Fiche descriptive
22€
Chronique | ![]() ![]() |





Un robot si humain ?
![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Richissime Président Directeur Général de la Crown-Bank, Charles Brooks meurt dans un trégique accident de voiture dans des circonstances troubles…Magda, sa fille et unique héritière, hérite de sa vaste demeure où elle n’était plus revenue depuis des lustres… Elle ouvre une à une les pièces de la maison et redécouvre le cadre de vie de ce père qu’elle n’avait plus revu depuis près de dix ans… Glissé dans une housse, elle découvre le robot domestique bleu acier de son père, plongé en état de veille… Afin de préparer le procès, Lars Olsen, expert en cybernétique mandaté par la Crown Bank, vient expertiser l’androïde afin d’envisager un procès contre la Randall Company, son fabriquant… Prénommé Karl, le robot conduisait le véhicule lors du fatal accident. Après la récupération de ses données internes par l’expert, préférant les relations humaines aux technologies, Magda demande au robot de se remettre en veille… Ce dernier s’exécute mais revient quelques temps après pour lui proposer ses services… Durant le procès, il est établi que l’accident a été causé par Karl qui a cherché à éviter une biche qui traversait la route plutôt que de protéger son passager… Est-ce une faute imputable à la Randall Company ou l’androïde aurait-il développé une forme de conscience ? ![]() un récit d’anticipation rétro futuriste sensible, élégant et poétique… Chaque nouvel album de Cyril Bonin, qu’ils fussent des adaptations ou des œuvres originales, est en soit un événement, tant pour l’univers graphique singulier et envoûtant développé par l’artiste au fil des ans que pour ses talents de conteur et l’humanité qu’il parvient à insuffler à chacun de ses personnages…Karl est un récit d’anticipation retro-futuriste qui nous entraîne dans les années 50, si chère à l’auteur pour son esthétisme qu’il retranscrit avec finesse. Alors que l’I.A. déferle dans nos vies, que les entreprises s’y investissent sans vergogne et que les gouvernements y voient notre avenir, alors même qu’elle est entre les mains d’ultracapitalistes, qu’elles contribuent à détruire nos écosystèmes et qu’on n’a pas le recul nécessaire sur les répercussions qu’elle aura sur nos vies, l’auteur s’interroge et sur ces androïdes domestiques, fantasmes des ingénieurs abreuvés à la science-fiction, et ce faisant s’interroge sur ce qui fonde notre humanité… Car si, à l’instar de Magda, on ne peut que se montrer réticent de confier une part de notre vie à un bout de métal, de processeurs et de circuits imprimés, force est de reconnaître qu’on ne peut qu’être touché par Karl, par son empathie désarmante et ses questionnements… On comprend que la relation qu’il a tissé avec Charles Brooks, son premier propriétaire, loin de se contenter d’imiter les relations humaines, semble sincère et réelle, tout comme celle qu’il va tisser avec sa fille. Et plus on tourne les pages et plus la frontière la séparant de notre humanité semble s’amenuiser… Le propos n’est pas tant de s’interroger sur la relation unissant l’homme à la machine mais de s’interroger sur notre humanité, sur ce qui nous définit en tant qu’humain et sur ce qui donne un sens à notre éphémère passage sur Terre… Comme Léon Tolstoï l’avait si bien illustré dans son Ce qu’il faut de terre à l’homme (magnifiquement adapté en BD par Martin Veyron), ce n’est pas ce que l’on possède ou qu’on a accumulé au fil de notre vie qui lui donne un sens… Mais cette histoire touchante et intimiste nous montre combien les relations que l’on a pu tisser avec les autres, ces moments fragiles partagés avec ceux que l’on aime, les souvenirs qu’on aura pris le temps de créer avec eux, l’effort que l’on aura fait pour les connaître et les comprendre sont l’essence même d’une vie, nous rappelant aussi combien il est important de prendre le temps de voir la beauté du monde et d’entretenir notre capacité d’émerveillement pour profiter pleinement de la vie et du temps présent… L’auteur prend comme de coutume le temps pour poser ses personnages et développer son récit, faisant naître avec une facilité désarmante, qu’on sait pourtant n’être qu’apparente, une foule d’émotions. Si ses dialogues s’avèrent savamment travaillés, ses silences offrent une respiration saisissante à l’histoire soulignant le ressenti de Karl ou de Magda ou le trouble de la jeune femme découvrant que l’androïde semble doté de comportements profondément humains… On retrouve avec un réel plaisir le trait plein d’élégance et de sensibilité de Cyril Bonin, ses couleurs délicieusement automnales et la fluidité de sa narration graphique qui joue avec art avec le temps qui passe… Certaines séquences, purement contemplatives, s’avèrent étrangement apaisantes, retranscrivant avec justesse les émotions des protagonistes de l’histoire, telle celle où Magda ouvre une à une les pièces de la maison de son défunt père, celle ou Karl se recueille sur sa tombe ou cette autre où l’androïde se promène en forêt, admirant les merveilles de la nature ou le vol d’un papillon, autant d’instants simples et sublimes à côté desquels on passe trop souvent… Chaque planche de l’album est baignée d’une douce et poétique mélancolie qui rend le récit tout à la fois envoûtant et bouleversant…![]() Cyril Bonin nous entraîne dans un récit de science-fiction rétro futuriste sensible, délicat et bouleversant de justesse…Cela faisait dix ans que Magda n’avait pas revu son père, richissime Président de la Crown-Bank… Ce dernier vient de mourir dans un tragique accident de voiture qui était alors conduit par Karl, son androïde de compagnie… Alors qu’elle lui avait demandé de se mettre en veille, le robot revint trouver Mafda pour s’excuser pour la mort de son père dont il se sent responsable… Au fil des jours, Karl fait montre d’une empathie peu commune et même d’une conscience qui la trouble et que tentera d’utiliser son fabriquant pour se dédouaner de l’accident… Avec ce récit fascinant et intelligent qui explore avec finesse les conséquences de l’arrivée des IA dans notre vie, l’auteur interroge sur ce qui fonde notre humanité, cette capacité unique à nous émerveiller de la beauté du monde, de tisser des liens et de se souvenir. Sublimé par une mise en couleur délicate et mélancolique, son trait, élégant et envoûtant retranscrit avec justesse les sens de la vie et sur l’importance de prendre le temps tisser des liens et de garder intacte cette capacité d’émerveillement que l’on avait enfant… Karl est un album envoûtant et bouleversant qui montre l’étendue du saisissant talent d’un auteur singulier qui tisse au fil du temps une bibliographie fascinante…… - Je suis désolé.
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Galerie
Karl, planche de l'album © Sarbacane / Bonin
Karl, planche de l'album © Sarbacane / Bonin
Karl, planche de l'album © Sarbacane / Bonin