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Goetz
Goetz



Fiche descriptive

Heroic-Fantasy

Fane (très librement inspiré du Diable et le Bon Dieu de Jean-Paul Sartre)

Didier Cassegrain

Didier Cassegrain

Glénat

Comix Buro

6 mai 2026


29€90

9782344059487

Chronique

Là où l’animal ne fait qu’obéir à son instinct, l’être humain s’est inventé des dieux pour justifier ses actes. En leur nom, ou à cause d’eux, il a défini les notions de Bien et de Mal, toujours persuadé d’agir ainsi de plein droit, se faisant le prédateur ultime. Dans un futur relativement proche, la civilisation terrienne, ayant inexorablement fini de puiser les ressources de la Terre, est partie fonder une colonie sur une petite planète habitée par des peuplades, humaines elles aussi, mais qui en sont encore à l’ »âge de fer ».

Ces néo-colons, très avancés technologiquement, convaincus d’avoir appris de leurs erreurs, et - comme toujours - persuadés d’être porteurs du Bien, comptaient bien y prendre un nouveau départ.

Mais 30 ans ont passé, et le Terrien, « gourmand » par nature, et tout évolué qu’il puisse être, a pris l’ascendant sur ses hôtes : asservissement, viols, pillages des richesses et des terres… Les natifs, pourtant peu solidaires, se révoltent et entrent en guerre.

Parmi les chefs de tribus fédérées contre l’emprise des Terriens, il en est un, plus mauvais, plus fou, ou plus libre qui tentera, au-delà de toute croyance, de redéfinir les notions du Bien et du Mal.
un chef d'oeuvre!


L’homme qui voulut être bon
Goetz, planche de l'album © Comix Buro / Cassegrain / FaneLa Terre rendue exsangue et invivable de par la surexploitation de ses ressources, un groupe d’humains a quitté le berceau de l’humanité à bord de lourds vaisseaux pour fonder une colonie sur une lointaine planète peuplée d’humains encore à l’âge de fer.

Dotée d’une technologie très avancée mais conscient de leurs erreurs passées, les colons étaient bien décidés à respecter la faune, la flore et les populations autochtones. Mais trente années ont passé et leur véritable nature a repris le dessus et ils ont commencé à piller les ressources naturelles et asservir les populations, faisant l’unité des tribus natives contre eux…

Mais, bien qu’unies sous une même bannière, celle du Roi des Rois, leur armée de barbares ne font pas le poids face à l’armement de pointe des terriens… D’autant que Goetz, bâtard royal et chef de guerre aussi puissant que craint, trahit son demi-frère et le laisse se faire massacrer avec son armée devant les hautes t infranchissables murailles de Worms… Profondément cruel et animé par le désir viscéral de faire le mal, il allait forger un pacte avec Ogme, dieu de la guerre, et Eithme, mère de toute chose, pour qu’ils lui donnent la force de détruire Worms… Mais, alors qu’il était en passe d’imposer sa domination, Heinrich, un docteur humaniste va lui faire comprendre que faire le mal est plus aisé que de faire le bien et va le mettre au défi d’imposer la paix et l’harmonie. Par jeu, le cruel conquérant va déposer les armes et redistribuer les terres, entraînant bien malgré lui la société vers un chaos sans nom…


Goetz, planche de l'album © Comix Buro / Cassegrain / Fane
des hommes, des dieux, du bien, du mal et du libre arbitre
Superbement édité, Goetz est un album somptueux et fascinant qui mélange avec audace heroic-fantay et science-fiction de façon saisissante…

Le passionnant dossier refermant l’album nous donne une clef de lecture : le récit âpre et violent qui nous est conté s’inspire librement du Diable et le Bon Dieu, pièce de théâtre dans laquelle Jean-Paul Sartre s’interrogeait sur la nature humaine et le libre arbitre de l’homme dans un monde sans dieux… Point de Dieu ou de Diable dans cette adaptation de Fane mais des déités empruntés au panthéon celtique : Lug, dieu suprême des Tuatha de Danann, sa femme, Eithne, rebaptisée Eithme, et Ogme… La relation entre Lug et son épouse qui passe son temps à le rabaisser s’avère d’ailleurs particulièrement savoureuse… Le scénariste a transposé le récit de l'Allemagne du XVIe siècle qui lui servait de cadre, vers une planète habitable et habitée qui allait servir de refuge à des terriens contraints de quitter leur planète, exsangue, lui conférant une saveur toute particulière. La barbarie de Goetz, guerrier cruel et puissant qui ne s’encombre d’aucune morale va ainsi se heurter à la technologie guerrière avancée des terriens… Mais sitôt leur source d’énergie tarie, ces derniers ne feront pas le poids face à la fureur guerrière des barbares

La perte de leur planète dont ils ont, par avidité, détruit les écosystèmes, semble avoir faire prendre conscience à l’humanité de la nécessité de respecter le vivant. Mais on comprend bien vite que leurs résolutions de façade n’est qu’une hypocrisie teintée de cynisme, comme s’en rendra rapidement compte Nasty qui a consacré sa vie à soigner ceux qui en avaient besoin et qui comprend que le gouvernement de Worms fait bien peu cas des autochtones… L’humanité est retombée dans ses travers et, à terme, cette nouvelle planète subira le même sort que la Terre si Goetz ne les éradique pas… Désabusée, elle va tenter de convaincre Heinrich de ce qui se trame en coulisse mais ce dernier semble vouloir fermer les yeux sur les dérives qu’elle pointe avec lucidité… C’est pourtant lui qui, après la cuisante défaite des humains, va convaincre Goetz de se consacrer à faire le bien et de cesser de faire le mal pour le seul plaisir le faire et de défier les dieux.

