Fiche descriptive
17€95
Chronique | ![]() |





La vengeance d’une femme
En répudiant Phasaélis pour épouser la belle et ambitieuse Hérodias, le tétrarque Hérode Antipas a attiré sur lui la haine d’Arétas, émir de Pétra et roi des arabes qui a juré sa perte… A la tête d’une armée, il pourrait s’apprête à attaquer la citadelle de Machaerous… Hérode Antipas a fait demander l’aide de Rome qui, il l’espère, le fera roi. Mais l’aide attendue tarde à venir. Iaokannan, charismatique agitateur juif, harangue les foules contre le tétrarque et sa sulfureuse compagne qui a échappé de peu à un lynchage. Hérodias le hait et souhaite voir son époux le mettre à mort. Mais ce dernier ne peut s’y résoudre, par respect pour l’homme charismatique ou par crainte de ses séides… Alors que tout semblait perdu pour le tétrarque, Licius Vitellius, légat de la province de Syrie, arrive en ville avec son fils Aulus Vitellius, suivi de sa puissante armée. Hérodias comprend que son époux est veule et indécis et compte sur sa fille, la sublime Salomé, pour lui dessiner un avenir à la hauteur de ses ambitions… ![]() une tragédie antique savamment orchestrée… Le talentueux et prolifique Jean Dufaux s’attaque au mythe biblique de Salomé, fille de Hérodias qui charma tant Hérode Antipas par ses danses sensuelles qu’il lui promit de lui donner ce qu’elle voulait… Elle demanda comme on le sait la tête de Jean-Baptiste qui lui fut servie sur un plateau, répondant au désir de sa mère de voir le prophète mort…D’autres avant lui se sont intéressé à cet épisode biblique que l’on retrouve dans les évangiles de Marc et de Matthieu, tel Oscar Wilde, Flaubert ou Mallarmé… S’abreuvant à ces récits, le scénariste de Murena, des Voleurs d’Empires, Rapaces, de Giacomo C. ou des Complaintes des Landes Perdues tisse un récit passionnant où Salomé n’est pas une petite fille innocente manipulée par sa mère mais une femme bafouée et humiliée dont Jean Baptiste, alias Iaokannan, a repoussé les avances de façon froide et méprisante… Le soin apporté à l’écriture des personnages, très théâtraux, est l’une des forces de ce récit, d’Hérode Antipas, pâle fils d’Hérode le Grand en passant par Hérodias, Lucius Vitellius et son fils appelé à devenir, brièvement, empereur de Rome, sans oublier Salomé, en apparence si aimable et douce et qui fit payer chèrement à Jean son humiliation… Sa fin romantique dépeinte dans l’album comme dans un texte apocryphe la fait définitivement entrer dans la légende, l’esquisse de la possibilité d’une idylle entre le prophète et la danseuse rajoutant au drame et à la tragédie… L’histoire que nous conte Jean Dufaux avec le talent que l’on sait s’inscrit par ailleurs dans un contexte historique bien rendu, s’ancrant sur ces terres déjà en proie à bien des convoitises et des agitations…Le trait puissant et sensuel de Eduard Torrents s’avenir parfaitement convenir à la mise en image de cette tragédie antique où se mêlent haines, passions, ambitions, religion, désirs et vengeance… Difficile d’imposer sa vision des personnages tant sont nombreux les peintres s’étant inspiré de cet épisode biblique, montrant la danseuse sensuelle ou le sanglant présent qu’elle exigea d’Hérode. La composition des planches du dessinateur barcelonais s’avère soignée, la séquence de l’intrusion des soldats d’Arétas dans le palais du tétrarque, particulièrement sanglante, la confrontation entre Iaokannan et Salomé aussi troublante que tendue et la danse de Salomé devant son beau-père on ne peut plus sensuelle… Le travail sur l’architecture des bâtiments offrant un cadre parfait au déroulement de la tragédie à venir s’avère d’autant impressionnant que l’album est mis en couleur par les pinceaux délicats de Betrand Denoulet dont le travail sur la lumière s’avère fascinant… L’impact de la couverture montrant une femme sublime tenant par les cheveux la tête de Jean est quant à lui particulièrement saisissant… ![]() Dans le sillage de Wilde, Flaubert ou Mallarmé, Jean Dufaud s’attaque à la sanglante légende de Salomé, fille de l’ambitieuse Hérodias et belle-fille d’Hérode Antipas, fils d’Hérode le Grand…Dans un contexte historique troublé, alors qu’Arétas, émir de Pétra et roi des arabes, a juré la perte d’Hérode qui a répudié sa fille pour épouser Hérodias, le tétrarque a demandé au légat de Rome son soutien pour repousser l’attaque imminente des tribus. Iaokannan, agitateur annonçant l’arrivée du Messie annoncé par les écritures, qui sapait son autorité et celle de son épouse croupit, désormais dans une prison. Et si Hérodias demande à son époux de le mettre à mort, Hérode ne peut s’y résoudre… Salomé allait s‘éprendre de lui mais la violence avec laquelle le prophète allait repousser ses avances vont transformer son amour naissant en une haine farouche… Dans ce récit, Jean Dufaux n’esquisse pas le portrait d’un jeune femme fragile manipulée par sa mère mais celui d’une femme bafouée et rejetée qui usera de ses charmes pour rendre Hérode fou de désir afin de lui demander la tête de l’homme qui l’a humilié… Maîtresse de son destin, elle allait néanmoins connaître une fin funeste, tragique et cinglant écho de la mort de Jean le Baptiste… Tout à la fois puissant et sensuel, le trait du dessinateur barcelonais Eduard Torrents immerge le lecteur dans cette époque troublée dans cette terre qui a déjà vu couler tant de sang… Son travail sur les costumes et l’architecture des bâtiments redonne vie à ce premier siècle de notre ère de façon confondante. Aussi à l’aise dans les scènes de batailles que dans les séquences plus intimistes, il interprète avec finesse la partition de Jean Dufaux, les couleurs soignées de Betrand Denoulet posant avec art l’atmosphère de chaque scène. La Légende de Salomé séduira autant par son scénario solide que par son dessin soigné et immersif. - Me délivrer. Comment pourrait-on me délivrer puisque je suis libre ?
|
||||