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Pros du déguisement
un transformiste à la CIA

WASHINGTON (AFP) - Se déguiser en clochard est devenu une activité du dimanche pour Tony Mendez, 63 ans, ancien "chef déguisement" à la CIA qui a fait libérer six diplomates otages à Téhéran en 1979 en les faisant passer pour une équipe de tournage hollywoodienne.

Ce monsieur convenable enfile un vieux T-shirt jaune maculé, une casquette dont dépassent des cheveux gris et longs, des lunettes démodées, des mitaines. Une minute plus tard, il s'est transformé en mendiant crédible.

"C'est parfait pour surveiller un coin de rue sans être dérangé. Personne n'est susceptible de venir vous parler ou de vous regarder dans les yeux", commente son épouse Jonna, 59 ans, lors d'une conférence au Spy Museum de Washington.

Les espionnes, en revanche, ont plus souvent intérêt à se faire belles qu'à jouer les passe-muraille. "Dans les cocktails, les hommes préfèrent toujours parler avec une jolie femme qu'avec une femme moins jolie. C'est comme ça", explique l'élégante Jonna, ancien agent secret en Allemagne ou en Inde qui s'est aussi spécialisée dans le déguisement.

Le couple de jeunes retraités, aux allures de M. et Mme Tout-le-monde, a travesti pendant une trentaine d'années les identités de centaines d'espions américains et leurs collaborateurs étrangers, risquant souvent des vies.

Tony Mendez, qui a aussi joué les vieilles femmes avec caddy dans les rues de Moscou, se targue d'avoir "exfiltré" 150 personnes du bloc soviétique "quand il était temps". "Evidemment, nous n'avons pas pu sauver tout le monde", ajoute-t-il sans pouvoir en dire plus.

A 25 ans, il avait répondu à une petite annonce: l'armée cherche un dessinateur. Evoquant le premier rendez-vous avec son employeur dans une chambre de motel du Colorado aux stores baissés, il manie l'euphémisme: "J'ai été intrigué".

De la fabrication de faux papiers, il est passé au déguisement grâce à "de petites innovations trouvées sur le terrain". Jonna s'était d'abord spécialisée dans la photographie clandestine. Comme dans James Bond, des appareils photos cachés dans des objets miniatures, comme des rouges à lèvres ? Exactement.

Parfois, les Mendez s'en veulent d'avoir été trop bons. Comme pour l'espion Edward Howard, un ex-agent de la CIA soupçonné de travailler pour les Russes. Il avait bricolé un mannequin à son image qui lui a permis d'échapper à la surveillance des policiers américains et fuir à Moscou en 1985. "On l'avait trop bien formé", regrette Jonna.

Pour changer d'apparence en quelques minutes, c'est toujours pratique de se promener avec un sac de provisions, conseille-t-elle.

Avec une casquette, une fausse moustache, des chaussures de sport et un coupe-vent, elle montre comment d'une femme chic, elle peut se transformer en monsieur décontracté. Il suffit pour cela d'avoir prévu un pantalon souple sous sa jupe, remonté jusqu'aux genoux par des épingles. Et de mettre un caillou dans une chaussure ou d'utiliser une canne pour se rappeler qu'il faut marcher différemment. Sans oublier lunettes et cigare, tout se joue dans les détails.

Outre le costume, il faut travailler le comportement. "A la CIA, j'envoyais les agents que je venais de déguiser à la cafétéria ou dans une épicerie, pour qu'ils s'habituent, qu'ils prennent de l'assurance", explique Tony.

Il soupire en se souvenant du nombre de fois où il a dû soulager les consciences d'agents culpabilisant de mentir tout le temps. "Je leur disais: la vérité n'est pas l'affaire de tous".
Le Korrigan



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