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La tentation du mâle
Mamie Luger



Fiche descriptive

Policier

Mamie Luger

Tome 1

Nicolas Kéramidas (d'après le roman de Benoît Philippon)

Nicolas Kéramidas

Nicolas Kéramidas

Casterman

13 mai 2026


18€

9782203281813

Chronique
La tentation du mâle
La vieille dame à la pelle

Berthe Gavignol, 102 ans, est arrêtée par la police après avoir tiré sur un homme avec un Luger, un vieux pistolet allemand.

Mais ce n'est que le début : au fil de l'interrogatoire, cette " petite mamie " au langage fleuri révèle un passé explosif, fait de cadavres, de secrets bien enfouis, et de luttes contre les violences faites aux femmes.
un excellent album!


La vieille dame à la pelle
Mamie Luger, planche du tome 1 © Glénat / KéramidasDans la paisible banlieue de Saint-Flour, une centenaire défouraille à tout va. Elle a blessé son voisin d’un coup de carabine et n’hésite pas à ouvrir le feu sur les forces de l’ordre venus régler ce problème de voisinage…

Emmené au commissariat central, elle est interrogée par l’inspecteur Ventura (qui ressemble pas mal à Lino)… Après leur avoir raconté son enfance, on entre enfin dans le vif du sujet… La Mamie aurait aidé une certaine Guillemette Desmoulin et son ami Roy lors de leur cavale. Tous deux sont accusé du meurtre de Xavier Desmoulin, feu-mari de Guillemette… Elle nie d’abord farouchement avant d’expliquer qu’elle les a juste hébergés pour la nuit.

Mais, après la fouille de son domicile, on trouve un vieux luger… Lorsqu’on lui demande de s’expliquer sur la possession d’une arme nazie, elle raconte qu’elle a tué et enterré dans sa cave un officier nazi qui avait tenté de la violer… Devenant de plus en plus suspecte aux yeux de l’inspecteur, ce dernier ordonne la fouille minutieuse de sa maison et poursuit son interrogatoire…


Mamie Luger, planche du tome 1 © Glénat / Kéramidas
un récit entraînant et joyeusement déjanté
Nicolas Keramidas adapte pour la première fois à notre connaissance un roman en bande-dessinée… On comprend à la lecture du Mamie Luger de Benoît Philippe qu’on puisse être pris d’une furieuse envie de transposer au neuvième art son récit irrésistibles, truffé de répliques savoureuses à la Audiard et porté par une petite vieille haute en couleur pleine de verve et de vie…

La couverture donne d’emblée le ton : Berthe Gavignol que l’on découvre massacrant quelqu’un à coup de pelle n’est pas de celle qu’on emmerde sans en subir les conséquences… Elle a son petit caractère la petite vieille et on comprend bien vite qu’elle n’est pas une paisible retraitée qui aurait dérapé… Et l’inspecteur chargé de l’enquête pour la fusillade est loin d’être au bout de ses surprises… La joute verbale entre la centenaire et le policier s’avère jubilatoire. Même ses subalternes peinent à masquer leurs rires devant le franc parler fleuri de Berthe qui leur raconte sa vie, par petits bouts, façon patchwork… Née en 14, à la veille de La grande Guerre, elle en a vu des vertes et des pas mûres ! Et elle a sa façon bien à elle de raconter, passant certaines choses sous silence mais n’hésitant pas à avouer un meurtre, certes prescrit depuis longtemps au policier, qui l’écoute, halluciné par ses confessions… Mais au fil des l’interrogatoire de la petite vieille, le lecteur se demande rapidement s’il elle n’est pas une serial killer qui a des comptes à régler avec la gente masculine… D’ailleurs, son histoire c’est aussi celle de centaines de milliers de femmes, victime d’une société patriarcale et d’une masculinité toxique.

Mamie Luger, planche du tome 1 © Glénat / KéramidasCette garde à vue en forme de huis clos en rappelle une autre, fascinante et nerveuse : celle du film de Claude Miller où Lino Ventura endossait déjà le rôle du flic et où l’impressionnant Michel Serrault lui donnait la réplique… Car, bien que l’humour noir et mordant soit de la partie, les sujets abordés s’avèrent eux empreint de gravité et de noirceur… Et, bien que criminelle endurcie, la vielle dame nous parait étrangement sympathique… Combien d’autres cadavres cachent-elle encore dans la cave de sa maison ?