Goetz, planche de l'album © Comix Buro / Cassegrain / FaneEt, parmi la formidable galerie de personnages de l’histoire, Goetz (inspiré de Götz von Berlichingen qui pris la tête des soulèvements paysans de 1525) qui donne son nom à l’album, est indéniablement l’un des plus intéressant. Bâtard, privé de son héritage, il n’existe dans les yeux des autres que par le mal qu’il fait et trouve sa place dans une société qui le rejette en incarnant les valeurs que rejette la société civilisée. Malsaine et violente, sa relation avec son esclave nous en esquisse un portrait saisissant. Il fait montre d’une insoutenable cruauté envers elle mais elle semble pourtant s’être éprise de lui, comme si elle avait perçu ,avant d’autres, que derrière son armure se cachait un être complexe et nuancé… Comme on le comprendra plus tard lorsqu’il acceptera le défi d’Heinrich et se consacrera désormais au bien… Mais le mal comme le bien, lorsqu’ils sont absolus, conduisent tous deux aux désastres, comme le montrera l’histoire avec un humour corrosif et grinçant… Le dilemme bien et le mal suggéré par les religions n’est qu’une illusion. Seul compte le libre arbitre et les conséquences de ses choix…

un dessin inspiré et somptueux
L’album est somptueusement mis en image par un Didier Cassegrain très inspiré. Le passionnant dossier figurant en fin du livre nous explique que Fane, talentueux dessinateur lui-même, a réalisé les premiers storyboard avant que le dessinateur ne s’appuie sur eux pour réaliser les siens. Le vis-à-vis des deux roughs, commentés par les deux artistes s’avère passionnant et nous en dit long sur la façon de chacun d’aborder leur travail… Découpées avec soin, les planches sont somptueuses et nous offrent de saisissants visuels, des séquences pleines de fureur et de sang et d’autres, plus contemplatives. Son trait anguleux donne vie à cette saisissante galerie de personnages qui passent par tout un panel d’émotions violentes qui rendent l’histoire si captivante…

Goetz, planche de l'album © Comix Buro / Cassegrain / FaneSuperbement édité et complété par un passionnant dossier, Goetz est une libre adaptation du Diable et de Dieu, pièce de Jean-Paul Sartre où l’auteur s’interrogeait sur la nature humaine et le libre arbitre…

A bord de lourds vaisseaux, une poigné d’hommes et de femme ont quitté la Terre, rendue invivable par leur rapacité, pour installer une colonie sur une lointaine planète. Leurs expériences passées semblent les avoir assagis et c’est en harmonie avec leur planète d’adoption qu’ils souhaitent vivre désormais. Mais au bout de quelques décennies, leur volonté s’est émoussée et les voilà leur véritable nature reprend le dessus : ils exploitent sans vergogne les ressources et inféodent les peuples autochtones. Malgré leurs dissentions, les tribus se sont unies sous une seule bannière, celle du Roi des Rois. Mais Goetz, un bâtard spolié de son héritage refuse de se soumettre. Violent, cruel et dénué de toute morale, règne d’une poigne de fer sur ses hommes, il trahit son roi, laisse son demi-frère se faire massacrer avant d’intercéder auprès des dieux pour qu’ils l’aident à vaincre la puissante Worms, la cité des terriens… Mais, une fois Worms vaincue, un colon va le convaincre qu’il est plus difficile de faire le bien que de s’abandonner au mal… et Goetz va relever le défi et désormais vouer sa vie au bien…

La pièce de Sartre se voit donc transposée de l’Allemagne du XVIe siècle à une planète lointaine, les dieux celtiques ont remplacé Dieu et le Diable alors qu la révolte paysanne l’est par une guerre entre deux clans séparés par des siècles d’évolution technologique… Le mélange âge de fer / science-fiction fonctionne à merveille et le scénario de Fane s’inscrit dans l’esprit de l’histoire de Jean-Paul Sartre, avec de nombreux changement qui modernisent le propos en y apportant une touche d’humour cynique et grinçant et une infinie cruauté… Servi par de somptueuses couleurs, le trait anguleux de Didier Cassegrain met en scène avec force ce récit qui interroge sur le Bien et le Mal qui n’ont pas d’existence propre en dehors des religions, seul le libre arbitre et les conséquences de nos choix présidant à notre destinée… Somptueux et puissant, Goetz est un album aussi captivant que fascinant… un gros coup de cœur des Sentiers de l’Imaginaire.


J’ai tout donné, tout perdu jusqu’à mon âme, espérant réussir là où tous les dieux ont échoué… Et je n’y suis pas parvenu.Goetz

Le Korrigan




Inspiration jeux de rôle

Cette fiche n' est référencée comme inspi pour aucun jeux de rôle.