La profession de Pourpre-Sang n’est pas de tout repos. Disciple de Sauln, Lorinte apprend à ses côtés à chasser les monstres pour le compte des plus démunis… Mais la rétribution n’est clairement pas à la hauteur des dangers qu’ils affrontent… Aussi songent-ils à raccrocher pour devenir de simples marins.
C’est alors qu’Adèle d’Aubépine, jeune femme de noble extraction hautaine et arrogante, leur propose de les rétribuer grassement en échange de leur protection durant une réception donnée par La Godëc, gouverneur de l’archipel. Intègre, Lorinte rejette son offre mais Sauln lui fait entendre raison : tout plutôt que de devenir simple gabier sur un rafiot !
Mais Adèle ne joue pas tout à fait franc jeux : si elle a besoin d’eux durant cette soirée, c’est pour subtiliser la tête de la déesse Nimuée, acheté à vil prix par le gouverneur sur les conseils d’Archibald, enchanteur et intendant en chef du palais, par ailleurs ami de longue date de Sauln. Tout comme elle a passé sous silence que de terrifiantes créatures cherchent aussi à s’en emparer…

Evoquant une affiche de film à grand spectacle, la couverture de l’album est à elle seule un véritable appel à l’aventure tant elle donne furieusement l’envie de se plonger dans l’histoire…
L’histoire… Seul maître à bord sur cette série, l’auteur, Léo Chérel, fait montre de ses talents de conteur et de dessinateur. L’univers baroque qui sert d‘écrin à son récit d’aventure épique est emmené avec finesse, ses différentes composantes étant présentées tout en déroulant un récit rythmé et follement entraînant. La séquence d’introduction présentant les personnages de Sauln et Lorinte qui nous accompagneront une bonne partie de l’album est des plus réussie, captant d’emblée l’attention du lecteur pour ne plus la relâcher… Il faut dire que l’un et l’autre s’avèrent bougrement attachants ! Sauln calme et réfléchit qui connaît son métier de chasseur de monstre sur le bout des doigts alors que Lorinte, si elle fait preuve de réelles compétences, n’a pas encore acquis l’expérience de son mentor…

Le lien qu’ils ont tissé au fil de leurs aventures s’avère joliment retranscrit et si le maître n’hésite pas à mettre de l’eau dans son vin et ses convictions de côtés, Lorinte est quant à elle plus attaché à des valeurs telle que porter assistance aux personnes nécessiteuses et ne pas servir les intérêts des puissants de ce monde… Ce qui ne manquera pas de faire quelques étincelles lors de leur rencontre avec Adèle d’Aubépine dont l’attitude nous la rend d’emblée antipathique. Mais le personnage s’avère délicieusement complexe et nuancé et son portrait se complètera au fil des pages, en faisant, à l’instar de Lorinte, un personnage bougrement intéressant, tout comme le sera celui d’Archibald… Le soin apporté aux dialogues, délicieusement cinglants, contribue par ailleurs à nous immerger au cœur de cette histoire haute en couleur… Mêlant avec audace et talent aventure, flibuste et fantastique, le tout saupoudré de légendes et folklore breton, ce
Le Cercle de Nimuée est indéniablement une grande réussite scénaristique…
Mais, outre la narration solidement charpentée et des personnages joliment écrits, celui des héros de l’aventure comme celui de leur Némésis, l’autre atout de l’album est indéniablement son dessin… Il se dégage une réelle énergie des compositions soignées de Léo Chérel. Il y a une réelle et appréciable fluidité dans la narration graphique de cet ancien élève de la section BD de l’Ecole Pivaut. Particulièrement expressifs, chacun de ses personnages a été soigneusement travaillé, de leurs apparences à leurs expressions en passant par leurs postures et leurs attitudes qui apportent beaucoup à l’histoire proprement dite.

