










Bonjour et merci de vous prêter au petit jeu de l’entretien…
Merci à vous pour votre invitation !
Question liminaire : êtes-vous farouchement opposé au tutoiement ? Si oui, je me ferais violence mais je sais qu’un « tu » risque tôt ou tard de partir tout seul pendant que je nettoierai mon clavier…
Absolument pas, bien au contraire
Merci à toi, ça m’enlève une sacrée écharde du pied 
Peux-tu nous parler de toi en quelques mots ? (parcours, études, âge et qualités, passions, numéro de carte bleue ou de comptes numérotés en Suisse ou aux Îles Caïmans ?)
J’ai 53 ans, ça fait 26 ans que je pratique la bande dessinée « professionnellement », je suis installé à Rennes ou j’ai co-fondé l’atelier Pépé Martini dans les année 2000 également, atelier toujours aussi actif avec une vingtaine d’artistes

Enfant, quel lecteur étais-tu et quels étaient vos livres de chevet ? La BD a-t-elle toujours occupé une place de choix ?
J’étais un grand lecteur de bd, tout gamin, au rayon bd du supermarché Rallye de Lanester, dans la région de Lorient, grand lecteur de tintin, je me rappelle bien des deux phases avec les albums de tintin, la première sans savoir lire et la « redécouverte » avec le texte, sinon les Schtroumpfs de Peyo, Gaston Lagaffe de Franquin, les classiques… puis plus tard Lucien de Margerin
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Devenir auteur de BD, était-ce un rêve de gosse ? Un auteur en particulier a-t-il fait naître ta vocation ?
C’est un petit festival de bd, dans ma commune de Lanester, dans les années 80, qui avait invité Margerin , ma star ! Et Dodo et Ben Radis, Vuillemin, Jean claude Denis, Tramber et Jano, toute l’époque HUMANOIDES ASSOCIÉS « rock » en albums souples, KEBRA ! J’adorais KEBRA ! Pour moi l’association rock et bd c’est faite immédiatement avec cet évènement, d’ailleurs ces auteur.ices avait un groupe de rock, qui s’appelait les « Denni’s Twist » ils avaient joué en clôture de ce petit festival...c’est vraiment là ou je me suis dit « wah!je veux faire ça comme métier ! C’est génial ! »
Quelles sont selon toi les grandes joies et les grandes difficultés du métier ?
Je pratique aujourd’hui deux activités professionnelles, je donne des cours dans deux écoles d’art à rennes, à FLM et à la MJM, en section Illustration, la moitié de la semaine et la bande dessinée les reste du temps. Je suis heureux d’avoir pu travailler comme dessinateur avec pas mal de scénaristes, c’est un régal de recevoir une page de bd à dessiner, un vrai cadeau ! Ces gens m’ont fait confiance dans mes choix graphiques pour illustrer leurs histoires car je remets quasiment tout à zéro à chaque projet, le graphisme, la mise en page, le rythme pour être au plus prés des intentions « de fond » du scenario.Zut je ne réponds pas à ta question ! Les difficultés sont liées à la précarité du statut « d’artiste-auteur » qui malgré le fait que la plupart de ces problèmes ont été identifiés et ciblés, ils sont rejetés par les institutions. Sil faut retenir un de ces nombreux problèmes c’est celui de « la continuité des revenus d’artiste-auteur », on n’a pas de chômage entre deux projets d’album, aucun revenus, alors qu’il existe des solutions pas si compliquées.

