Afghanistan, 2010, neuf ans après les attentats du 11 septembre. Après avoir servi dans les rangs de l’Onu au Cambodge, Raphaël, devenu officier de la DGSE, débarque à Kaboul pour recruter des sources humaines alors que les attentats se multiplient. Sa première mission est de rompre le contact avec le Commandant, alias Aramis, ancien douanier afghan et source jugée peu fiable dont les informations transmises sont dénuées intérêt stratégique.
Mais lorsqu’il fait été à Aramis de la rupture, ce dernier abat sa dernière carte et annonce un attentat suicide imminant dirigé contre le Goethe-Institut. Informés, les services secrets allemand parviennent à déjouer l’attentat, ce relance l’intérêt d’Aramis… Il tiendrait ses indications d’un certain Omar qui serait, selon ses dires, membre de l’état-major opérationnel des talibans…
Recruter une telle source serait une aubaine pour le renseignement français et Omar devient l’objectif prioritaire pour Raphaël et de son équipe… Mais comment convaincre Aramis de les mettre en contact avec ce fameux Omar ?
Diplomatie clandestine est à mille lieux des récits d’espionnages mettant en scène des agents bardés de gadgets déjouant des machinations infernales qui pourraient bien causer la fin du monde… Cet album fascinant nous propose une immersion vertigineuse, réaliste et saisissante dans le quotidien d’un agent de la DGSE.
Avant de devenir auteur de BD et romancier, le scénariste et dessinateur, Hubert Maury, est passé par la prestigieuse ESM Saint-Cyr avant d’enchaîner à une carrière militaire à l’ONU une carrière diplomatique. On lui doit notamment l’excellent
Dissident Club qui nous racontait l’enfance et l’adolescence d’un journaliste pakistanais réfugié en France… En se plongeant dans la lecture de l’ouvrage, difficile de ne pas songer au
Bureau des Légendes, fascinante série d’espionnage d’Éric Rochant. Et le fait est que l’histoire qui nous est contée s’avère tout aussi captivante et haletante que la série TV… Une fois plongé dans l’album, impossible malgré sa pagination généreuse, de s’en détacher avant son terme tant le scénariste a su introduire un page turner diaboliquement efficace…

Ses personnages s’avèrent remarquablement bien écrit et l’on s’attache rapidement à celui de Raphaël qui semble si crédible qu’on ne peut s’empêcher de penser que l’auteur a puisé dans son propre vécu pour le composer… Et il en va du même pour tous les autres protagonistes de l’intrigue, du Commandant à Paul en passant par Aryana, Omar, ou Achille et Hilarion du service action… Le caractère de chacun est finement retranscrit, de sa façon de parler ou de s’habiller à sa posture. Truffé d’anecdotes qui crédibilisent l’ensemble, tel le choix des noms donnés aux sources, le surnom que donne Raphaël aux mercenaires de Blackwater, l’histoire des portières du véhicule blindé, le petit jeu de pouvoir entre le taulier et la cheffe du service du contre-terrorisme venue de Paris pour avoir le dernier mot ou les traductions à la volée qui ancre plus encore
Diplomatie Clandestine dans la réalité, avec l’incertitude que cela comporte…
Tout ce petit monde va interagir, sans que l’on puisse savoir avec certitude qui manipule qui… Une chose est sûre pourtant : Hubert Maury nous mène par le bout du nez, jouant avec les faux-semblants, esquissant de fausses pistes, semant le doute chez les personnages comme chez le lecteur qui va aller de surprises en surprises jusqu’à un twist scénaristique bluffant qui vient redistribuer les cartes et hypothèque lourdement l’avenir de Raphaël…

