


Un grand merci de te prêter au petit jeu de l’entretien…
Peux-tu nous parler de toi en quelques mots ? (parcours, études, âge et qualités, passions, numéro de carte bleue ou de comptes numérotés en Suisse ou aux Îles Caïmans ?)
J’ai toujours dessiné des p’tites BD pour moi et les copains dès l’école primaire, mais c’est devenu quelque chose de plus sérieux après le collège.
A ce moment-là je suis entré dans le journal du Lycée et dans un fanzine BD, avec d’un coup l’obligation de rendre des pages régulièrement, de trouver des idées vite pour remplir les pages blanches ici et là… Je faisais aussi des petits strips de 3 cases sur l’actu dans un journal local… Bref, j’ai mis très vite un pied dans la presse BD, amateur en tout cas.
Comme c’était pas considéré comme “un vrai métier”, en 2001, en sortant du lycée, je me suis tourné vers les écoles d’animation. Ça n’a pas duré longtemps car 6 mois après la rentrée j’ai signé mon premier contrat chez Bamboo avec Curd Ridel (un auteur assez prolifique à l’époque) qui a également présenté mon travail à la rédaction du Journal de Mickey et de Lanfeust Mag’... Du jour au lendemain j’avais trop de pages à faire pour continuer l’école, alors j’ai arrêté…
Je n’ai plus jamais quitté l’édition et la presse BD depuis !

Enfant, quel lecteur étais-tu et quels étaient tes livres de chevet ? La BD a-t-elle toujours occupé une place de choix ?
La BD est très vite arrivée oui, à travers la presse déjà.
On était 3 frères et sœurs à la maison alors il fallait nous occuper, on a été abonnés au Journal de Mickey, Picsou Magazine, Mickey Parade (beaucoup de Disney déjà), Spirou également, et on nous offrait les classiques :
Astérix,
Spirou de tome et Janry,
les Tuniques Bleues…
Pendant des années quand on partait en vacances, mes parents nous achetaient des pochettes de de livres, de magazines, il y avait du comics, du franco-belge, on lisait et relisait tout ce qui nous passait sous les yeux ! La maison de mes parents est encore pleine de magazines de l’époque.
Devenir auteur de BD, était-ce un rêve de gosse ? Un auteur en particulier a-t-il fait naître ta vocation ?
C’était carrément du domaine du rêve oui, invraisemblable… Je ne pensais même pas que ça existait en fait. Jusqu’au jour où mes parents m’ont emmené dans mon premier festival BD, à Chalonnes sur Loire, en 94. J’étais en 3eme, j’avais 15 ans, et j’ai vu des auteurs en dédicaces pour la première fois, en particulier Roger Widenlocher (l’auteur de
Nabuchodinosaure) qui s’éclatait en dédicace, je lui ai montré mes dessins pourris, il m’a dit de continuer…
Ça a vraiment changé après ça. Je me suis mis à fond à recopier ses dessins pour essayer de comprendre comment ça fonctionnait, j’ai commencé à créer mes propres persos réguliers, j’ai fait un album bd complet pendant mes vacances d’été… j’étais A BLOC ! Et à la rentrée j’ai intégré le fanzine et le journal du lycée… Tout s’est déroulé en quelques mois en fait, en février 94 je découvrais les auteurs en festival, en septembre, j’étais en fanzine et dans le journal…
Ce qui est rigolo c’est que 7 ans plus tard, c’est sur ce même festival qu’on m’a proposé mon premier projet BD. Tout part de là en fait
Quelles sont selon toi les grandes joies et les grandes difficultés du métier ?
Je fais partie de ces rares chanceux qui n’ont jamais eu de trous dans le planning pendant toutes ces années. Je pense que ça vient d’abord de la presse, qui a toujours assuré une production régulière, Journal de Mickey, Lanfeust Mag’, Mickey Parade, aujourd’hui Spirou, et je suis un animal sociable, qui se déplace beaucoup en salon, qui rencontre d’auteurs, éditeurs, j’ai un réseau assez solide depuis 25 ans bientôt et qui continue d’évoluer je crois… donc je n’ai pas connu de grandes difficultés dans ce métier.