Ton dernier album, Bleu de chauffe, vient de paraître sur les étals… Tu y signes pour la première fois scénario, dessin et couleur… Comment est né ce récit racontant l’histoire d’une jeunesse écartelée entre colère et désespoir dans la France du début des années 80 ?
C’est d’avoir observé les différentes façons, techniques d’écritures des scénaristes, avec qui j’ai eu le plaisir de travailler, qui m’a donné l’envie depuis longtemps, de m’y mettre tout seul. Ensuite c’est le travail d’écriture qui s’est orienté sur des éléments vécus, surtout observé durant mon enfance à Lanester, citée ouvrière de Lorient. J’habitais un immeuble au cœur de la citée, face aux petits jardins des anciens, qui eux avaient vécus la guerre 39/45, c’est cet immeuble qui est en « pages de garde » de bleu de chauffe. C’était à la fois une commune dure, glissée entre la base sous-marine de Lorient et la quatre voies, avec de la violence et aussi pleine d’espoir grâce, notamment, à la solidarité ouvrière, Lanester à été communiste pendant 30 ans et j’ai souvenir de beaucoup d’activités culturelles proposées aux gamins, bibliothèque, musique, sports...qui nous ont sauvés de la petite délinquance qui s’installe très vite. Je crois fermement que la culture est un levier essentiel pour émancipation de la jeunesse et elle est aujourd’hui malmenée par le gouvernement, il faut la défendre et non l’écraser, c’est fragile !
Oh que oui !
Peux-tu en quelques mots nous faire le pitch de l’album ?
Dans une petite citée ouvrière, dans les années 80, Karima fille d’un représentant syndical CGT dans l’industrie automobile, se démène pour lutter contre des groupuscules d’extreme droite qui pollue leur quartier. Elle est en quête d’identité, entre sa culture familiale d’ouvriers immigrés, son attirance pour la marginalité contestataire et le rejet d’une société qui malmène « l’histoire ouvrière immigrée » de son pays.

Ton travail d’écriture sur les différents personnages de l’histoire est l’une des grandes forces de l’album… La relation houleuse entre Karima et son père syndicaliste de la CGT s’avère particulièrement bien retranscrite : tous deux rêvent de changer le monde mais ils n’utilisent pas les mêmes armes pour y parvenir, la choisissant la lutte syndicale, l’autre la violence et la révolte radicale… Ont-il été inspirés par des personnes que tu as rencontré ?
C’est le mélange de souvenirs médiatiques de l’époque, souvenirs vécus enfant d’une citée ou tous les paliers étaient ouverts, un accueil chaleureux à tous les étages malgré toutes les origines, un genre de « monde idéal et fraternel » qui soudainement s’est éteint, les portes se sont fermées et je suis parti enquêter sur les raisons de cette résignation. Le livre de Vincent Gay
Pour la dignité m’a beaucoup éclairé sur un certain nombre d’éléments sociaux de cette période, notamment, sur l’espoir immense qui a traversé la communauté ouvrière immigrée, au sein de combats sociaux menés, en autres, par des responsables syndicaux eux même ouvriers marocains. Cette représentation au sein de la CGT de l’époque à été, au-delà, des revendications elles mêmes, un formidable espoir de reconnaissance humaine, enfin ces ouvriers se sont sentis acceptés dans leur statut de travailleurs ! Et très vite, la crainte, la peur, la violence débarqués, ce qui aurait pu être la base d’un monde fraternel s’est, je le crois, écroulé au profit de l’émergence du FRONT NATIONAL et du rejet… J’ai essayé de donner, par quelques éléments médiatiques ponctuels, quelques points, à échelle des personnages, qui ont balisés ce virage vers « la crainte »