Le récit gravite autour du triangle constitué par Raphaël, l’officier traitant, Aramis, la source, et Omar, la cible que les agents du renseignement français vont tenter de recruter… Et récupérer Omar ne va pas uniquement intéresser le renseignement français… Les allemands du BND vont entrer brièvement dans la danse avant que la CIA ne vienne s’inviter et faire pressions sur les agents français pour obtenir l’identité d’Omar… La tension monte crescendo entre les différentes officines et le recrutement d’Omar qui va venir en point d’orgue du récit ne va pas tout à fait se dérouler comme escompté… Solide et passionnant, le scénario est rythmé par des dialogues incisifs et des récitatifs ciselés qui accentuent le plaisir de lire cet album…
Le dessin expressif et épuré d’Hubert Maury s’inscrit dans le style du fascinant Pierre-Henry Gomont tout en développant un univers graphique qui lui est propre. Le découpage s’avère particulièrement pertinent, resserrant les cadrages lorsque l’action le nécessite ou en élargissant le champ pour nous offrir des scènes plus contemplatives. A la façon d’un reportage dessiné, le trait souple et expressif du dessinateur pose avec art le décor et anime avec dynamisme les différents personnages de l’histoire, soulignant leurs états d’âmes, leurs troubles et leurs doutes tout comme les sentiments qu’ils éprouvent les uns envers les autres. Faite d’aplats, la mise en couleur colle parfaitement à l’histoire et contribue à nous immerger au cœur même de l’action…

Après Le Pays des purs, Fêtes himalayennes, les derniers Kalash et Dissident club, Hubert Maury, sorti de l’ESM Saint-Cyr avant de devenir officier à l’ONU et diplomate, nous propose un récit d’espionnage aussi captivant et entraînant que le fut le Bureau des Légendes, fascinante série d’espionnage d’Éric Rochant.
Officier traitant de la DGSE, Raphaël débarque à Kaboul avec un passeport diplomatique. Sa première mission sera d’informer le Commandant, alias Aramis, ancien douanier afghan et source jugée peu fiable, que le renseignement français se passera désormais de ses services. C’est alors que le contact leur parle d’un projet d’attentat contre le Goethe-Institut… Informant le BND de l’imminence de l’attaque, ces derniers parviennent à le déjouer… Aramis tiendrait ses infos d’Omar, l’un de ses indics, qui appartiendrait à la Choura de Quetta, l’état-major opérationnel des talibans… Recruter Omar devient la mission prioritaire pour Raphaël et son équipe… Mais ils ne seront pas les seuls à s’intéresser à lui…
Disons-le sans ambages : Diplomatie Clandestine est un album fascinant qui nous immerge dans un récit d’espionnage tout à la fois crédible et haletant. L’auteur s’est-il inspiré de son vécu et des agents qu’il a croisé pour composer son scénario et donner vie à des personnages fascinants et remarquablement bien écrit ? On ne le sera sans doute jamais mais on est enclin à répondre par l’affirmative… Et le fait est qu’on se laisse happer par son récit et qu’il est quasi impossible de reposer l’album avant d’en être arrivé au terme, et ce malgré sa pagination généreuse… Le cadre de l’histoire, l’Afghanistan des années 2010, soit 9 ans après les attentats du 11 septembre, est remarquablement bien rendu, tant et si bien qu’on a parfois l’impression d’être en immersion aux côtés des protagonistes. Truffé d’anecdotes qui crédibilisent l’ensemble, le récit navigue entre manipulations et faux-semblants pour un final haut en couleur et un épilogue riche en émotions… Nerveux, épuré et délicieusement expressif, façon dessinateur de presse, le trait d’Hubert Maury porte avec force ce récit d’espionnage captivant qui est incontestablement l’un de nos gros coups de cœur de ce premier trimestre… Un album fascinant à ne pas manquer !
- Une radiation c’est forcément un déchirement. C’est comme un couple… Au départ, tu proposes la botte à une meuf… Puis tu t’attaches à elle et elle s’attache à toi. Et un bau jour, tu dois lui annoncer que tu la plaques. Crois-moi, ce sera plus facile pour Aramis si c’est toi qui ne le connais ni d’Eve ni d’Adam qui lui annonce le truc.
- Ce sera surtout plus facile pour toi, parce que tu n’auras pas à le regarder droit dans les yeux.dialogue entre Vincent et Raphaël