Pour mette en image cette histoire tout aussi sombre que truculente, Nicolas Kéramidas adopte un style délicieusement cartoonnesque qui lui permet d’accentuer le comique des répliques et de mettre en relief l’irrésistible franc-parler de Mamie Berthe… Energique et follement expressif, le trait du dessinateur s’avère tout juste irrésistible, contribuant à nous rendre sympathique cette petite vieille qui, en apparence, ressemble à une vieille dame ordinaire… Sous les crayons de l’artiste, elle est tour à tour toute menue et d’apparence frêle et fragile ou au contraire combative et caustique, jouant avec jubilation avec les nerfs de l’inspecteur Ventura, Lino pour les intimes… Le découpage des planches est quant à lui d’une redoutable efficacité et malgré le dessin tout en rondeur du dessin, la violence de certaines séquences est mise en image de façon étrangement crue, rappelant que si la forme est Irrésistiblement drôle, le fond reste gravement sombre.

Mamie Luger, planche du tome 1 © Glénat / KéramidasAvec Mamie Luger, le sémillant et talentueux Nicolas Kerramidas se propose d’adapter le jubilatoire roman éponyme de Benoît Philippe.

Berthe Gavignol est en garde à vue pour avoir tiré sur son voisin à la carabine et canardé la police venue mettre un terme à la fusillade… On l’accuse d’avoir aidé une meurtrière en fuite et son compagnon… La centenaire décline son identité à l’inspecteur Ventura et se met à raconter son enfance avec son franc-parler, faisant plus d’une fois s’esclaffer le flic qui tape sa déposition. Lorsqu’on lui demande la raison pour laquelle elle possède chez elle un luger datant de la guerre, elle explique qu’il appartenait à un nazi qu’elle a tué à coup de pelle avant de l’enterrer dans la cave après qu’il ait essayé de la violer… Et il ne semble pas être le seul à reposer dans sa cave… Car sous son apparence de gentille grand-mère se cache une vieille au caractère bien trempé qui refuse de se laisser maltraiter par les cons mal dégrossis.

Il y a du Michel Audiard dans les dialogues truculents de ce récit qui nous raconte façon patchwork la vie tumultueuse d’une centenaire de sa naissance en 1914 jusqu’à cette année 2016 où elle a gravement blessé son voisin à coup de 22 long rifle… Et le fait est qu’elle s’avère être une formidable conteuse qui sait tenir en haleine son auditoire, jouer avec les nerfs de Lino (surnom qu’elle donne à l’inspecteur) et faire s’esclaffer ses subalternes par des répliques bien senties… Si elle n’avait pas tué et enterré dans sa cave au moins deux personnes, en état de légitime défense toutefois, elle en serait presque sympathique… En fait, elle est sympathique, malgré cela, et elle avait clairement des circonstances atténuantes pour ces deux homicides dont on devine qu’ils en annoncent d’autres… Parce que quoi qu’elle en dise, ce n’est pas fortuitement qu’elle a tiré sur son voisin ! Le dessin très cartoonnesque de Nicolas Keramidas s’avère follement expressif. Son trait tout en rondeur campe des personnages délicieusement expressifs, alors que la colorisation sobre mais soignée de l’album permet au lecteur de ne pas se perdre dans les différentes époques de l’histoire de Berhe ! Sur fond de comédie limite burlesque, ce premier tome de Mamie Luger aborde sans en avoir l’air la difficulté d’être une femme dans une société patriarcale voir masculiniste… un gros coup de cœur de par chez nous, tout à la fois sombre, drôle et bougrement rafraîchissant!


- Vous avez enterré un nazi dans votre cave.
- C’est bien, tu m’as écoutée.
- Que vous avez assassiné… Donc…
- Ah non ! T’as raté la partie viol !
- Oui, vous pouvez parler de légitime défense… Mais il s’agit quand même d’un homicide…
- Moi, j’appelle ça un crime légitimé par la guerre. dialogue entre[ L’inspecteur Ventura et Berthe Gavignol/Citation_auteur]

Le Korrigan




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