Par la façon dont le fond se mêle à la forme, on a l’impression que tu abordes dans cet album des thèmes qui te touche viscéralement, comme si ton vécu avait alimenté ta création… Un rapide calcul (passez-moi le boulier) me permet de dire que vous aviez dans les onze ans durant l’année 1983 où se déroule l’histoire… L’album retranscrit-il ton ressenti de cette époque où luttes sociales et lutte contre les discriminations pouvaient se rejoindre ?
Oui, c’est ça, j’ai quitté Lanester à la fin du collège et laissé tout ce passé derrière moi, mon père était militaire dans la marine nationale, il a quitté La base aéro-navale de Lann-Bihouée ou il était mécanicien pour Lanveoc-Poulmic sur la presqu’ile de Crozon, j’ai fait mon lycée au Lycée technique Vauban DE Kérichen, à BREST. Cette histoire est un peu la continuité de la vie, imaginée, de certains élèves de mon petit collège Henri Wallon qui partaient un peu en vrille, poussés par des éléments d’une vie difficile et précaire, sans beaucoup d’espoir professionnels, je me souviens des conseils d’orientation de l’époque qui nous poussaient à aller bosser à l’Arsenal de Lorient, comme chaudronniers, soudeurs, qui sont des métiers manuel techniques géniaux, mais qui peuvent, quand il nous sont imposés, être au cœur d’une certaine colère interne et donner lieu à de la violence et de la haine, quand ces sentiments ne sont pas canalisés.
Karima, personnage central du récit, punk fan des Bérus qui partage leur révolte contre le système et l’extrême droite, et Sergio sont deux personnages qui se cherchent et se sont trouvé, presque malgré eux, de part et d’autre de la barricade (ou de la glissière de sécurité si on se réfère à la couverture !)… Est-ce cette quête d’identité et de la construction de soi que tu as voulu mettre au cœur de ton récit ?
Oui, c’est une sorte de « mue », on est sur cette fragilité adolescente dont je me souviens émotionnellement, parfaitement… je me souviens de certains instant où tout peut basculer, un souvenir ou j’étais bien plus jeune que Karima, je devais avoir 12 ans, ou un après midi, on glandait et le frère d’un copain, qui lui était plus âgé, keupon, rangeos, treillis , bombers et coupe mulet « ma dit, viens on va chourer à Rallye » et hop j’le suis, pour aller voler n’importe quoi, dans le supermarché derrière la quatre voie du collège. On traverse les glissières de sécu, on court pour éviter les R16 et on dévale sur le parking. On n’a pas fait 10 mètres que des skins pilent dans leur 2CV, trois en sorte dont un avec une batte de base-ball et nous corsent sur le parking. Je n’ai jamais couru aussi vite, mes pieds ne touchaient plus le sol ( bien plus tard, c’est une séquence du film « Trainspotting » qui, pour moi illustrait parfaitement ce souvenir) et on ne s’est pas fait choppés. Mais en quelques minutes, le monde peut basculer, on peut virer délinquant, la gueule explosée par des skins fachos et tout ça parce que le frère de mon pote était keupon avec des lacets rouges sur ses pompes

Comment as-tu composé l’apparence de ces deux personnages ? Sont-ils tous deux passé par différentes étapes avant de revêtir celle que l’on connaît ou se sont-ils au contraire rapidement imposé ?
Ils sont venus tout seuls sous le crayon, sur la même feuille, j’ai voulu, même s’ils ne font que se croiser dans l’album, les construire ensemble, presque comme un couple...Karima est née du souvenir d’une copine qu’habitait au 4E (dans mon HLM de Renaud:) Sonia F. Ses frangins avaient des mobs choper dehors avec des guidons torsadés, grande fourches, rétroviseurs croix de fer et queue de castor au guidon... Sergio est inspiré par un personnage de film interprété par Tim Roth dans « Made in britain », film très violent mais terriblement juste sur un skin du national front anglais.
Petit agité des Bérus, groupe anarcho-punk militant anti-système et anti-faf, accompagne l’album comme la B.O. d’un film… Pourquoi avoir choisi ce titre en particulier ?
Ce titre est un titre qui sauve la vie, je l’ai découvert bien plus tard mais pour moi, il m’a aidé à transformer des souvenirs violents en énergie pure, c’est cette énergie que j’ai injecté man mon dessin de « bleu de chauffe » les bérus m’accompagnent souvent dans mon atelier, en dessinant, j’ai eu souvent les larmes aux yeux, il y a beaucoup de colère enfouie qui s’est exprimée dans cet album. Je crois que je n’ai pas vécu l’histoire de ces personnages mais que « j’habitais l’étage en dessous », les violences masculines, je les ai entendues dans les cages d’escaliers, je les ai vues sur les visages de femme de militaires, quand on est petit on est une éponge à tout ce qui nous entoure. J’ai conscience que certaines scènes de l’album sont violentes, mais je pense que si on veut les éliminer il faut d’abord les reconnaître, les voir… c’est pourquoi j’ai mis en image ce qui se passait dans les étages de façon brute sans artifices.

