Fiche descriptive
19€95
Chronique | ![]() ![]() |





Le printemps d’une renaissance
![]() ![]() ![]() ![]() Lorsqu’elle se regarde dans le miroir, Kabuki ne ressemble pas à ce qu’elle est au fond d’elle. Avec le sang surgissant d’une blessure faite au doigt, elle se maquille pour avoir l’apparence de celle qu’elle se sait être… Mais ses proches n’acceptent pas sa véritable nature et Kabuki doit renoncer à son identité et se contraindre à porter un masque pour se fondre parmi les hommes et trouver une place qui pourrait être la sienne…Mais Kabuki, ne pouvant laisser s’exprimer sa véritable nature, sombre dans le désespoir et s’abandonne aux vapeurs opiacées, se perdant dans les méandres de sa psyché jusqu’à se perdre elle-même et ne plus savoir qui elle est… Jusqu’à ce qu’elle rencontre Alma, son alter ego qui va l’aider à se défaire de ce masque qui l’étouffe et à s’accepter telle qu’elle est, étape incontournable pour oser s’aventurer dans le monde sans masque… ![]() Oser se construire pour ne pas se détruire Après nous avoir enchanté avec leur sublime et envoûtant Shamisen, Guilherme Petreca et Tiago Minamisawa sont de retour pour explorer un nouvel art japonais : le kabuki, forme épique du théâtre traditionnel…Porté par un dessin somptueux, sensible et délicat qui plonge le lecteur au cœur d’une représentation théâtrale, le récit aborde avec violence et délicatesse la douleur d’être née femme dans un corps d’homme… Vivant tous deux au Brésil où la transphobie tue encore de nos jours, leur récit prend une dimension bouleversante et tragique sans jamais se départir de sa composante poétique… Mettant en scène la douleur de Kabuki, ses questionnements mortifères, ce rejets de ses proches et de la société qui prennent en horreur ce qu’elle est et l’empêchent de s’affirmer, la contraignant à vivre avec un masque derrière lequel elle se fane et dépérit peu à peu… La somptueuse évocation du théâtre japonais permet ainsi aux auteurs d’aborder avec force et finesse un sujet tristement d’actualité, alors que grandissent dans nos sociétés contemporaines l’intolérance et le rejet de la différence au nom de valeurs conservatrices et éculées… L’ombre de Dandara dos Santos et de tous ces trans massacrés au Brésil ou ailleurs plane sur cet album qui rend hommage à leur courage face à l’ignorance et à la barbarie. Le texte ciselé de Tiago Minamisawa s’estompe derrière la musicalité du dessin et des couleurs envoûtantes de Guilherme Petreca et l’un et l’autre sont en osmose pour nous prendre aux tripes, nous bouleverser par la puissance et la beauté du fond et de la forme qui se rejoignent et s’entremêlent de façon inextricable. Les frontières du théâtre disparaissent peu à peu pour esquisser les contours d’un monde métaphorique où s’incarnent les douleurs, les tourments et les espoirs de Kabuki et la haine viscérale dont elle victime… L’émotion affleure dans chaque case, nous transporte et nous bouleverse au cours de chacun des quatre actes de l’histoire qui évoque chacun une saison, de l’été des révélations à la mélancolie automnale et passant par la rigueur hivernale évoquant de désespoir avant que n’arrive le printemps, symbole de renaissance et d’une nouvelle vie qui commence, pleine d’espoirs et de promesses…L’album se referme sur un dossier passionnant qui vient prolonger la lecture. Jérôme Collet, spécialiste du Kabuki, nous instruit sur cet art ancestral et sur la culture japonaise alors que les auteurs reviennent sur la genèse de l’album et sur le court métrage en stop-motion né de cette envie de raconter cette histoire, film que nous ne pouvons que vous recommander de visionner le somptueux trailer… ![]() Leur fascinant Shamisen nous avait fait forte impression et il nous tardait de nous plonger dans le nouvel album de Guilherme Petreca et Tiago Minamisawa qui, après la musique, aborde un nouvel art traditionnel japonais : le kabuki qui s’incarne dans une personne née dans un corps qui n’est pas le sien.Lorsque Kabuki se maquille avec le sang sortant d’une blessure au doigt, il subit les foudres et le rejet de ses proches. Pour se fondre dans le monde des hommes, il se contraint à porter un masque, renonçant à son identité pour espérer trouver une place. Niant ce qu’il est, il finit par se perdre dans le labyrinthe de sa psyché… Alors qu’il s’étiolait peu à peu, il allait croiser Alma qui allait l’aider à se défaire de ce masque qu’il s’obligeait à porter… L’écriture finement travaillée de Tiago Minamisawa s’estompe derrière la musicalité du somptueux dessin métaphorique de Guilherme Petreca… Avec cette narration théâtrale épousant les codes d’une des trois formes du théâtre traditionnel japonais, ce récit poétique et bouleversant aborde le thème de la transidentité de façon poignante, pointant les violences dont sont victimes les transgenres et les tourments qui sont leurs lorsqu’ils sont condamnés et rejetés par leurs proches pour ce qu’ils sont, telle Dandara dos Santos, assassinée en 2017 pour avoir eu le courage d’être elle-même… Kabuki est un album bouleversant, par la beauté et la violence du propos et cette fin, porteuse d’espoir et de renaissance… La véritable beauté ne surgit que lorsque nous apprenons à valoriser, ce qui nous rend unique.citation page 68
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Série & fiches liées
Galerie
Kabuki, planche de l'album © Ankama / Petreca / Minamisawa
Kabuki, planche de l'album © Ankama / Petreca / Minamisawa
Kabuki, planche de l'album © Ankama / Petreca / Minamisawa