



Une première version de cette œuvre posthume de Marcel Pagnol fut insérée dans
Le Temps des amours… Mais la version des
Pestiférés qui nous est proposé dans cet album nous en propose une fin subtilement différente, basée sur les récits fait par l’auteur à ses proches…
Marseille 1720. Malgré les conclusions de deux autres médecins, la découverte de plusieurs cadavres laisse perplexe Maître Pancrace qui soupçonne la peste d’être entrée en ville…
L’avenir allait hélas lui donner raison et, sous son impulsion, les habitants d’un petit quartier situé sur les hauteurs de la ville se préparent à affronter l’épidémie en vivant en autarcie et en faisant croire aux gens venus de l’extérieur que la Peste y avait déjà fait sa moisson de morts… Au fil des jours, on voit la petite communauté s’organiser pour vivre en marge de l’épidémie en s’imposant des mesures drastiques pour se donner toutes les chances de survivre au fléau que certains pensent être d’origine divine…
Mais les premières tensions ne tardent pas à apparaître et le comportement inconséquent de certains pourrait bien menacer la survie de tous…

Ecrire la fin d’une œuvre inachevée de Pagnol s’avère être un défi de taille… Aussi, l’idée de développer le récit en BD s’avère-t-elle particulièrement pertinente… Captivé par ce récit, Samuel Wambre travaille depuis plusieurs années sur cette histoire qui s’appuie sur une solide documentation historique… Et c’est tout naturellement qu’elle rejoint cette jubilatoire et truculente collection consacrée par les éditions Bamboo à Marcel Pagnol…
S’éloignant de l’heureuse fin publiée dans le
Temps des Amours, Serge Scotto et Éric Stoffel nous proposent l’une des fins alternatives que l’auteur, formidable conteur en plus d’être romancier et cinéaste de talent, a mainte fois raconté à ses proches… Si le récit revêt les atours d’une fable, sa chute impromptue lui donne une dimension politique tragique dans lequel on retrouve le terreau d’anticléricalisme cher à Pagnol… Et cette fin particulièrement sombre confère, par contraste, toute sa force à l’aventure qui nous a été conté avec art, accentuant la profonde humanité de cette petite communauté qui a tenté de survivre à la peste noire et à l’obscurantisme…
Signant son premier album, Samuel Wambre fait montre d’une grande maîtrise… Epuré et plein d’élégance, son trait transporte le lecteur dans le Marseille du XVIe siècle… Il esquisse des décors superbes et authentiques, soignant tout particulièrement la lumière de chaque scène afin d’en accentuer subtilement l’atmosphère. Portée par un découpage d’inspiration cinématographique, sa narration s’avère particulièrement fluide et le dessinateur fait montre d’un saisissant talent pour mettre en scène des personnages profondément humains…

Trouvée au fond d’un tiroir, les feuillets des Pestiférés ont été publiés par l’éditeur de Marcel Pagnol dans le Temps des Amours… Mais si l’auteur avait laissé cette œuvre inachevée, il en avait à maintes reprises raconté la fin à ses proches… Grâce à leurs souvenirs et au remarquable travail de Serge Scotto, Éric Stoffel et Samuel Wambre, le lecteur peut enfin découvrir cette fable historique à la fois drôle et tragique dans une version qu’on imagine proche de celle voulue par l’auteur…
Basé sur une solide documentation historique, la fable humaniste de Marcel Pagnol se lit avec délectation… Grâce à de longs récitatifs, les auteurs ont su conserver son ancrage littéraire alors que le dessin généreux et épuré de Samuel Wambre, rehaussé par des couleurs particulièrement subtiles, confère à l’ensemble une dimension éminemment cinématographique… La fin tragique de l’album transforme le récit en conte philosophique et politique tout en accentuant la générosité et l’humanité de ses principaux protagonistes…
Ces Pestiférés sont l’une des délicieuse surprise de ce mois de mars et nous permet de découvrir une facette méconnue d’un auteur qui porte sur ses compatriotes un regard lucide et plein de bonté…
Capitaine, réunissez nos amis chez moi, le plus tôt possible. J’ai une grave nouvelle à leur annoncer..Maître Pancrace