 Strasbourg, 30 juin 1971… Quatre braqueurs habillés en bleu de travail pénètrent dans l’Hôtel des Postes où ils savent que se trouve une très grosse somme d’argent en liquide. Cinq minutes plus tard, ils ressortent, sans précipitation, avec près d’un milliard d’ancien francs. Ils se payent même le luxe de s’arrêter aux feux rouges… Changeant régulièrement de véhicules, ils ne seront jamais inquiétés. La presse en parlera comme du Casse du Siècle…
La police ne se doutait pas que ce gang d’origine lyonnaise n’en est pas à son coup d’essai et qu’ils porteront le braquage à un niveau jamais égalé, préparant chaque coup avec la plus grande minutie, effectuant de multiples repérages, ne laissant rien au hasard, du déroulé du casse à leur cavale…
Avec un noyau uni par une solide amitié, ceux qu’on appellera le Gang des Lyonnais vont encore faire parler d’eux durant de longues années…
Le Gang des Lyonnais vous parle d’un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître en dehors des films ou des séries qui se sont inspirés de cette bande de malfrats… Mais leurs braquages marquèrent profondément la France des seventies par leur audace et la minutie de leurs préparatifs… Si leur histoire se confond avec celle du grand banditisme, elle est aussi une histoire d’amitié nouée sur les bancs de la communale ou derrière les barreaux d’une prison… Dire que rien de cela ne serait arrivé sans une poignée de cerise…
S’appuyant sur un podcast solidement documenté de Profession : Gangsters, le scénario de Fabrice Linck s’avère remarquablement bien écrit. Avec ce youtubeur qu’il laisse volontairement dans l’ombre et dont les apparitions, accompagnés de notes et de photos sur les différents protagonistes, viennent rythmer le récit, il signe un polar haletant qui nous immerge dans la France de la fin des Trente Glorieuse dans le sillage d’une bande de braqueurs dont l’audace et le talent allaient faire couler beaucoup d’encre et occuper durablement la une des gazettes… L’histoire se centre sur Edmond Vidal. Issu d’une famille pauvre manouche, il noua de solides amitiés avec d’autres lyonnais de différentes nationalités qui rejoignirent la bande dont il deviendra plus tard le chef… Tout commence alors qu’il exerce le métier de ferrailleur : après une soirée arrosée, il tombe pour le vol d’une barquette de cerise et est envoyé en prison où il croisera la route de Jean-Pierre Gandebœuf, alias « Christo la guigne », qui allait lui ouvrir les portes du grand banditisme…
 Profondément ancré dans son époque, le récit pointe les probables accointance entre le gang et le Service d'Action Civique, le fameux SAC, police parallèle fondé durant les événements d’Algérie et dont furent membre d’anciens résistants liés à la pègre qui, en échange de renseignements sur des coups lucratifs, exigeait la moitié du butin pour financer ses actions occultes… Rien n’est prouvé avec certitude mais le doute, parfois pesant, est un formidable moteur narratif… Sans jamais sombrer dans l’hagiographie, les actes violents supposés des Lyonnais n’étant pas passés sous silence, des fusillades lors de casse qui dérapent aux règlements de compte, le scénario de l’album esquisse le portrait d’une bande audacieuse et efficace à qui on attribue avec certitude de nombreux braquages alors que d’autres, plus nombreux encore, leur sont seulement imputés… Comme d’autres crimes, tels l’assassinat du juge Renaud ou la vague de règlement de compte qui suivi l’assassinat de Jean Augé qui apporta au Gang des Lyonnais une assistance logistique lors du Casse du Siècle mais qui voyait d’un mauvais œil leur désir d’indépendance…
Les couleurs délicates et la gamme chromatique restreinte utilisée par Giulia Priori immergent d’emblée le lecteur dans la France des années 70 et conférent à l’histoire une esthétique inspirée des films noirs de l’époque, accentuant avec finesse la dramaturgie du récit. Pour mettre en image cette histoire, David Soyeur a simplifié son trait, plus vif et spontané que dans ces précédents albums. Ce parti pris graphique distille un délicieux sentiment d’urgence et une énergie saisissante qui renforcent l’impact du scénario… Ses compositions s’avèrent être d’une redoutable efficacité alors que les cadrages variés et les illustrations pleines pages impulsent un rythme soutenu et entraînant à l’ensemble. L’équilibre qu’ont trouvé les auteurs entre la narration très construite qui tire vers le documentaire tout en s’attardant sur les personnages et les choix qui ont infléchit leurs destins, et l’approche graphique dynamique lorgnant vers le film de genre est tout juste parfait, rendant la lecture de l’album particulièrement captivante…
 Fabrice Linck et David Soyeur nous entraînent dans la France de la fin des Trente Glorieuse pour un polar entraînant basé sur une vidéo de Profession : Gangster et qui nous raconte la véritable histoire du célèbre Gang des Lyonnais…
La police mettra du temps à comprendre qu’un gang originaire de Lyon était derrière le retentissant casse de l’Hôtel des Postes de Strasbourg que la presse eut tôt fait de baptiser le « Casse du Siècle »… Edmond Vidal qui deviendra le chef du gang des Lyonnais, a grandi dans un milieu pauvre de la banlieue lyonnaise… Moqué par ses camarades pour ses origines manouches, il quitta vite les bancs de l’école pour se faire ferrailleur. Son destin bascule lorsqu’après une soirée avec ses potes qui allaient plus tard rejoindre le gang, Vidal vola un cageot de cerises. Dénoncé par un voisin, il sera incarcéré à Saint-Paul où il croisera la route de Christo qui allait lui ouvrir les portes du grand banditisme…
Solidement documenté et mettant Vidal au centre du récit, le scénario de Fabrice Linck s’avère passionnant. S’il présente avec finesse les différents membres du groupe et expose avec précision leurs braquages les plus retentissants, de la minutie de leur préparation à l’organisation de leur cavale, montrant comment les rencontres et leurs choix ont tracé leurs destins criminels, c’est la structure même de l’histoire qui le rend passionnante et entraînante. Le récit est ainsi entrecoupé de photos et notes prises par le youtubeur sur les principaux membre du gang pour construire son récit, youtubeur que l’on aperçoit par ailleurs, toujours dissimulé dans l’ombre, en train d’enregistrer l’histoire dont il est, comme il se doit, le narrateur. Mais la force de l’album est d’avoir su trouver le parfait équilibre entre son aspect documentaire et une narration dynamique portée par le travail très cinématographique de David Soyeur dont le trait vif et nerveux, rehaussé par les couleurs de Giulia Priori, lorgne du côté du film noir. Le Gang des Lyonnais nous replonge dans cette époque troublée où le Service d'Action Civique entretenait des liens troubles avec le grand banditisme et où la violence, les règlements de compte et les assassinats faisaient partie du quotidien des braqueurs. Le Gang des Lyonnais est un album particulièrement réussi qui ravira tout amateur de polar…
Laisse tomber la ferraille, Momon… J’ai un moyen beaucoup plus rapide de gagner sa vie !Christo
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