avisé, il va manœuvrer en coulisse pour fédérer les opposants au roi de France et le contraindre à quitter l’Italie.
Alors que deux de ses fils Juan, nommé Gonfalonier de la Sainte Église, et César, ordonné Cardinal, ne cessent de se quereller, certains voient dans les enfants du Pape son talon d’Achille, tel le Cardinal Giuliano Della Rovere qui l’exècre et va rejoindre le parti français, accusant le Pape de simonie et de népotisme et rêvant de le faire déposer pour lui succéder tandis que les prêches virulents de Savonarole écornent l’autorité du successeur de Saint-Pierre.
Est-il pape plus controversé qu’Alxandre VI, né Roderic Llançol i de Borja ? Il n’était certes pas un modèle de sainteté ni même de moralité ou de vertu et si ses détracteurs furent nombreux de son vivant, ils le furent plus encore après sa mort, tissant sa légende noire, estompant ses réussites diplomatiques pour mettre en lumière ses failles et ses échecs : de son attrait pour le pouvoir à son ambition dévorante pour lui et les siens,

de la vente des indulgences à ses scènes orgiaques qui ont fait scandale, de ses supposées relations incestueuses entre ses enfants en passant par la perversion du message des évangile, les pêchers de luxure, de simonie et népotisme qui furent certes patents… Autant d’éléments qui déboucheront, à terme, sur la Réforme…
Car, malgré ses mœurs dissolues qui commencèrent bien avant son accession au trône de Saint-Pierre, il fut indéniablement un fin stratège et ses succès diplomatiques, fait de manœuvres subtiles et d’alliances savamment pensées, il affermit le pouvoir de l’Eglise face aux puissances séculaires. Le mariage de ses enfants, la dissolution de leur union et leur remariage, fut une arme don Alexandre VI usa et abusa, contraignant notamment sa fille Lucrèce à se séparer d’un époux qu’elle aimait pourtant pour servir ses ambitions…
La force de ce diptyque qui lui est consacré est de parvenir à estomper sa légende noire pour laisser place à la véracité historique tout en replaçant son pontificat dans un cadre historique précis et solidement documenté. Passionnée d’histoire, Simona Mogavino a déjà scénarisé les biographies de Catherine de Médicis, d’Aliénor d’Aquitaine ou de Rani Lakshmi Bai (dans la collection
Reines de Sang) ou celle de l’énigmatique et fascinant Chevalier d’Eon. Elle signe avec cette histoire un récit nerveux et entraînant qui ravira les amateurs d’histoire…
Les pinceaux virtuoses d’Alessio Lapo nous immerge dans les années tumultueuses du règne d’Alexandre VI. L’artiste reconstitue les décors de la ville éternelle de façon bougrement convaincante, soulignant ses différentes ambiances par la grâce de ses couleurs. Il insuffle la vie à Juan, César, Lucrèce ou au Pape lui-même avec une mise en scène précise et efficace qui donne à l’ensemble des airs de tragédie shakespearienne qui rende la lecture plus captivante encore.

Six années après un premier tome très convaincant, Simona Mogavino et Alessio Lapo associent leurs talents pour conclure ce diptyque consacré au pontificat controversé d’Alexandre VI qui fit couler tant d’encre et inspira tant de romanciers et de scénariste…
Rome, 1495. Alors que les troupes de Charles VIII entrent avec fracas en Italie, le Pape va faire montre de diplomatie pour le contraindre à rebrousser chemin, tout en essuyant les prêches virulents de Savonarole ou les manigances du Cardinal Giuliano Della Rovere qui a juré sa perte. Pour se faire, il pourra compter sur ses enfants grâce à des mariages de raison et aux fonctions auxquels il les élève… Dévoré par l’ambition, soucieux d’affermir son pouvoir et celui des siens, il trouvera la mort dans des circonstances troubles…
Est-il pape plus controversé qu’Alexandre VI dont la conduite scandaleuse et amorale se doublait d’un sens aigu de la politique européenne. Plus proche de la véracité historique que de la légende noire tissée par ses successeurs et détracteurs mais s’appuyant sur des manquements bien réels à la doctrine chrétienne, le scénario solide de Simona Mogavino est joliment mis en image par les pinceaux alertes de Alessio Lapo qui nous immerge littéralement dans ce pontificat troublé qui planta les germes de la Réforme à venir en jetant le discrédit sur l’Eglise romaine.
- Vous leur avait prouvé ce dont les Borgia sont capables. Nous n’avons peur de rien !
- Mes ennemis ne m’ont jamais effrayé… Mais mes faiblesses, elles…
- Vous n’en avez aucune !
- Si tu réfléchis un instant, tu verras que chacun a une faille. Et c’est souvent par là qu’on se brise, Juan.
- Toi, par exemple. Aucun doute là-dessus n’est-ce pas ?
- Ne soit pas arrogant ! Cette fois je ne céderai pas à ta provocation !
-- Ah ! La solitude… Elle me terrifie. Il est si facile de s’y noyer…
dialogue entre Juan, Alexandre VI et César