Entretien avec Chris Regnault


Bonjour et merci de vous prêter au petit jeu de l’entretien…

Question liminaire : êtes-vous farouchement opposé au tutoiement ? Si oui, je me ferais violence mais je sais qu’un « tu » risque tôt ou tard de partir tout seul pendant que je nettoierai mon clavier…

Aucun problème pour être tutoyé. Le vouvoiement, c’est élégant, ça donne tout de suite l’impression qu’on va parler d’art ou de philosophie. Mais soyons honnêtes : le tutoiement, ça détend, ça rapproche, et ça évite de passer trois phrases à se demander si on est censés encore se vouvoyer ou pas.

Tu m’enlèves une balle de 6.8 du pied…
Peux-tu nous parler de toi en quelques mots ? (parcours, études, âge et qualités, passions, numéro de carte bleue ou de comptes numérotés en Suisse ou aux Îles Caïmans ?)

Alors pour le numéro de compte en Suisse, on va attendre encore un peu ...
J’ai fait mes études dans une école de dessin à Lyon pendant quatre ans. C’était une bonne base, mais je ne dirais pas que ça a façonné entièrement mon dessin : je me sens aussi autodidacte. Tout ce que j’ai appris sur la mise en scène, la narration, le rythme, ça vient surtout d’années de pratique après mes études.

J’ai publié plusieurs albums chez Glénat, souvent dans le registre historique ou de commande, avant de me lancer dans des projets plus personnels. Ça m'a permis de faire mes gammes et de comprendre le métier. J'ai fait une adaptation en 2 Tomes de L'Homme Invisible de H.G Wells avec Dobbs au scénario et un one shot biographique sur Jesse James pour me mettre dans l'époque du western. Je vous passe le nombre de commandes pour remplir mon frigo et la presque centaine de couvertures que j'ai illustrées pour Le Monde – Glénat.

J’ai 43 ans, et si je devais me résumer : patient, résilient, et avec un humour qui me sauve souvent la mise. J’adore le cinéma, la photo, et… ne rien faire en profitant des choses simples… ce qui est une passion à part entière.
Leave them alone, recherche de personnage © Regnault
Enfant, quel lecteur étais-tu et quels étaient tes livres de chevet ? La BD a-t-elle toujours occupé une place de choix ?
Oui, la bande dessinée a toujours compté pour moi. Mon père avait une belle collection: j'ai commencé par les classiques de jeunesse : Astérix, Lucky Luke, Spirou, Tintin et tous les autres (listes vraiment pas exhaustive)…mais aussi des séries plus adultes comme Largo Winch, L’Épervier, Michel Vaillant, Buck Danny, Yoko Tsuno (liste toujours pas exhausive, la collection était ultra complète en y repensant) ou les vieux Pilote de sa jeunesse. C’est un héritage qu’il m’a transmis.

En jeune ado J'ai découvert le manga grâce à mon frère, à une époque où tout ça débarquait en France : Akira, Appleseed, Ghost in the Shell, Gunnm, … et évidemment Dragon Ball à la télévision (merci le club Dorothée). J’ai donc grandi à la croisée de ces deux mondes — la BD européenne et le manga — avant de découvrir un peu plus tard les comics, grâce à des camarades d’école d’art et ma seule curiosité.
La vraie claque, celle qui m’a marqué à vie, c’est Blueberry. J’ai lu la série complète trois fois d’affilée quand j’avais quatorze ans. La puissance, la maestria du trait et l'excellence de l'histoire de Charlier m'ont littéralement subjugué à l'époque. J'étais totalement hypnotisé par le dessin de Jean Giraud. D'ailleurs aujourd'hui j'évite de regarder son œuvre sinon je suis capable de me laisser happer indéfiniment.

Aujourd’hui je lis beaucoup moins de BD, paradoxalement, parce que je me laisse trop influencer. Je préfère rester concentré sur mon propre univers, et choisir avec soin ce que je lis. Mais je suis une vraie éponge à image, et avec les outils d'aujourd'hui, les galeries infinies du web, je trouve toujours de quoi régaler mes yeux et ma passion.
Leave them alone, storyboard des planches 2 et 3 © Regnault / Seiter
Devenir auteur de BD, était-ce un rêve de gosse ? Un auteur en particulier a-t-il fait naître ta vocation ?
Devenir auteur de BD… Je ne sais pas si c’était un rêve de gosse, à vrai dire. C’est plutôt quelque chose dans lequel je me suis doucement laissé glisser, sans plan de carrière précis, porté par mon goût pour… ne rien faire, paradoxalement ! Alors que c’est tout l’inverse ce métier, ça demande un investissement colossal et une rigueur quotidienne.