Sais-tu si Bérurier Noir ont lu ton album ?
Alors, oui ! Un matin, Franck Marguin mon éditeur m’appelle pour m’avertir qu’il allait envoyer l’album à François, chanteur des Bérus pour avoir son autorisation d’utilisation du texte « petit agité » qui traverse plusieurs pages de l’album. Cet après-midi-là, je ne l’oublierai jamais, FRANÇOIS QUI LIT MON ALBUM !! il nous a donné le feu vert sur le morceau, il a dit qu’il n’y avait qu’une séquence qui le mettait un peu mal à l’aise, c’est en page 45 il y a un personnage qui prend de l’Héro et il a dit qu’ils avaient perdus tellement d’amis avec ça que ça l’attristait de voir leur morceau associé à ce passage. François à été classe, il a dit qu’elle que soit ma décision, il il n’interviendrait pas « c’est à l’artiste de décider ». J’ai donc réécris un morceau de punk, mon premier ! Et ce sont mes paroles sur cette page 45.
Dingue !
L’extrême droite, même ripolinée, est aux portes du pouvoir un peu partout dans les sociétés occidentales, quand elle n’en a pas déjà allègrement franchi le seuil… Contrairement aux années 80, une partie non négligeable de la jeunesse semble adhérer à leurs idées aux relents fétides des années 30… Qu’est ce qui s’est cassé depuis qu’elle reprenait en cœur le refrain de Porcherie, comme un slogan, dans les manifs ?
Je n’ai pas la réponse, je t’avoue que cette question me taraude, je ne comprends pas, j’ai eu l’occasion d’intervenir dans une classe pour un atelier bd, avec une trentaine d’élèves, ils m’ont posée la question de mes prochains projets et je leur ai parlé de
Bleu de chauffe sur lequel je bossais. J’étais au milieu de la classe, et j’ai senti un malaise énorme quand j’ai parlé des faits et la violence du Front National de l’époque. Ils ne comprenaient pas, ils ne faisaient absolument pas le rapprochement avec le R.N de Bardella qu’ils suivent sur Tik-Tok. Ça m’a, d’autant plus, encouragé à montrer d’où ce parti vient, ou, au moins de montrer toute la violence qu’il commet et donc, engendre…
Il y a une phrase de Karl Marx qui reprend Hegel, à peu près comme ça « tous les grands événements de l’histoire se répètent pour ainsi dire deux fois, la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». Cette phrase me semble être un écho à « bleu de chauffe » qui peut être un genre de conclusion ?