Mais je vois bien que tous les collègues et copains ne sont pas logés à la même enseigne, et je ne suis pas dupe également : tout ça peut s’arrêter d’un moment à l’autre, je l’ai vu dans la presse, dans l’édition, et c’est valable dans tous les métiers artistiques : il suffit parfois qu’une seule personne de la chaîne parte à la retraite ou change de poste pour que d’un coup, le téléphone ne sonne plus.
La grande joie, c’est avant tout de faire ce que je veux.
Je n’ai fait que des albums qui me plaisaient sur le moment, jamais pour l’argent (quand ça a pu arriver j’ai vite lâché le truc, je n’arrive pas à bosser des projets qui ne me parlent pas au fond).
Et en presse j’ai tout le temps l’impression d’être en récréation. J’ai un vrai plaisir à faire des histoires courtes différentes à chaque fois, de changer d’univers entre 2 pages d’un album long… C’est vraiment un équilibre que j’apprécie.
Te souviens-tu de ta première rencontre avec Mickey ?
C’est grâce à la presse avant tout, abonné au journal de Mickey et à Mickey Parade… c’est là que j’ai commencé à comprendre qu’il y avait plusieurs dessinateurs, et qui étaient mes préférés… Cavazzano, Claude Marin… Ça a été de vraies influences par la suite, encore plus quand j’ai appris que Glénat avait désormais le droit de faire des albums, une exclusivité mondiale !
Es-tu toujours un fervent lecteur depuis que tu es passé de l’autre côté de la barrière ou as-tu la furieuse impression de travailler en lisant l’album d’un collègue ?
Haha, je lis toujours, mais je suis plus dans l’analyse j’avoue. Quelques albums arrivent à m’emporter, mais souvent au fil des pages je peux deviner les coulisses, ce qui a pu se passer pendant la réalisation, à quel moment l’auteur était fatigué, ou très content… Je connais quelques ficelles du métier, les astuces, donc je pense parfois au boulot oui :D Et la lecture est parfois moins magique forcément.
C’est valable pour les albums de la collection Mickey et les BDs en général.
Après le collectif Mickey All Star, tu récidives avec Mickey et le Roi des Pirates où tu associes tes crayons alertes à la plume de Joris Chamblain, scénariste, entre-autres, des Carnets de Cerise. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
On s’est rencontrés sur un festival à Toulouse, en 2010 je pense. Joris était alors un lecteur assidu de BD, il participait à un fanzine je crois… Il est venu me voir en dédicace et on s’est bien entendu.
Je crois me souvenir que c’est lui qui m’a proposé un scénario d’histoire courte pour Lanfeust Mag’, où je bossais depuis 8 ans déjà… Je l’ai trouvé très bien écrit et donc présenté à la rédaction qui l’a refusé à notre plus grand regret, mais on s’est juré qu’on travaillerait sur autre chose ensemble.
Il a signé le contrat de “Cerise” juste après, moi j’ai continué mes aventures ici et là, et 15 ans plus tard on tient enfin notre promesse !
Peux-tu nous en dire plus sur cette histoire de pirates ?
Le scénariste Joris Chamblain en parlerait mieux que moi !
Mais si je dois résumer sans spoiler, je peux dire que ça commence dans le brouillard Londonien. Picsou s’est fait voler son sou et n’est plus le même depuis sa disparition… Mickey, Donald, Dingo et Pluto partent ensemble sur la piste d’un mystérieux pirate qui pourrait bien avoir un lien avec cette affaire.
C’est très sommaire, mais il y a tellement de choses dans cet album que je ne veux pas en dire trop.
L’album fait 78 pages, c’est le plus gros de la collection il me semble, et le lecteur va voyager à travers le brouillard de Londres jusqu’aux palmiers de l’île de la Tortue en passant par moultes péripéties et révélations !
As-tu facilement trouvé l’apparence de TON Mickey ou est-il passé par différents stades avant de revêtir celle qu’on pourra découvrir dans l’album ?