Ce qui m’a vraiment donné envie d’en faire mon métier, c’est Jean Giraud/ Moebius. Quand j’ai découvert son œuvre, j’ai eu comme une révélation : je voulais faire de la bande dessinée pour avoir l'occasion de lui parler en direct, lui poser des tas de question pour comprendre son cerveau et son dessin. Bon, ça n’arrivera jamais (même si j'ai répondu à mes questions par d'autres biais), mais la vocation, elle, est restée. J'ai acquis quelque chose qui me permet de gagner (un peu) ma croûte, alors je continue.
Leave them alone, encrages des planches 2 et 3 © Regnault / Seiter
Quelles sont selon toi les grandes joies et les grandes difficultés du métier ?
La grande joie de ce métier, c’est de raconter, d’être un peu son propre réalisateur : composer la mise en scène, le rythme, la narration, jouer avec chaque planche comme un puzzle. Il y a un vrai plaisir créatif à s’amuser avec tous ces éléments et à voir l’histoire prendre forme. Et puis il y a aussi la satisfaction immense quand le livre sort, est lu et apprécié, ou même juste quand on peut se dire qu’un dessin tient la route et a de la gueule. Rencontrer des auteurs qu’on admire reste également un moment fort. J'aime bien aussi avoir le choix de me réveiller quand je veux, personne sur le dos.

La grande difficulté, c’est l’exigence, la solitude, la discipline. La bande dessinée demande un investissement énorme : on peut passer un an, un an et demi sur une seule histoire, ce qui sollicite toute l’énergie, la concentration et la constance, dans une forme de solitude liée à la réalisation. Être régulier dans ce travail, dans un monde qui va toujours plus vite et qui nous pousse à nous disperser, c’est extrêmement difficile. Ce n’est pas seulement la solitude physique, mais l’effort intellectuel constant qui en fait un métier exigeant, presque un sacerdoce.
Leave them alone, colorisation des planches 2 et 3 © Regnault / Seiter
Comment ta route a-t-elle croisée celle du talentueux Roger Seiter qui signe le scénario de Leave them alone ? Qu’est-ce qui t’a séduit dans son scénario ?
Je connaissais Roger Sether pour FOG, qu’il avait réalisé il y a plusieurs années et dont j’avais beaucoup apprécié les intrigues, très bien construites. En 2023, alors que je traversais une période de doute et que je manquais d’un projet excitant (j’étais même à un moment où je pensais arrêter la bande dessinée, un peu épuisé par le manque de réponses à mes œuvres), il m’a contacté avec un scénario, avec le titre de travail « Flagstaff ».

Au début, je l’ai trouvé assez classique, mais c’est justement ce qui m’a donné envie de le transformer. Je l’ai relu plusieurs fois et j’ai réalisé qu’il offrait une possibilité pour m'éclater à la mise en page, au rythme et à la narration. Mon ambition était de créer un vrai « film en livre », et ce scénario me donnait la base parfaite pour le faire.

J’ai pris certaines initiatives : modifier des personnages masculins en personnages féminins ; comme la grand-mère et la petite-fille, changer le titre, et ajouter davantage de psychologie et de questions modernes, notamment autour de la place des femmes et des liens familiaux. La structure et les rebondissements du scénario étant déjà là, mon travail a surtout été de l’enrichir et de le réinterpréter pour en faire quelque chose de plus ambitieux. Tout en me faisant plaisir avec les codes du western qui m'ont toujours fait vibrer.

Quelles sont tes références en matière de western (tous médias confondus) ?
Mes références en western sont relativement classiques. J’ai pris une vraie claque en découvrant Il était une fois dans l'Ouest, puis j’ai enchaîné avec tout le cinéma de Sergio Leone, Sam Peckinpah, Eastwood (liste toujours pas exhaustive du tout) et d’autres grands noms du genre, qui sont devenus des repères.

Côté bande dessinée, Blueberry reste une référence incontournable, tout comme d’autres classiques comme Undertaker ou même Lucky Luke, notamment pour la couleur et les personnages. J’adore dessiner des gueules, des visages expressifs, des caricatures. C'est mes souvenirs de jeunesse qui remontent à la surface.

