 Depuis sa tendre enfance, Lila a toujours rêvé d’être mère… Mais le jour où elle tombe enceinte, sa vie vacille. Une angoisse oppressante s’empare d’elle, les crises se multiplie et sa santé mentale s’effrite avant de s’effondrer…
Elle a une certitude : elle n’aura pas la force de mener sa grossesse à terme. Elle n’a d’autre choix que d’entrer en hôpital psychiatrique pour tenter de surmonter ses crises et de trouver la réponse à cette angoissante question : doit-elle garder l’enfant ou y renoncer ? Dans cet espace hors du monde et hors du temps, elle va côtoyer des hommes et des femmes qui peinent, comme elle, à vivre…
Au fil des discussions avec le docteur Saad, il apparait que des crises d’angoisse ont jalonné sa vie et le psychiatre met, enfin, un mot sur le mal qui la ronge de l’intérieure : elle est bipolaire. Cette révélation fracassante est néanmoins porteuse d’un espoir, certes fragile, mais d’un espoir quand même… Maintenant identifié, sa maladie va enfin pouvoir être prise en charge… Mais peut-on être mère et bipolaire ?
On mesure le courage de Lila Albanese d’oser se livrer de la sorte, de raconter cette période de fragilité et d’incertitude, de nous raconter, sans fards, cette grossesse qu’elle désirait tant et qui allait la plonger dans des abîmes insondables…
 Car une grossesse est une véritable aventure à laquelle nulle femme n’est vraiment préparée… Il y a tout d’abord cet étrange tabou qui fait que les mères ne parlent pas des « petits » inconvénients de la grossesse… De ce corps qui ne vous appartient plus tout à fait, à ces multiples examens qui font passer la grossesse pour une maladie, à l’étrange impression d’avoir un passager clandestin à bord en passant par ceux qui prétendent regretter de ne pouvoir être enceint ou à celles affirmant que ce fut la plus belle période de leur vie… Sans parler des douleurs de la grossesse et de celles du bouquet final… Mais lorsque la grossesse s’accompagne d’une maladie mentale encore trop méconnue du grand public, elle peut être une souffrance indicible…
Mais l’autrice est dotée d’un talent de conteuse saisissants, qui nous permet d’entrevoir et de comprendre, sans doute qu’en partie, les questionnements douloureux qui ont été les siens. Narratrice de sa propre histoire, elle parvient à mettre en mot la violence de certaines réflexions, ce qu’elle ressentait lorsque l’angoisse la submergeait telle un tsunami, emportant tout sur son passage… Mais aussi la réaction des proches apprenant son dilemme, ses parents ou sa sœur, mais aussi son compagnon qui, pourtant aimant, bienveillant et attentionné, va craquer par moment lui aussi, parce que lors de première sortie, elle préfère aller voir des amis que de passer du temps avec lui… La description du lien qui l’uni à son compagnon est bouleversante de sincérité et de justesse…
L’album est aussi l’occasion de décrire de l’intérieur l’ambiance étrange régnant dans les hôpitaux psychiatriques et les patients avec qui elle interagit. Connaître les pensées de l’autrice durant ces moments si particuliers confère une force peu commune à son propos, teinté d’un humour un brin désespéré… L’humour est d’ailleurs l’un des ressorts narratifs de cette autobiographie, allégeant le propos de façon saisissante et rendant la lecture particulièrement fluide, tout en restant profondément bouleversante.
Le dessin épuré de Claire Paq met en image avec humour et sensibilité l’histoire de Lila Albanese. Son trait follement dynamique retranscrit avec inventivité et efficacité les états d’âme de Lila, de ses oppressantes crises d’angoisse, à ces moments plus légers sans oublier ce regard délicieusement décalé qu’elle porte sur elle à celui qu’elle porte sur les autres.
 Pour son premier album, Lila Albanese nous entraîne dans son intimité, alors que sa grossesse pourtant désirée allait faire vaciller dangereusement son équilibre mental…
Depuis sa tendre enfance, Lila a toujours voulu être mère… Mais la nouvelle la plonge dans une crise d’angoisse insurmontable. Elle est persuadée qu’elle ne pourra aller au terme de sa grossesse sous peine de mourir… Accueillie au sein d’un hôpital psychiatrique, elle aller enfin comprendre l’origine de ces crises qui ont jalonné sa vie : elle est bipolaire… Mais si pouvoir enfin mettre des mots sur le mal dont elle souffre depuis tant d’année est porteur d’espoir, une question la hante désormais : peut-on être mère et bipolaire ?
Sans doute fallait-il beaucoup de courage pour livrer ainsi un pan de sa vie et de son intimité aux lecteurs… Le bouleversant récit de Lila Albanese nous parle de la maternité dont les souffrances et le mal-être qui peuvent y être liés ont longtemps été tues… Mais lorsqu’on souffre de bipolarité, l’aventure peut vite sembler insurmontable. Avec pudeur et retenue, mais aussi avec une touche d’humour un brin désespéré, l’autrice nous entraîne dans son quotidien, dépeignant avec force détails la vie au sein d’un HP ou de ses relations avec sa famille, son compagnon, les autres patients ou les soignants. Son autobiographie est mise en image par le trait épuré mais follement expressif de Claire Paq qui parvient à retranscrire les états d’âme de l’autrice, ses angoisses insondables et le poids du dilemme auquel elle doit faire face… Corps à corps - Enceinte et bipolaire fait partie de ces albums bouleversants de justesse à même d’apaiser et d’aider ce qui traversent ces épreuves, tout comme leurs proches, à comprendre ce qu’est la bipolarité…
Je suis prise au piège docteure. Si j’avorte c’est la mort et si je garde l’enfant… j’étouffe.Lila
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