ça c’est fait naturellement, je suis parti de mes références, Cavazzano, Claude Marin, mais sans oublier les racines animées du personnage. Au final je crois (j’espère) que ma version est plus proche du Mickey animé de Fred Moore, un grand animateur de Disney, plutôt que du Mickey de la presse…. Mais il y a forcément un mélange des deux.
Quel personnage as-tu pris le plus de plaisir à mettre en scène dans cette nouvelle aventure ?
Aaahlalala vaste question. Je ne sais pas… Honnêtement, il n’y en a pas un que je n’ai pas aimé dessiner… Vraiment. J’étais content qu’ils soient tous là… Parfois même un peu trop présent en même temps, et ce n’est pas facile de faire tenir tout ce petit monde dans les cases, mais ils sont tous chouettes à dessiner. Même des persos secondaires comme Clarabelle par exemple, j’ai adoré faire une séquence avec elle.
Concrètement, comment s’est organisée la collaboration avec Joris Chamblain ? Du synopsis à l’album finalisé, quelles furent les différentes étapes de l’élaboration de l’album ? Quels outils utilises-tu pour composer tes planches ?
On s’est mis d’accord dès le départ (en 2016 tout de même) qu’on voulait faire une histoire avec des pirates. Ça a été le point de départ. Ensuite le projet est resté dans un coin pendant plusieurs années, le temps pour nous de bosser sur nos projets chacun de notre côté, et puis quand on a été libéré de nos obligations respectives, en 2022, Joris a pu se mettre au travail.
Je l’ai laissé écrire son histoire d’une traite, pour la lire dans son intégralité et apporter des corrections. Il a réécrit des choses, et j’ai fait le board complet de cette version corrigée.
On a pu ainsi découvrir tous les deux que ça ne nous convenait pas entièrement. On a donc réécrit, l’équivalent de la moitié de l’album je dirais, il écrivait des séquences en même temps que je boardais la séquence, on rebondissait sur les idées de l’un et l’autre.
A la fin, c’est vraiment NOTRE histoire, conçue à deux, et ça c’était important pour moi, d’être investi dans l’histoire pour me mettre à fond sur les planches ensuite. Une fois que le board revisité a été entièrement livré à Disney pour validation, on a eu 2-3 toutes petites retouches, et j’ai pu me mettre au travail…
C’est là que le temps est passé bizarrement, j’ai pas du tout réussi à tenir un rythme régulier sur cet album, les pages étaient beaucoup plus copieuses que sur mes albums précédents, ça demandait plus d’énergie et je m’éparpillais volontiers dans la presse à côté
Et puis je pense aussi que c’était un marqueur dans ma carrière, une milestone, et que j’avais un peu peur de la rater. Donc ça aura pris 3 ans, mais l’album est enfin prêt ! Et j’espère que les lecteurs en auront pour leur argent !
planche 16, work in progress

Quelle étape te procures le plus de plaisir ?
Ça dépend des pages en fait… Je dirais que la phase de recherches dans le carnet de croquis est la plus plaisante, parce que je dessine sans me soucier du cadrage, de la lecture, etc, c’est vraiment du dessin pur, où tu laisses aller l’imagination.
Dès que c’est sur la page, c’est plus carré forcément, il faut tenir compte de la narration, de la lisibilité… Même pour les couleurs, qui est l’étape la moins fun en ce qui me concerne, j’ai eu des bonnes surprises parfois, la satisfaction de réussir un truc que j’avais pas fait avant…
Mais tout de même, la phase des croquis est la plus légère je dirai !
Comment as-tu conçu la couverture de l’album ?
Ça été assez simple en fait, quand on a parlé de Pirates, j’ai pensé aux cartes navales de l’époque qui étaient souvent décorées de deux cercles dans lesquels on voyait les océans. Je me suis dit que 3 cercles ça ferait une tête de Mickey, et je suis parti là-dessus direct et personne n’y a trouvé à redire.
La couv finale est la copie conforme du seul et unique croquis que j’ai fait
Aurais-tu une anecdote à nous raconter relative la création de cet album ?
Joris et moi avions très envie de bosser ensemble sur cet album, alors j’ai inondé les réseaux sociaux de dessins, et lui s’est présenté chez Glénat à l’occasion d’un autre projet avec un pull Mickey.