Tarantino a aussi été déterminant : il m’a montré qu’on pouvait faire ce qu’on voulait, se permettre d'assembler des rédérences, s’éclater dans la mise en scène, mêler hommage et invention, recycler des idées ici ou là. C’est ce mélange d’inspiration classique et de liberté totale qui a guidé ma narration sur Leave Them Alone, pour créer quelque chose à la fois authentique et personnel.
Leave them alone, recherche de personnage © Regnault
Comment as-tu trouvé l’apparence de tes personnages et leur trognes singulières ? Celles de Marian Potter et de la jeune Elfie se sont-elles rapidement imposées ou sont-elles passées par différents stades avant de revêtir celle qu’on leur connaît ?
Marian et Elfie sont apparues assez naturellement dès que j’ai entrepris de changer le genre des personnages initiaux. Eh oui, il s’agissait au départ d’un grand-père et de son petit-fils. Mais j’ai rapidement eu l’idée d’en faire des femmes, afin que leurs enjeux gagnent en profondeur.

Pour ce qui est de leur apparence et de leurs caractères, j’ai laissé la main faire un peu ce qu’elle voulait. Marian s’est imposée très vite, avec un tempérament protecteur et une certaine sagesse, tandis qu’Elfie incarne une forme de candeur, qu’on peut rapprocher du regard du lecteur qui découvre l’histoire. J’avais surtout envie d’en faire deux personnages forts et charismatiques… ce que, je l’espère, l’histoire démontrera d’elle-même.

La simplicité de leurs tenues m'ont aussi permis de les identifier facilement et de les dessiner relativement plus vite instinctivement. La coiffure d'Elfie n'est pas structurée aléatoirement. Sans révéler l'intrigue disons que tout est fait pour garder une filiation.
Leave them alone, storyboard des planches 42 et 43 © Regnault / Seiter
Quel personnage de l’album as-tu pris le plus de plaisir à mettre en scène ?
À vrai dire, ils ont tous été très plaisants à mettre en scène, c’est un peu difficile de choisir.
Mattie a sans doute le parcours le plus dense et le plus intéressant. On pourrait dire qu’elle tient le rôle principal, mais ce n’est pas tout à fait vrai : elle est entourée de personnages tout aussi importants et complexes. Certaines séquences la concernant ont été de vrais défis, autant sur le fond que sur la forme.

J’ai voulu adopter une approche très immersive, presque cinématographique, pour que le lecteur s’identifie à elle, s’immerge dans l’histoire et soit touché émotionnellement. L’idée était de rendre ses émotions les plus réalistes possibles. Il y a d’ailleurs une scène, à la toute fin, qui m’a permis de lui donner encore plus d’envergure.

Je crois que Mattie et Burt sont les deux personnages avec lesquels j’ai le plus appris au cours de la réalisation de cet album. J’ai vraiment cherché à les incarner pleinement, au service de l’histoire et de sa dimension “cinéma”. Pour les affreux de l'histoire (et ils sont nombreux) j'avoue m'être fait plaisir à dessiner des gueules bien typique du genre avec du caractère.
Leave them alone, encrage des planches 42 et 43 © Regnault / Seiter
Concrètement, comment s’est organisé ton travail sur l’album ? Du synopsis à la planche finalisée, quelles furent les différentes étapes de ton travail avec Roger ?
Roger m’avait fourni l’intégralité du script dès la première lecture, ce qui m’a permis de poser rapidement une ébauche de la structure et du nombre de pages. J’ai ensuite réalisé un test de huit planches, tirées d’une séquence centrale du livre, pour donner à Roger et à mon éditeur une idée claire de la vision que j’avais du projet.

Le résultat les a immédiatement convaincus : on a signé le contrat dans la foulée. Ils ont bien compris ma volonté d’étirer et de densifier la narration, au service de l’histoire.

Étonnamment, j’avais manqué l’un des fichiers que Roger m’avait envoyés. J’ai donc improvisé les dialogues des premières scènes, ce qui m’a permis de proposer davantage de choses, d'inventer à ma sauce. Il a plutôt bien aimé l’initiative. Par la suite, j’ai retrouvé le fameux fichier… tous les textes étaient déjà écrits ! J’ai alors simplement intégré mes propositions au fil de la réalisation du storyboard.

C’est un vrai bonheur de travailler avec un scénariste aussi ouvert, qui a compris que j’avais une vision à apporter au projet. Lui comme l’éditeur m’ont laissé une grande liberté, du moment que je prenais du plaisir à le faire.

J’ai storyboardé les 150 pages en trois à quatre mois, pour avoir toute l’histoire rapidement sous les yeux. Ça me permettait d’ajuster le rythme et d’optimiser la lecture. Cette approche a tout de suite séduit mon éditeur : lire un album complet avant la version finale, c’est un vrai atout, ça donne confiance et ça permet de saisir immédiatement la vision d’auteur.

