Haut de page.

L’Invisible
L’Invisible



Fiche descriptive

Policier

Rubén Del Rincón

Rubén Del Rincón

Rubén Del Rincón

Ankama

17 mars 2026


19€95

9791033570165

Chronique
L’Invisible
Comme le vent…

Fusillade dans le centre de Kiev, plusieurs victimes sont à déplorer. Parmi les survivants, une Française de 60 ans est évacuée, hagarde.

Personne ne la soupçonne, pourtant elle est à l’origine de tout. Mais comment est-elle arrivée là ?

Dans une société qui invisibilise les femmes passé un certain âge, son expérience est peut-être son meilleur costume…
un chef d'oeuvre!


Comme le vent…
L’Invisible, planche de l'album © Ankama / Del RincónKiev, 2019. Une fusillade éclate dans une luxueuse maison close. Des témoins parlent d’un affrontement entre gangs rivaux. Les unités spéciales entrent en action pour évacuer les survivants alors qu’on compte déjà de nombreuses victimes dont des hommes politiques de premier plan. Parmi les survivants, une dame de soixante ans emmitouflée dans une couverture est assise à l’arrière d’une ambulance, l’air hagard. Elle sait qu’elle est en Ukraine, mais ignore tout des raisons de sa présence en ces lieux… Personne ne semble se soucier d’elle, elle est comme invisible… Pourtant, c’est elle, Valérie Duvant, qui est à l’origine de la tuerie…

Depuis qu’elle a perdu son mari et que ses enfants ont quitté le nid, elle se sent seule, vide, et inutile. Elle n’est plus une mère. Elle n’est plus épouse. Personne ne semble lui prêter attention… Lorsque ses enfants viennent la voir à l’hôpital, elle croit reconnaître son mari en voyant l’un de ses fils et Gina, sa meilleure amie, en apercevant la compagne de son autre fils… Française, elle fut dans sa jeunesse une sandiniste, une révolutionnaire dévouée à une cause… Lorsqu’elle quitta le Niquaragua pour suivre celui qui deviendrait son mari, elle a laissé là-bas Gina qui a, seule, continué leur lutte…


L’Invisible, planche de l'album © Ankama / Del Rincón
Un récit bouleversant écartelé entre hier et aujourd’hui
Révélé par El Boxeador, album fascinant tant pour son dessin que pour sa narration virtuose et édité par les défuntes Editions du Long-Bec, chaque nouveau récit de Rubén del Rincon, qu’il s’agisse d’une adaptation ou d’un scénario original, fut une grande réussite, de L'ombre de l'Aigle, remarquable adaptation du roman éponyme d’Aruturo Perez Raverte, de Max - Les Années 20 racontant l’enfance aventureuse d’un personnage de ce même génial romancier espagnol en passant par Insoumises racontant le destin tragique et romanesque d’une poignée de femmes pendant la guerre d’Espagne ou son passionnant et édifiant Premier Dumas… Aussi, ce nouvel album, qui plus est joliment édité, ne pouvait pas passer sous nos radars…

La couverture déjà est une véritable réussite… Elle montre une foule traversant ce qu’on imagine être une grande avenue. Au milieu de cette foule, une femme d’une soixantaine d’année qui fixe le lecteur d’un regard déterminé et que personne ne semble remarquer. Elle porte un long imperméable et tient flingue dans sa main droite. Ecrit dans une couleur proche de celle du macadam, titre de l’album, l’Invisible, l’est presque, invisible… On retrouve le trait souple et généreux de l’artiste, sa façon si singulière d’animer ses personnages auquel il parvient à insuffler cette étincelle de vie qui les faits s’incarner, ce petit supplément d’âme qui en fait des êtres de chair, de sang et… d’émotions… L’Invisible, planche de l'album © Ankama / Del RincónCar leurs émotions sont retranscrites avec une facilité désarmante, affleurant dans chaque trait, dans leurs postures savamment étudiées comme dans leurs visages formidablement expressifs. Le travail sur l’apparence, l’attitude et le caractère de chacun des personnages est tel qu’on a presque l’impression de les entendre s’exprimer chacun à sa façon, avec une petite musique qui lui est propre. Mais, outre le dessin, il y a la narration graphique qui s’avère fascinante, avec une science du découpage et du cadrage confondante qui confère au récit une dimension très cinématographique. Tantôt resserrées pour accentuer l’action, tantôt aéré pour offrir une respiration à l’histoire, rien ne semble avoir été laissé au hasard dans les compositions soignées de l’artiste espagnol…

Et puis il y a cette histoire qui vous prend aux littéralement aux tripes, l’histoire de ce petit bout de femme que personne ne semble remarquer et qui a l’impression de ne plus exister depuis qu’elle ne se sent plus ni femme, ni mère, depuis qu’elle se sent étrangère et inutile au monde… Pour donner un sens à sa vie, elle s’est investie dans une association féministe… Et c’est l’une de ses amies de l’asso qui allait, sans le savoir, bouleverser sa vie en l’inscrivant à un atelier d’initiation aux nouvelles technologie… Internet et les réseaux lui donnent l’envie de retrouver ces combattants et combattantes avec qui elle a lutté contre la dictature, à commencer par Gina qui fut sa meilleure amie… Mais la nouvelle tombe, froide, implacable… Gina est morte… Sa Gina… Il y a plus de quarante ans… Trahie par l’un des siens… par l’un des leur…L’Invisible, planche de l'album © Ankama / Del RincónElle ne l’avait pas revu depuis qu’elle avait quitté le Niquaragua pour suivre l’homme qui allait devenir son mari… Les souvenirs de sa folle et tumultueuse jeunesse vont remonter, de ses combats aux côtés de Gina à sa rencontre avec Luc et la folle passion qui s’en suivit… Qui parmi ses proches avait livré Gina à ses bourreaux ?

