 Automne 2022. Un récent traumatisme en un réveillé un autre, tout aussi douloureux, dont la blessure n’a pas encore cicatrisé… Pour trouver des réponses à une question qui le hante depuis près d’un quart de siècle, David décide de revenir dans ce petit village d’Orpierre où il passait jadis ses vacances en famille, avec ses cousins…
C’est dans ce village de la vallée du Céans, dans les Hautes-Alpes, que sa sœur, Axelle, a disparu un triste jour de l’été 1997 sans qu’on ne retrouve jamais sa trace… David erre dans les lieux de son enfance insouciante et peuplés de souvenirs pour tenter de comprendre ce qui a pu se passer… Chaque lieu, des ruelles escarpées du village à la maison du village, de ces contreforts des Alpes où il aimait se balader, camper et jouer à cette rivière où ils aimaient se baigner… Tout lui rappelle sa sœur et sa tragique disparition, toujours inexpliquée…
Lorsqu’ils parlent aux habitants et leur dit qui il est, les visages se ferme, comme s’ils ne voulaient pas se souvenir de ce drame qui avait endeuillé ce village si paisible… Mais quelqu’un doit savoir, forcément…
 Avec Jusqu'à la nuit tombée, Philippe Lahbari et Quentin Heroguer signent un premier album intimiste bouleversant de justesse et qui va voir un jeune homme en âge d’être père revenir sur les lieux de ses vacances estivales en famille pour y chercher les réponses à la lancinante question qui le hante : qu’est-il arrivé à sa sœur disparue au cours de l’été 1997…
L’album s’avère remarquablement bien construit avec cet homme qui débarque dans le petit village d’Orpierre, avec ses souvenirs qui se superposent à la réalité, comme s’il se remémorait certaines scènes oubliées de son enfance insouciante… Ces premières pages touchent à l’universel, avec ces anecdotes familiales qui ancrent le récit dans la réalité, avec cette bataille d’eau entre cousins ou cette « chambre du légionnaire » entourée de mystères… Ces aller-retours entre le présent et le passé distille un parfum de nostalgie qu’on devine empreint de gravité… Plus le temps s’écoule et plus on comprend qu’un drame s’est noué en ces lieux, de cette gamine qui lui fait face dans la cuisine ou qui le regarde dormir…
La tension monte, presque palpable, distillant un malaise évident qui gagne peu à peu David, jusqu’à revenir à ce moment fatal de la disparition, le désarrois qui l’avait alors assailli, teinté de culpabilité, et qui refait surface, sans rien n’avoir perdu de sa force… L’enquête qui s’ensuivit et qui n’aboutit à rien, et ce besoin viscéral de trouver des réponses, quitte à tout retourner dans la maison et dans ses souvenirs…  Et le processus du deuil qui n’a pu suivre son cours, douloureux et tortueux, faute d’avoir trouvé les réponses… Sans pathos, le scénariste parvient à nous faire ressentir les tourments du jeune homme qui se demande s’il a bien fait de revenir sur les lieux du drame… Qu’espérait-il trouver, vingt-cinq ans après la disparition ? L’auteur pointe aussi avec justesse la difficulté d’accepter de parler de ses tourments à ses proches, de se sentir obligé de se taire pour ne pas leur imposer notre fardeau, alors même qu’on ne parvient plus à avancer… comme si nos soucis ne concernaient que nous seuls… comme si l’on ne pouvait souffrir qu’en silence…
Le dessin de Quentin Heroguer s’avère étrangement pénétrant… Ses décors retranscrivent l’ambiance de la région et de ces villages isolés, cette nature somptueuse et parfois inquiétante, l’atmosphère estivale qui tranche avec la mélancolie distillée par les pluies d’automnes qui sont au diapason des tourments de David… Son trait se fait faussement naïf, voir même enfantin, lorsqu’il s’agit de donner vie aux personnages. Et pourtant, il retranscrit avec acuité les émotions et les tourments du jeune homme, la tristesse et la douleur qu’il porte en lui et l’espoir dérisoire auquel il s’accroche de trouver, des années après, des bribes de réponses… Il y a quelque chose de profondément bouleversant dans ses planches et son trait hésitant et épuré est au diapason de l’histoire, accompagnant David dans sa quête à rebrousse temps… L’émotion est là, affleurant dans chaque case, entraînant le lecteur dans la douloureuse mélancolie de cet homme écartelé entre le passé et ses blessures qui ne guérissent pas, et ce présent, marqué lui aussi par un drame…
 Premier album, à notre connaissance, de Philippe Lahbari et Quentin Heroguer, Jusqu’à la nuit tombée est un album intimiste et bouleversant de justesse qui nous raconte la quête d’un jeune homme hanté par un drame qui a mis fin à l’insouciance de l’enfance…
Vingt-cinq années ont passé depuis qu’Axelle, la sœur de David, a disparu… Un autre drame allait réveiller la douleur et la culpabilité liée à sa tragique disparition, incitant le jeune homme à retourner dans ce petit village de la vallée du Céans où il passait ses vacances en famille… Il a besoin de comprendre ce qui s’est passé au cours de ce triste été 1997. La maison, les ruelles, les sentiers escarpés, les jeux d’enfants et les mots d’adultes lui reviennent en mémoire, le conduisant à l’inéluctable, ravivant sa douleur et ses tourments…
Remarquablement bien construit, le scénario de Philippe Lahbari nous montre le jeune homme qui revient sur les lieux de son enfance et se fait submerger par des souvenirs enfouis, d’abord doux et apaisants avant que l’on sente poindre le drame qui allait faire basculer sa vie… Le besoin viscéral de trouver des réponses est remarquablement bien rendus alors que le trait faussement naïf de Quentin Heroguer retranscrit avec justesse et délicatesse ses tourments et le poids de la culpabilité qui l’écrase, bouleversant le lecteur que cette histoire prend aux tripes et qui aborde la douleur de ce deuil impossible, faute d’avoir pu trouver des explications… Jusqu’à la nuit tombée est un album particulièrement réussi qui aborde avec justesse des sujets douloureux et qui s’achève de façon étrangement apaisante…
Répondre oui est tellement plus facile. C’est un mot qui rassure l’autre. Pourtant j’aimerai dire non. Le hurler, le pleurer, le répéter sans cesse jusqu’à m’en briser la voix. Mais ça veut dire partager sa peine. Mettre du poids sur l’autre. Elle n’en a pas besoin. Répondre no est tellement plus difficile.David
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