Ajoutons à cela un sens du cadrage et du mouvement fascinant qui dynamisent les somptueuses planches de l’album. Décors et seconds rôles ne sont d’ailleurs pas en reste, sublimés par une mise en couleur délicate, un remarquable travail sur les volumes et un traitement de la lumière de haute tenue qui contribue à poser les atmosphères angoissantes, épiques ou festives qui émaillent le récit. La misère et la pauvreté des habitants du port contraste avec force avec les intérieurs cossus du palais du gouverneur, crédibilisant l’ensemble de façon confondante… Et il y a ces illustrations double-page qui offrent une respiration à l’histoire et nous donnent la mesure du talent de l’artiste ou ces séquences de combats épiques savamment chorégraphiées et parfaitement maîtrisées ! Plus intéressant encore : l’auteur possède un style affirmé qui dénote et donne furieusement envie de découvrir ses précédents travaux… Cerise sur le gâteau, cette première édition est accompagnée d’un carnet graphique qui permet d’apprécier plus encore le travail et le talent de l’artiste… Il nous tarde vraiment de découvrir le dénouement de cette aventure particulièrement enthousiasmante !

Seul à la barre pour la première fois, Léo Chérel fait montre d’une parfaite maîtrise de son vaisseau narratif, esquissant avec art les contours d’un univers envoûtant et baroque, donnant vie à des personnages complexes et charismatiques et tissant une trame scénaristique entraînante pleine de magie noire et de mystères insondables…
Sauln forme Lorinte pour qu’elle devienne une Sang-Pourpre émérite, l’instruisant sur les monstres inquiétant et mortels qu’ils auront à combattre pour protéger les petits gens de leur voracité. Mais le métier ne semble plus nourrir son homme et le chasseur vétéran songe à s’engager comme gabier… C’est alors qu’ils sont abordés par Adèle d’Aubépine. Hautaine et cassante, la jeune noble, leur propose de les engager pour l’escorter à une réception organisée par le gouverneur de l’archipel… Lorinte rejette d’emblée son offre mais Sauln se montre plus rationnel et voit dans la bourse bien garnie qu’elle leur offre en échange de leurs services l’opportunité de pouvoir poursuivre son métier… Mais Adèle d’Aubépine ne joue pas franc jeu et leur cache les véritables raisons de leur présence en ces lieux…
Léo Chérel parvient avec art à esquisser les contours de son univers bougrement original et d’introduire avec finesse les principaux protagonistes de l’intrigue tout en immergeant le lecteur au cœur d’une histoire entraînante et bien ficelée… Son récit prend de l’ampleur au fil des pages et des péripéties et ce qui ne semblait être qu’une simple mission d’escorte allait avoir des enjeux bien plus complexes et tortueux. Le scénario épique et entraînant est remarquablement bien servi par un dessin fascinant au style affirmé. Le trait dynamique et follement expressif de l’auteur fait merveille, tant pour donner vie à une poignée de personnages fouillés et attachants que pour esquisser les décors qui serviront de cadre de l’histoire… D’autant que l’auteur sait y faire pour poser ses ambiances grâce à un formidable travail sur la couleur et un traitement saisissant de la lumière. Son sens du mouvement fait quant à lui merveille alors que son découpage moderne et inventif et ses cadrages vertigineux soutiennent au mieux l’action… Ajoutons à cela des dialogues aussi savoureux que percutants et vous obtenez un album jubilatoire… Premier opus d’un dytique plus que prometteur, mêlant sorcellerie, piraterie, aventure et folklore breton, le Cercle de Nimuée amorce un récit épique enthousiasmant, riche en péripéties, en magie noire et en mystères inquiétants… Vivement la suite !
- J’ai l’impression que vous confondez les Pourpres-Sang avec de vulgaires mercenaires !
- Vraiment ? Et qu’est ce qui peut bien vous démarquer tant de vos pairs avec un nom pareil ?
- Déjà que ce genre de besogne frivole n’en fait absolument pas partie Notre code moral implique la protection des plus démunis Nous sommes leur dernier recours
- Eh bien en voilà de beaux principes J’imagine qu’en plus de nourrir votre égo, ils remplissent également vos assiettes
- Gardez votre argent et allez trouver vos laquets ailleursion_auteur]dialogue entre Lorinte et Adèle d’Aubépine