Un éditeur l’a remarqué, lui a proposé la collection, et quand Joris a donné mon nom pour le dessiner, l’éditeur avait déjà vu passer des trucs… et notre album a été programmé dans la collection.
C’est digne de Inception, non ?
Avec quel scénariste mort ou vivant (je ne te cacherai pas que mort, ce sera plus dur) rêverais-tu de travailler ?
Franchement, aucun. Je suis tellement pénible comme dessinateur, tellement invasif dans la création, l’écriture, que je ne leur souhaite pas de travailler avec moi !
Peux-tu en quelques mots nous parler de tes projets présents et à venir ?
Je bosse actuellement sur des histoires courtes de Noël pour le journal de Spirou et le calendrier de l’Avent du Lombard… c’est sympa, parce que ça me change beaucoup de l’album que j’écris en ce moment, une histoire de Noël en 72 pages et qui devrait sortir en fin d’année prochaine !
Tous médias confondus, quels sont tes derniers coups de cœur ?
Je dirais la série Only Murders in the Building sur Disney+, dont je n’ai pas encore vu la dernière saison, Faut que je vois la saison 2 de Peacemaker aussi, de Gen V… c’est vraiment les trucs que j’attendais de voir… Mais j’en oublie un paquet, il y a trop de choses.
Y a-t-il une question que je n’ai pas posée et à laquelle tu souhaiterais néanmoins répondre ?
Je dirais : Qu’est-ce que représente cet album pour toi ? pourquoi avoir passé toutes ces années dessus, avec un personnage qui n’est pas le tien, au détriment peut être d’autres projets plus personnels ?
Et je répondrais : J’ai toujours été fan de Disney, d’animation, et au fur et à mesure de mes albums, de mes croquis surtout, j’ai essayé de me rapprocher de cette image que j’ai des vieux classiques, de retrouver cette ambiance particulière de l’époque… Ma série “Sous les Arbres” était un hommage à Disney, je les ai d’ailleurs remerciés au début de chaque album… et le Mickey s’inscrit dans la continuité de ça.
Avec Joris, on a essayé d’en faire l’album hommage ultime pour tous les fans de cet univers.
On s’était dit au début : “ si on ne doit en faire qu’un, il faut qu’il soit parfait”. Alors on a pris le maximum de pages, de personnages… et ça a pris du temps.
A la fin il n’est pas parfait, mais on a vraiment tout fait pour s’en approcher, et faire en sorte que cet album soit le cadeau Disney qu’on aurait aimé recevoir en tant que fan, tout en s’assurant que les gens qui n’y connaissent rien passent un excellent moment.
Et puis il y a cette petite “victoire” personnelle… En 2001, quand je suis entré dans Mickey Parade pour faire des jeux, j’ai tout de suite demandé si je pouvais faire Mickey. On m’a répondu Non.

il n’y avait que 3 auteurs qui pouvaient le dessiner, pour la couverture, les pages d’énigmes…
25 ans plus tard, mon premier album va sortir… Quel bonheur !
Pour finir et afin de mieux te connaître, un petit portrait chinois à la sauce imaginaire…
Si tu étais…
un personnage de Disney : Dingo ou la Bête
un personnage de roman : Hagrid pour l’aspect général
un animal : un raton-laveur, mignon mais fourbe.
une chanson : Forcément une chanson Disney… ou un vieux standard américain des années 60, genre “Sunshine Lollypops and Rainbow” de Lesley Gore, ça représente bien mon quotidien
.
un instrument de musique : un tuba, grave et lourd.
un jeu de société : qui est-ce ?
une recette culinaire : Le boeuf loc lac, parce que j’adore, je salive même en l’écrivant là.
une pâtisserie : toutes
une ville : Toontown, à la sortie de Los Angeles
une qualité : la patience et l’optimisme (ouais j’en mets deux)
un défaut : le control freak
une boisson : cherry coke
un proverbe : “La chance sourit à ceux qui en ont”
Un dernier mot pour la postérité ?
Bonne lecture !
Un grand merci pour le temps que tu nous as accordé !