 Après la mort de son époux, Inda Trencavel rentrait chez son père… Sa voiture ne devait jamais arriver à destination : le renégat Raban de Thuringe, connu sous le nom du Colosse Rouge, a attaqué le convoi, massacré cocher et escorte, épargnant la jeune femme qui semblait presque heureuse de le suivre…
Peu après, Albéric de Mortemer, Commandant de l’Ordre du Soleil Vif et Inquisiteur, arrive dans la ville avec une sorcière qu’il fait enfermer dans une geôle avant de se rendre à l’Auberge pour y rencontrer le prévôt. Il compte traquer et occire ou capturer Thuringe, l’Ours d’Antioche, qui sévit dans la région depuis bien trop longtemps… A l’auberge, il fait la rencontre d’un ménestrel à la langue bien pendue qui combat bien mieux qu’il ne chante, au vu de la bagarre générale qui a suivi sa chanson volontairement provocatrice…
Pour le protéger des représailles des citadins, il le fait enfermer à la prison, ignorant qu’elle ne possédait qu’une geôle, celle où a été mise au fer la sorcière… Grâce à ses sortilèges et à l’aide du ménestrel, tous deux parviennent à s’enfuir tandis qu’Albéric de Mortemer mène son enquête pour retrouver la trace du Colosse Rouge…
 Les premières planches de l’album nous immergent dans un monde médiéval avec cette voiture et son escorte attaquée par un géant au corps couvert de tatouages qui se débarrasse des hommes d’armes avec une aisance confondante… L’Ordre du Soleil Vif évoqué quelques pages plus tard fait quant à lui songer aux Templiers qui protégèrent les pèlerins désireux d’aller prier dans le saint sépulcre de Jésus-Christ à Jérusalem…
Mais cet univers médiéval se teinte de fantastique, avec notamment cette sorcière et ses sortilèges, plutôt sympathique au demeurant, qui allait lier un temps son destin avec un mystérieux Chevalier Jaune caché sous un parure de (mauvais) ménestrel… Ce petit pas de côté permet aux auteurs de créer un univers intrigant, à la fois connu et singulier… Mais la force du récit réside dans ses personnages interlopes dont beaucoup cachent leur véritable nature… Chacun possède ses secrets et s’avère délicieusement ambivalent. Plusieurs d’entre eux possèdent en outre un passé commun qui se dévoilera au fil des pages et de l’enquête de l’Inquisiteur, fin limier qui n’en cache pas mois un indicible secret…  Le scénario concocté par Alex Chauvel s’avère ainsi foisonnant en péripéties alimentées par les mystères de chacun des protagonistes et riche en révélations, captivant avec art l’attention du lecteur et assurant un rythme soutenu… Ajoutons à cela des dialogues pêchus non dénués d’humour et vous obtenez une histoire entraînante, pleine de surprises et joliment contée…
Le dessin faussement naïf de Léa German pourrait laisser entendre que le récit s’adresse à la jeunesse. Mais la violence distillée au fil des pages et la complexité des personnages dont aucun n’est vraiment ce qu’il prétend être, le destine à un public plus âgé, plus à même d’en comprendre le déroulé… Souple et généreux, le trait de la dessinatrice s’avère follement expressif et sait se faire caricatural pour appuyer le comique d’une situation ou la violence d’un combat. Il se dégage de son découpage une énergie impressionnante et de certaines séquence une réelle émotion… Les couleurs acidulées de Kathrine Avraam se marient par ailleurs fort bien avec le dessin énergique de la dessinatrice.
 Nous avons été particulièrement enthousiasmés par ce récit de médiéval-fantasy un peu barré signé par Alex Chauvel et mis en image par la pétillante Léa German…
Alors qu’un colosse rouge terrorise les environs, l’Inquisiteur Albéric de Mortemer, Commandant de l’Ordre du Soleil Vif, arrive dans la région pour mettre un terme à ses crimes… Après avoir mis en prison un ménestrel chantant comme une casserole mais se battant comme un lion pour le soustraire à la vindicte populaire, l’Inquisiteur amorce son enquête… Le baladin associera ses talents à ceux d’une sorcière croupissant dans la même geôle que lui pour s’évader…
Porté par des personnages complexes et torturés qui cachent chacun de sombres secrets, le récits un brin déjanté mais aussi captivant que parfaitement maîtrisé est mis en scène par le dessin faussement naïf de Léa German. Son trait souple, spontané et généreux déborde d’énergie et parvient à retranscrire tant la violence des séquences de combat que l’humour et l’émotion des protagonistes de cette sombre histoire… La fin étant ouverte et malgré l’absence de numérotation de l’album, on ne peut qu’espérer que ce Colosse Rouge ne soit que le premier tome d’une série enthousiasmante qu’on aurait tort de croire destinée à la jeunesse… Oui, vraiment Sorciers & Bourbiers et son nom semblant inspiré du vénérable ancêtre du jeu de rôle, feraient une chouette série mêlant avec efficacité aventure médiévale, enquête fantastique, drame et comédie…
- Eh, le geôlier, est-ce que mes deux chaperons t’ont aussi apporté mon luth ?
- Non. Maintenant, ferme-là, Tu emmerdes tout le monde.dialogue l ménestrel et son geôlier
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