L’auteur nous entraîne alors dans ce Nicaragua de la fin des années 70, en ces temps révolutionnaires où des hommes et des femmes risquaient leur vie pour renverser un dictateur. L’occasion d’affiner le portrait de Valérie et d’esquisser celui de Gina et de leur amitié, formidablement retranscrite tant dans l’image que dans les dialogues bouleversant de justesse… Et puis il y a cette rencontre et cette passion naissante si joliment mise en image, avec ce jeune photographe français qu’elle d’abord pris pour un espion et qui l’initiera au parapente et à l’amour et pour qui elle tout plaquer pour changer de vie… Les différentes temporalités de l’histoire lui confèrent un rythme soutenu alors que le récit prend des allures de polar lorsque Valérie mène son enquête pour identifier le traître qui a vendu son amie, avec des scènes d’action incroyables alors que notre héroïne renoue avec ses réflexes de guerriera… L’histoire contée de main de maître par Rubén del Rincon donne au fil de la lecture plusieurs sens au titre de l’album qui ne désigne pas nécessairement cette dame d’un certain âge que personne ne remarque… Mais autre chose de plus fascinant et envoûtant qui préside au destin de chacun…

L’Invisible, planche de l'album © Ankama / Del RincónRubén del Rincon fait partie de ces rares auteurs dont on attend chaque nouvel album avec impatience… Du féministe et historique Insoumises au jubilatoire l’Ombre de l’Aigle en passant par l’aventureux et rocambolesque Max – les Années 20, l’intimiste Cachemire ou le brillant El Boxeador, qu’il soit scénariste ou qu’il mette en image les scénario des autres, l’élégance et la souplesse de son trait, la puissance de ses compositions, sa formidable capacité à donner vie à des personnages fascinants rende chacun de ses récits aussi captivant que bouleversant… L’Invisible ne fait pas exception à la règle.

Après une furieuse fusillade au cœur d’une luxueuse maison close de Kiev, une dame d’un certain âge est emmitouflée dans une couverture à l’arrière d’une ambulance, l’air hagard… Elle sait qu’elle se trouve en Ukraine mais ne se souvient pas des raisons de sa présence en ces lieux… Les souvenirs vont peu à peu remonter… Sa jeunesse au Nicaragua… son passé de révolutionnaire aux côtés de Gina… Sa rencontre avec Luc qui allait devenir son mari et le père de ses enfants… Jusqu’à cette fusillade mortelle dont elle est la cause…

L’auteur espagnol signe une nouvelle fois un album somptueux et fascinant porté par un personnage bougrement attachant dont la vie tumultueuse et aventureuse nous est révélée par bribes alors que ses propres souvenirs reviennent à sa mémoire… Audacieuse et virtuose, la structure narrative de l’histoire, avec cette plongée dans la jeunesse révolutionnaire de l’héroïne, s’avère tout à la fois entraînante et fascinante, esquissant le portrait d’une poignée de personnages attachants aux côtés de qui elle a pris les armes. Les liens l’unissant à Gina ou l’idylle naissante avec Luc sont retranscrits avec une justesse confondante, de même que cette étrange impression de Valéria, devenue vieille, d’être invisible au monde, n’étant plus désormais ni épouse ni mère… Comment ne pas être bouleversé par ce personnage qui va renouer avec son passé de guerriera pour venger la mort de celle qui fut sa meilleure amie et dont la vie l’avait trop longtemps éloigné… Porté par un découpage très cinématographique alternant scènes d’action et moments poignant de contemplation ou d’introspection, ce récit à la pagination généreuse est une petite merveille d’écriture et de dessin, de ces chefs d’œuvre incontournables du neuvième art qui nous transportent, nous chavirent et nous bouleversent, tant par leur sujet que par la façon, brillante, dont il est traité… Rubén del Rincon confirme avec l’Invisible l’étendue de ses multiples talents.


Je sais que je suis en Ukraine… Mais pour quoi ? Je l’ignore, car je sais que j’habite à Genève. Je me souviens de mes fils, Marc et Eric. Et de Luc mon mari qui nous a quitté il y a peu. Que je suis seule. Qu’après quarante ans à avoir été « Valérie mère et épouse », je suis redevenue Valérie tout court. Qu’à ma grande surprise, j’avais oublié comment être femme. Comme si elle m’était étrangère. Que cette Valérie plus âgé n’avait pas sa place dans la société. Comme si elle ne servait plus à rien… Comme si elle était invisible. Invisible… c mot ce mot me ramène aux alizée, aux vents parfumés et salins de ma chère Managua… Au Nicaragua de ma jeunesse. Je rêvais qu’ils m’emportent pour survoler la mer et la terre… Pour me sentir transparente, vivante, libre comme l’air… Mais je suis devenue transparente malgré moi, quand j’avais le plus besoin d’attention, quad ma vie s’est remplie de vide.Valérie

Le Korrigan




Inspiration jeux de rôle

Cette fiche n' est référencée comme inspi pour aucun jeux de rôle.