★★★★★ Le bon, les femmes et les salopards
Leave them alone, planche de l'album © Bamboo / Regnault / SeiterArizona, 1874. L’ouest américain est une zone de non-droit dans laquelle voyageurs et marchandises sont des proies faciles pour les bandits et les pillards et où la vie ne vaut rien, celle des femmes en particulier… Une diligence de la Wells Fargo vient une nouvelle fois d’être attaquée, ses passagers massacrés et les fonds transportés volés…

A quelques lieues de là, le relais de diligence de Dead Indian Peak est tenu par la vieille Marian Potter, avec l’aide de son ami Mad Wolf et d’Elfie. Sa petite fille qui s’apprête de fêter ses dix-huit ans… Dans quelques jours, leur petite vie presque paisible va être chamboulée par l’arrivée d’un homme désireux de renouer avec son douloureux passé, d’une prostituée qui a eu la force de quitter le saloon tenu par le cruel Warren Baxter, sans oublier une bande de tueurs sans foi ni loi…


un western nerveux et somptueux tout à la fois classique et singulier...
Le western a plus que jamais le vent en poupe et lorsqu’un scénariste aussi chevronné passionné que de western associe sa plume aux crayons d’un dessinateur virtuose, autant dire qu’il est difficile, voire impossible, de faire l’impasse sur cet album…

Surtout que la couverture, atypique, accroche d’emblée l’œil du chaland… Comment ne pas avoir envie de feuilleter l’album ? Et les somptueuses planches qui le compose aidant, de se plonger dans ce récit aussi âpre et rugueux que fascinant et entraînant… Leave them alone, planche de l'album © Bamboo / Regnault / SeiterLe scénario de Roger Seiter s’avère solidement charpenté, avec ce prologue où l’on découvre une bande de sacrés salopards en train de piller une diligence et ces récits alternés où plusieurs destins vont se télescoper violemment, et plus souvent pour le pire que pour le meilleur… Le talentueux scénariste s’amuse à tordre les clichés du western pour signer un récit nerveux et tendu. Loin d’être des petites choses fragiles à protéger des dangers, les femmes de Leave them alone sont de celles qui prennent leur destin en main et qui ne rechignent pas à faire parler la poudre… Cela confère d’emblée une singularité à ce western violent et amoral… De la prostituée éprise de liberté en passant par une vieille dame qui exècre les armes à feu et par cette attachante orpheline au sortir de l’enfance qui va se retrouver dans l’œil du cyclone… On y croise aussi la figure du héros solitaire qui n’hésite pas à secourir les putes et les orphelines mais qui, sous sa carapace de justicier, cache un passé douloureux, un tenancier de saloon particulièrement inquiétant ou des notables à la moralité plus que douteuse… Mais on y rencontre surtout des fripouilles de la pire espèce, des violeurs et des tueurs de sang-froid…

Tout ce petit monde va se croiser au relais de Dead Indian Peak et leur rencontre sera sanglante et pour le moins explosive. La montée en tension est savamment orchestrée jusqu’au climax, un temps suspendu, comme hors du temps, avant que la violence ne se déchaîne, une ultime fois, pour un final dantesque… Les dialogues sont rythmés et percutants, chacun des protagoniste semblant posséder une manière de parler qui lui est propre et qui renforce sa crédibilité…

Leave them alone, planche de l'album © Bamboo / Regnault / SeiterCôté dessin, Chris Regnault n’en est pas à son premier western. Il s’était déjà essayé au genre avec bio avec l’histoire de Jessie James (sur un scénario de Dobbs) ainsi que de courts récits dans les pages de Go West young man ou Lawmen of the West, deux albums-concept signés par l’inénarrable Tiburce Oger, tireur émérite et grand amateur de western… Mais son travail sur Leave them alone impressionne plus encore… Il y a tout d’abord son découpage et ses cadrages fascinants qui évoquent les mises en scène très contemplatives des films de Sergio Leone, des plans resserrés sur les visages et ces regards qui en disent long... et la violence qui se déchaîne, subitement, emportant tout sur son passage… Son casting est tout juste impeccable. Ses méchants ont aux trognes burinées par le soleil et taillés à la serpe ont la gueule de l’emploi… Le genre de personnes à nous faire changer de trottoir quand on les croise… En matière de salopard, Burt Belle fera date… Avec son apparence bienveillante et protectrice, Marian Potter s’avère aussi particulièrement bien campée, de même que sa petite fille dans les yeux de qui on peut lire l’innocence de l’enfance alors qu’on devine dans les yeux de Mattie qu’elle est ce genre de femme qui a beaucoup subi mais qui est fermement décidée à changer de vie, coûte que coûte… Le dessinateur nous donne à voir les grands espaces américains et le désert de l’Arizona en particulier, sublimés par une mise en couleur saisissante qui nous donne à ressentir la chaleur écrasante qui y règne… Il se dégage de son dessin une énergie impressionnante qui renforce l’aspect résolument cinématographique de son découpage. On en prend clairement plein les yeux…

Leave them alone, planche de l'album © Bamboo / Regnault / SeiterLorsqu’un scénariste chevronné et passionné de westerns s’associé à un dessinateur talentueux, il est impossible de faire l’impasse sur leur album…

Arizona, 1874. Une diligence de la Wells Fargo a une nouvelle fois été attaquée, les passagers et le cocher massacrés et le butin volé… Quelques jours plus tard, la jeune Elfie fête ses dix-huit ans dans le relais de Dead Indian Peak tenue par Marian Potter et son ami Mad Wolf… Dans quelques heures, leur destin va basculer… Un homme en quête de rédemption va faire irruption dans leur quotidien en compagnie d’une prostituée qui vient de plaquer son cruel souteneur alors que la bande responsable des attaques fait route vers le relais… Plusieurs destins vont s’y jouer…

Porté par une pagination généreuse permettant aux auteurs de poser leurs personnages, une couverture qui claque, un découpage fascinant et délicieusement cinématographique, un trait très stylisé sublimé par un encrage envoûtant et des couleurs somptueuses, des personnages singuliers qui s’éloignent subtilement des clichés parmi lesquels un justicier, une sacrée bande de salopards, des notables couards ou vendus et trois figures féminines particulièrement fortes et marquantes, cet album signé par Roger Seiter et Chris Regnault fait indéniablement partie des meilleurs western d’une année pourtant riche en la matière… Leave them alone est un grand cru et on ne peut qu’espérer que les deux auteurs entament au plus tôt une nouvelle collaboration tant ce récit implacable et violent nous a enthousiasmé !


- Laissez cette femme tranquille !... Et foutez le camp d’ici.
- C’est n’est qu’une pute de saloon… Hé ! Pas la peine de t’énerver Gringo.
- Est-ce que j’ai l’air de m’énerver ?...
- Qu’est-ce qu’il y a idiota ? Tu veux risquer ta peau pour cette catin ? Au cas où cela t’aurait échappé… Tu es seul et nous sommes quatre !
- J’ai douze balles dans mes colts. C’est-à-dire huit de plus que nécessaire si vous aviez la mauvaise idée de toucher à vos flingues.
- Pour qui tu te prends espèce de…
- Laisse tomber Curcio !... Ce chien ne mérite pas qu’on gaspille notre poudre. Qu’il la garde si ça lui chante… Ce ne sont pas les putes qui manquent dans ce trou à rat :dialogue entre Lew et trois desperados

Chronique by Le Korrigan