Peux-tu nous expliquer le titre, peut-être énigmatique pour certains, de « Bleu de chauffe » ?
Le « bleu de chauffe » c’est le vrai nom du bleu de travail, il est venu assez tôt dans le projet, mon socle dans cette histoire, c’est le monde ouvrier , la quasi-totalité de mes personnages sont de la classe ouvrière, ils portent tous le « bleu ». Il a dans ce titre l’opposition froid et chaud qui m’ont donné ma gamme de couleur assez radicale bleu et rouge, au-delà de toute une série de symboliques qui traversent l’album… Le bleu-blanc-rouge est omniprésent pour une quantité de raisons dans cette histoire, mon idée première c’est que c’est une époque de rejet d’une partie de la jeunesse pour le drapeau français, je n’ai pas le recul nécessaire pour avoir toutes les réponses, mais je me souviens du rejet de la flamme du F.N qui provoquait, chez certain.es, du dégout instantané et du rejet du service militaire obligatoire chez les jeunes hommes. C’est très présent dans les paroles des groupes alternatifs de cette époque 80/90
Je trouve la couverture de l’album particulièrement réussie, avec ces deux bandes qu’on devine rivale et qui se font front, de part et d’autre de la glissière de sécurité… Comment est née cette idée de couv ? En a-t-il existé plusieurs versions avant que celle-ci ne s’impose ?
Il n’y a eu qu’une version, j’ai fait deux esquisses, mais celle-ci sonnait bien ! On y retrouve la quatre voies, qu’on regardait gamins du haut de nos terrains de jeux, avec le rythme incessant du trafic, pour moi c’est une symbolique forte du capitalisme qui ne s'arrête jamais, les camions gavés qui filent, c’est un cauchemar très entêtent pour moi… Alors là, je me suis offert le luxe d’arrêter ce bordel avec du silence sur un lieux de vacarme. Les glissières de sécurité me fascinent autant que les quatre voies depuis tout gamin ! Je suis vraiment bizarre (lol) tout ça c’est notre terrain de jeux de gamins, on trainait un peu trop dans ces non-lieux, mais, à chacun son décor !
Du synopsis à la planche finalisée, quelles furent les différentes étapes de ton travail sur cet album ? Quels outils as-tu utilisé pour composer tes planches ?
J’ai d’abord écris le scenario, ça m’a pris du temps, c’était une première, avec beaucoup de brouillons, de collage, de chemins-de-fer... J’ai écrit les scenarios classiquement, comme si c’était écrit pour quelqu’un d’autre ! Avec des descriptions, dialogues, d’un bout a l’autre, ça m’a rassuré d’y donner une forme « professionnelle »... Ensuite j’ai storyboardé tout le livre, avec les dialogues lisibles, d’une traite, pour garder une certaine spontanéité, un rythme « punk » au rythme effréné, je doute énormément de tout, j’ai besoin d’être en énergie haute pour me donner confiance. J’ai ensuite fait 4/5 pages, les premières, sur grand format, A2, de travailler grand, ça libère le geste, avec des crayons de charpentier à mine plates, ceux qu’on voit dépasser des « bleus » de menuisier ! Taillés au cutter et hop, c’était parti ! Pour l’encrage, j’ai testé des cure-dents taillés en biseau, dans des critériums épais, c’était chouette mais trop fragile, j’ai des plumes plates de calligraphie qui sont plus tenaces et j’obtiens quasiment le même rendu
Work in Progress d’une planche

Quelle étape te procure le plus de plaisir ?
J’aime vraiment toutes les étapes, même si elles comportent toutes, pour moi, leurs lots de complexité ! Je préfère sans doute l’étape de l’encrage, probablement parce que c’est dangereux aussi. Si c’est pourri je recommence. J’ai plusieurs pages que j’ai recommencé plusieurs fois... C’est perdre une journée de travail à chaque fois ! Mais c’est pas grave, le principal c’est d’être satisfait à la fin

A chaque nouvel album ou série, tu adoptes un nouveau style graphique, toujours en parfaite adéquation avec le propos… Peux-tu nous expliquer comment tu as abordé le dessin de Bleu de Chauffe ?
D’abord merci à toi pour ce compliment ! C’est pour moi une démarche qui n’est pas simple, je reprends (presque) vraiment tout à zéro à chaque projet, c’est une démarche qui n’est pas bien comprise, on me questionne souvent là-dessus. Mais c’est comme ça que je me sens « sincère » avec le scenario, c’est d’abord le questionner dans tous les sens graphiquement, mettre en place un rythme narratif, choisir une mise en page, 4 bandes , 3 bandes, 2 bandes ou éclatée comme « l’art du désastre ». Ensuite les personnages, réalistes, semi-réalistes, cartoon ?... et le choix de la technique de finalisation, c’est très important selon moi, elle permet d’accélérer ou de ralentir la lecture, de l’immerger par des ambiances et aussi des références fortes de l’histoire des arts…
Tu vois, pour « Bleu de chauffe » par exemple, je voulais trouver de l’évocation visuelle qui nous ramène aux années 80, j’ai pensé à de la « camera à l’épaule », à du grain de bande VHS, à des souvenirs de tubes cathodiques, des cadrages serrés, proches des personnages, me ramenaient à ces films qu’ont matait gamins,
Cannibal Holocaust,
Brain dead... souvent la gueule trop près de l’écran !
Dans quelle ambiance sonore travailles-tu habituellement ? Silence monacal ? Musique de circonstances ? Podcast ? Les Bérus, exclusivement (
) ?
la musiques a laissé la place aux podcasts. J’ai souvent des fixations. Là, c’était Jean Baptiste Thoret conférencier passionné de cinéma, Dario Argento, Friedkin, Romero, etc... J’ai une passion pour Pacome Thiellement, je l’écoute et le réécoute, il m’a rendu fan de David Lynch et de Tod Browning, Entendre des analyses de films, comme c’est un médium pour moi très différent de la bande dessinée, me permet de réfléchir à des mécanismes narratifs... Mais oui, il y a toujours du punk rock qui finit par débarquer, surtout en périodes d’encrage.