Mon storyboard est déjà très poussé : j’y mets des nuances de gris pour les profondeurs et les lumières, les textes sont en place, tout est lisible. On me dit souvent que je pourrais presque m’arrêter là ! Ensuite, il ne restait plus qu’à stabiliser un peu le dessin et passer à la couleur, ce qui m’a pris un peu moins d’un an… une moyenne de dix pages par mois.
Leave them alone, colorisation des planches 42 et 43 © Regnault / Seiter
Avec quels outils composes-tu et réalises-tu tes planches ?
Je travaille majoritairement sur tablette Wacom (Photoshop) et Ipad (Procreate) . J'ai acquis une certaine maîtrise de ces outils pour me permettre d'aller rapidement au bout de mes idées, ce qui me plaît c'est d'avancer à un bon rythme et de ne pas être freiné par le matériel. Le processus de réalisation d'un album étant extrêmement long et chronophage j'ai choisi mes outils pour être plus à l'aise que sur papier. Je garde les crayons pour la récréation personnelle et les à-côtés, les recherches, les commissions, les séances de modèle vivant hebdomadaire... Étant un peu en mal de ne plus avoir le temps de jouer aux jeux-vidéos je crois que je compense ça par le biais de mon boulot sur écran, j'y vois un côté très ludique.
Leave them alone, recherche de décor : le relais de Dead Indian Peak © Regnault
Quelle étape te procure le plus de plaisir ?
Je dirais le storyboard, le moment où je construis ma mise en scène. Je prends l’histoire comme un puzzle à assembler : les cadrages, le rythme, les placements, les compositions, l’acting… Même l’esthétique des onomatopées ! Tout est jubilatoire à poser, tant que les idées viennent et qu’on a le temps de les explorer. Tout est déjà très en place. C'est assez rare qu'il y ait beaucoup de différences entre le board et le final.

J’aime aussi beaucoup l’étape de la couleur, pour ce qu’elle apporte de surprises après mon board détaillé qui est en nuances de gris. J’ai généralement déjà une première idée des teintes pour chaque séquence que je « ressens » en couleur. C’est une étape où je me régale à chercher des références, des ambiances, des idées visuelles.
Leave them alone, recherche de décor © Regnault
La couverture de l’album est de celle qui accroche d’emblée l’œil du chaland… S’est-elle rapidement imposée ou différentes versions ont-elles existé ?
J’ai eu l’idée de la couverture quelque temps après avoir commencé le projet, en même temps que celle de changer le titre, d’ailleurs, qui m’est apparu après une phase de maturation de l’histoire dans ma tête.

Ce rouge, cette typographie et les deux silhouettes se sont imposés assez spontanément, presque d’un seul geste. J’ai tout de suite vu ça comme une affiche de cinéma.
J’en ai fait une première proposition, là aussi pour rassurer tout le monde sur ma vision. Il y a eu quelques appréhensions au début, la crainte d'être un peu trop déroutante, mais c'est devenu rapidement une évidence.

J'aime les images percutantes, impactantes et viscérales. Avec une radicalité. Je crois que c'est ce que je voulais pour cette histoire et pour qu'on la remarque dans rayon de librairie.
Recherches de couverture
Leave them alone, recherche de couverture © Regnault Leave them alone, recherche de couverture © Regnault Leave them alone, recherche de couverture © Regnault

Aurais-tu une anecdote à nous raconter relative la création de cet album ?
Mmm. J'aurai pu me passer d'une phlébite et d'un début d'embolie pulmonaire pendant la phase d'encrage en mai 2024. C'est pas tant lié à l'effort ou aux conditions de travail mais plutôt à une sorte de poisse tenace qui m'a valu de m'investir dans ce livre avec beaucoup d'affect. Y a des histoires qui semblent vouloir tester nos capacités à nous dépasser.

Je vous rassure, je vais bien : je fais du sport et j’ai une bonne hygiène de vie ! Mais la vie réserve toujours son lot de bonnes et de mauvaises surprises… et c’est aussi ce qui fait tout son intérêt.

