


La source du domaine des Romarins s’est tarie et Ugolin Soubeyran est aux abois. Mais les villageois n’en ont cure… du moins jusqu’à ce que la fontaine du village s’arrête elle aussi de couler. La colère s’empare peu à peu des villageois qui voient leur récolte menacée par cette sécheresse qui s’abat sur eux…
Sentant le vent tourner, le maire fait venir en urgence un ingénieur du génie rural pour tenter mais rien n’y fait… Les langues commencent à se délier et certains accusent ouvertement le Papet et Ugolin d’avoir bouché la source dont l’existence aurait pu sauver monsieur Jean qui a perdu la vie en la cherchant…
Manon, la fille de Jean, jubile et tient sa vengeance… Car c’est elle qui a bouché les sources pour se venger d’Ugolin et du Papet d’une part, et de tous ces villageois qui savaient et se sont tus…
Les acteurs sont en place, le dernier acte peut se jouer…

Serge Scotto et Eric Stoffel poursuivent leur adaptation des récits de Pagnol. Parmi eux, le diptyque
Manon des Sources /
Jean de Florette occupe une place particulière, de par les deux adaptations cinématographique qui l’ont popularisé, l’une réalisée par Marcel Pagnol lui-même en 1952, l’autre par Claude Berry en 1986 où des acteurs aussi brillants que Gérard Depardieu, Yves Montand, Daniel Auteuil ou Emmanuelle Béart… Pour la petite histoire, ce n’est que onze années après avoir signé le film que le romancier développera son récit dans
l’Eaux des Collines, comme il se doit divisé en deux parties.
L’adaptation est une fois encore de haute tenue. On y retrouve le sens du rythme et des dialogues propres au dramaturge qui vous font passer du rire aux larmes avec une facilité désarmante. Aux scènes truculentes et irrésistibles succèdent des scènes tragiques qui conservent leur efficacité même après avoir visionné plusieurs fois les différents films… La révélation qui vient éclairer l’ensemble du récit d’une lumière tragique s’avère toujours aussi bouleversante. Il faut dire que les auteurs ont su retranscrire les personnages si profondément humains nés sous la plume de Marcel Pagnol qui posait sur les êtres de papier auxquels il donnait vie un regard plein de tendresse, dévoilant avec pudeur leurs parts d’ombres et de lumière. S’il est pathétique, Ugolin n’en est pas moins sublime dans son amour irraisonné pour Manon, de même que le Papet qui, rongé par les remords et tourmenté par les regrets attend la mort comme une délivrance…
Rehaussé par les couleurs chaleureuses de Yoann Guillé, le dessin semi-réaliste de Christelle Galland souligne avec finesse les différentes ambiances du récit. Pour servir au mieux l’histoire, la dessinatrice n’hésite pas à forcer le trait, accentuant les expressions des différents personnages, rendant chaque réplique plus efficace encore.

Avec l’Eau des Collines, Pagnol signait l’une des ses grand œuvre… Porté par des personnages sublimes ou pathétiques, Manon des Sources se pare des atours de la tragédie grecque… sans se dépouiller pour autant de l’humour qui irrigue les écrits du romancier, dramaturge et cinéaste et de sa capacité à insuffler à chacun de ses personnages cette part d’humanité qui les rend si attachants…
Serge Scotto, Eric Stoffel et Yoann Guillé parviennent à retranscrire avec justesse l’histoire de Pagnol, faisant passer le lecteur du rire aux larmes avec la même désarmante facilité… Même lorsqu’on connaît la fin, on est une fois de plus entraîné par le rythme du récit et bouleversé par la révélation finale comme a pu l’être César Soubeyran en apprenant que… Non, si vous ne connaissez pas l’histoire, ne comptez pas sur nous pour vous la dévoiler… Mais jetez-vous sans tarder dans la lecture de cette remarquable adaptation…
- Viens, galinette… viens à la maison…
- Non !!! Tout est de ta faute ! C’est toi qui m’as fait tout perdre !
- Si j’avais sur ! Si j’avais su…
- Ecoute, galinette…
- Tout est de ta faute ! Tout…dialogue entre Ugolin et le Papet