La guerre gronde entre les royaumes de France et d’Angleterre sur les lointaines terres d’Amériques… Mais le chevalier Justin Fleuri de Saint-Sauveur, noble libertin cynique, cruel et amoral, n’en a cure ! Seul compte pour lui son pari avec le Marquis de Mirepoix qui effacerait ses dettes et lui ouvrirait les portes de la cour… Pour le remporter, Saint-Sauveur doit s’arranger pour que l’innocente Aimée, fille du Marquis d'Archambaud, rival de Mirepoix, épouse un Iroquois et ternissent le prestige de sa noble famille…
S’il a réussi avec brio qu’Adario et Aimée tombent éperdument amoureux l’un de l’autre, l’indien avait la mauvaise idée de ne pas être Iroquois ! Alors que les anglais mettent à mal les troupes françaises, le Chevalier n’hésite pas à pousser un officier français, Pierre-Hugues-Marie de Girac, fou amoureux de la belle et dont cette dernière pourrait s’éprendre, à devenir Iroquois en surmontant des épreuves particulièrement dangereuses ! Mais, toujours amoureuse d’Adario, Aimée parvient à s’enfuir avec son amant tandis que Saint-Sauveur se précipite à sa poursuite à bord d’un canoë… Mortellement blessé, Adario tombe dans les eaux tumultueuses tandis que Saint-Sauveur et Aimée son capturés par une tribu Iroquoise…
Alors qu’il devrait craindre pour sa vie, Saint-Sauveur y voit l’opportunité de gagner son fameux pari…

Alain Ayroles est un scénariste aussi rare que talentueux dont chaque nouvelle série est un nouveau coup de cœur… Récit épistolaires envoûtant et captivant,
l’Ombres et Lumières est un petit bijou d’orfèvrerie qui nous raconte l’itinéraire tumultueux d’un libertin cynique et amoral, anti-héros aussi détestable qu’horripilant et insupportable qui irradie d’une lumière mauvaise qui estompe celle des Lumières.
L’aspect épistolaire du récit permet au lecteur de connaître les pensées et les états d’âmes des différents protagonistes dont chacun possède un style qui lui est propre et vient renforcer son propos. Ces regards croisés sur les événements permettent d’enrichir le propos de façon saisissante, inscrivant la série dans l’esprit des fascinantes et sulfureuses
Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos pour une filiation revendiquée et parfaitement assumée. Car, bien qu’auteur de bande-dessinée, Alain Ayroles a les talents d’un écrivain. Finement ciselés, ses dialogues sont tranchants et incisifs comme la lame d’une rapière, rendant la lecture de l’album aussi jubilatoire que jouissive… Mais le scénariste est aussi un conteur hors pair qui construit une structure narrative tout à la fois audacieuse et brillante pour mieux captiver le lecteur… Comme de coutume, l’auteur soigne ses premiers comme ses seconds rôles, rendant chacun d’entre eux bougrement intéressant, tel Gonzague, fascinant personnage éclairé par les Lumière qui espère encore pouvoir changer son maître.

Savamment disséminées au fil des trois albums de la trilogie, les pièces du puzzle s’assemblent pour former un tout délicieusement cohérent, tandis que subsistent certaines zones d’ombre qui seront autant de prétexte à de nouveaux récits mettant en scène ce chevalier égocentrique centré sur son seul plaisir.
Richard Guérineau interprète la partition d’Alain Ayroles avec virtuosité. Si le dessinateur nous avait impressionné dans ces précédents albums, du
Chant des Tryges au à
Charly 9 en passant par , il monte encore d’un cran avec cette trilogie aventureuse et historique. Jouant avec les contrastes, entre ombres et lumières, la couverture de ce troisième tome est une fois encore somptueuse. Elle met le focus sur le couple romanesque formé par Adario et Aimée… Rien ne les destinait à se croiser, et moins encore à s’aimer… et pourtant… Difficile de ne pas être impressionné par la beauté et la pertinence de ses compositions. Le dessinateur joue avec les cadrages avec une virtuosité toute cinématographique. Ses cases s’enchaînent ainsi de façon particulièrement fluide, nous offrant de somptueux visuels de la nature sauvage ou mettant au contraire le focus sur l’un ou l’autre personnage. Sa mise en couleur n’est d’ailleurs pas en reste et sublime chacune de ses planches… Mais ce qui fascine surtout, c’est sa capacité à animer chacun de ses personnages, à nous faire ressentir leurs émotions, dans un sourire ou un regard, en un mot comme en cent : à faire ressortir leur belle ou désespérante humanité avec un facilité désarmante tout ne soignant leurs postures et leurs gestuelles…

Avec Le Démon des Grands Lacs s’achève le troisième et dernier acte de cette tragicomédie grinçante qui nous entraîne dans les zones d’ombres du siècle des lumière dans le sillage d’un être cynique, égoïste et profondément malsain…
Alors qu’aux Amériques, la guerre gronde entre les couronnes de France et d’Angleterre, le Chevalier de Saint-Sauveur est toujours obnubilé par son pari avec le Marquis de Mirepoix : couvert de dettes, exilé de l’autre côté de l’Atlantique, il doit tout faire pour qu’Aimée, la fille chérie du Maquis d'Archambaud épouse un Iroquois, ce qui ne manquera pas de ruiner le crédit dont jouis son père, rival de Mirepoix, auprès du roi. Mais la naïve Aimé s’est entichée d’un autre sauvage qui n’a même pas le bon goût d’être iroquois ! C’est pourtant avec lui qu’elle va s’enfuir, poursuivie par Saint-Sauveur et Girac, fou amoureux de la jeune femme… Alors qu’il aurait dû craindre pour sa vie, le Chevalier est taux anges lorsqu’ils sont capturés par une tribu d’Iroquois, voyant là une occasion de remporter son pari…
On retrouve avec cette série d’aventure historique épistolaire tous le génie d’Alain Ayroles : sa formidable capacité à donner vie à une galerie de personnages tous plus truculents les uns que les autres, sa parfaite maîtrise du sujet fruit de longues recherches documentaires, son goût prononcé pour la littérature que l’on retrouve dans ses récitatifs comme dans les dialogues finement ciselés, ses chevronnés talents de conteur et la structure délicieusement alambiqué de ses récits où toutes les pièces du puzzle narratif s’assemblent pour former un tout délicieusement cohérent… Richard Guérineau met tout son talent au service de l’histoire de ce noble détestable dont on espère secrètement qu’il sera rattrapé par ses multiples mensonges et manigances, comme si une justice divine et immanente ne pouvait que le châtier pour ses nombreux méfaits. Son découpage et ses cadrages cinématographiques nous offrent de saisissant visuels des grands espaces américains et mettent, lorsqu’il le faut, le focus sur les protagonistes de ce conte cruel et amoral. Cette Ombre des Lumières est un petit bijou qui ravira les amateurs de récits aussi bien ficelés que somptueusement mis en images… Les auteurs semblent se laisser la possibilité de nous raconter la suite des aventures de cet insupportable libertin… Qui s’en plaindrait ?
- Il ment ! Méfie-toi des paroles de cet homme : leur douceur cache des ordres. Il est « celui qui fait danser », un fourbe que tous méprisent !
- C’est toi le fourbe, Mitewile’un ! Ou devrais-je dire… Adario ! Gardez-vous de ce perfide, monsieur l’officier, son nom est double et double est son langage. Il n’est pas votre ami. Il n’est même pas Iroquois !dialogue entre Adario et Saint-Sauveur