Peux-tu en quelques mots nous parler de tes projets présents et à venir ?
Je travaille sur deux projets en parallèles, un premier en registre humour-noir qui questionne les dérives liées aux déploiements des objets connectés, les conséquences comportementales liées au numérique, graphiquement ça se situe entre semi-réalisme et cartoon. Je travaille sur un second projet que je situe dans dans le fil de « bleu de chauffe », ou un personnage marginalisé, revient chez lui pour s’occuper de son père vieillissant, un récit social avec un rythme assez lent contemplatif, toujours à échelle des personnages
Tous médias confondus, quels sont tes derniers coups de cœur ?
Alors je ne suis pas très au fait de l’actualité bd, je vais profiter d ‘une tournée de dédicaces en librairie pour découvrir des choses, j’ai aimé
Vivre libre et mourir d’Arnaud Le Gouefflec et Nicolas Moog,
Les héros du peuple sont éternels de Stephane Oiry,
Le Nirvane est ici de Mikael Ross, Inlandsis Inlandsis de Benjamin Adam, je lis l’intégrale des nouvelles de Philippe K Dick rééditées chez Gallimard, j’adore... sinon toutes les productions de Pacôme Thiellement que j’adore !
Y a-t-il une question que je n’ai pas posée et à laquelle tu souhaiterais néanmoins répondre ?
Ça me paraît bien complet !...peut être un truc un peu cliché que conseillerais tu aux jeunes ateur.ices aujourd’hui ?
Je répondrai « montez des collectifs, des ateliers, construisez vos propres réseaux, d’avoir monté l’atelier PEPE MARTINI à rennes il y a 25 ans, a permis à un grand nombre de gens d’avancer dans leurs projets, en partageant des infos sur le statut d’auteur.ice, de fonctionnement du monde éditorial, de mieux connaître le secteur de l’édition, même si c’est une pratique très solitaire la bd, c’est bien d’être en collectif, de partager
Pour finir et afin de mieux te connaître, un petit portrait chinois à la sauce imaginaire…
Si tu étais…

un personnage de BD : Lucien de Margerin
un personnage de roman : Docteur Watson de Sir Arthur Conan Doyle
un animal : un paresseux, j’en ai vu en Guyane c’est fascinant !
une chanson : Renaud deuxième génération, à 11/12 ans j’étais un fan absolu de Renaud
un instrument de musique : la flute traversier en bois, j’en joue mais pas assez souvent
un jeu de société : aucun
une découverte scientifique :la théorie des cordes
une recette culinaire : le couscous, c’est jamais pareil
une pâtisserie :le kouign amann
une ville : Brest
une qualité : l’écoute ?...
un défaut : parfois trop impulsif
un monument : le mémorial du cap de la chèvre, presqu’ile de Crozon,
une boisson : la bière
un proverbe ou un slogan :« L’histoire se répète toujours deux fois, la première comme une tragédie et l’autre comme une farce » (Karl Marx)
Un dernier mot pour la postérité ?
Non ! Un grand merci à toi pour ce chouette échange !
Un grand merci pour le temps que tu nous as accordé !
kenavo