Avec quel scénariste rêverais-tu de travailler ?
Les défunts ça compte ? Charlier, bien sûr !
J'avoue que j'ai également un très grand respect pour le travail de Van Hamme (qui mériterait peut être qu'on lui décerne enfin un Grand Prix pour sa carrière et son impact pour la bande dessinée, je dis ça comme ça).
Je pense aussi à scénariser un prochain projet en solo. Pour m'essayer à une œuvre plus personnelle.
Leave them alone, storyboard desplanches 130 et 131 © Regnault / Seiter
Peux-tu en quelques mots nous parler de tes projets présents et à venir ?
Justement, pour le moment c'est un peu vague. Si je peux rester en selle pour aller galoper dans la poussière et les grandes étendues américaines je serai content. On espère avec Roger que Leave Them Alone trouve son public pour nous permettre de continuer notre belle collaboration dans une veine similaire. On verra ça. On a des idées concernant le contenu de la boîte smiley


J'ai aussi pleins d'idées dans mes tiroirs pour des histoire plus légères, du post-apo, du jeunesse, de l'humour. Je crois que j'ai envie de m'essayer à tout pour des expériences variées dans la bd. Espérons que je trouve le temps pour tout ça.

Et sinon pour le moment des commandes assez variées, j'interviens aussi dans des écoles pour donner des cours de Storyboard et de rough...
Leave them alone, encrage des planches 130 et 131 © Regnault / Seiter
Tous médias confondus, quels sont tes derniers coups de cœur ?
Lisant vraiment peu de BD depuis quelques années pour ne pas trop m'influencer, ça m'arrive d'avoir des coups de cœur en librairie surtout pour le dessin. Les claques du moment sont deux artistes : Gigi Cavenago et Matteo Scalera. Chacune des images qu'ils montrent sur les réseaux me crèvent les yeux pour aller toucher directement une corde sensible de dessin et de composition d'image. Ils ont une maîtrise impressionnante de leurs outils (numérique pour l'un et tradi pour l'autre).

Si je dois citer un livre ce serait Saison de Sang (Step by Bloody Step) de Spurrier et Bergara. Une quête magnifique de fantasy avec une élégance et une poésie folle, un dessin à tomber et une narration.... muette ! Je me suis régalé.

En film, j'ai hyperventilé de plaisir devant One Battle After Another, de Paul Thomas Anderson, avec une réalisation exceptionnelle, du très grand cinéma. J'ai découvert des vieux films comme The Swimmer un film de 1968 avec Burt Lancaster, qui m'a aussi beaucoup plu. Je regarde 3 à 4 films par semaines si ce n'est plus selon les périodes, donc là aussi je peux faire des listes, sans genre en particulier, je regarde de tout.

Côté série il faut regarder Adolescence. Chaque épisodes d'une heure chacun est un plan séquence (vraiment) avec une absolue maîtrise de la forme et du fond. Le sujet est poignant mais je suis très client des histoires qui remuent les tripes, qui sont émotinnelement puissantes.

J'ai aussi un goût certain pour plus « light ». Star Wars : Andor c'est très bien, 1883 et 1923 aussi c'est du western de haute volée ! Et n'entrons pas dans les animés japonais, y a encore beaucoup trop !
Leave them alone, colorisation des planches 130 et 131 © Regnault / Seiter
Y a-t-il une question que je n’ai pas posée et à laquelle tu souhaiterais néanmoins répondre ?
Qu'est-ce qui fait qu'une lecture peut être une bonne expérience ?
Quand on ferme le livre et que l'histoire reste en tête et qu'elle incite à s'intérroger, à y repenser. C'est tout l'intérêt d'une œuvre, je crois, en tout cas c'est ce que j'aime quand je ressors du cinéma ou que je referme un bouquin. Ca peut être du plaisir simple de divertissement comme une vraie proposition de réflexion évidemment. Leave Them Alone termine sur quelque chose dans cet optique. Une idée de continuité. J'espère qu'on aura l'occasion un jour de la mettre en scène !

Pour finir et afin de mieux te connaître, un petit portrait chinois à la sauce imaginaire…

Si tu étais…

Chris Regnault dans son atelier © Chris Regnaultun personnage de BD : Mike Steve Donovan... Blueberry !
un personnage de western : Marty Mc Fly dans Retour vers le Futur 3. Quitte à revivre vraiment l'époque smiley
un animal : Un chat. Définitivement pour le même rythme de vie.
une chanson : La reprise de No Surprises dans la saison 1 de Westworld (Ramin Djawadi)
un instrument de musique : Un piano mal accordé de saloon.
un jeu de société : le Mikado.
une découverte scientifique : Pas une découverte scientifique mais les boules Quies !
une recette culinaire : Bourguignone ou italienne
une pâtisserie : Un cookie turbo chocolat.
une ville : Lyon City.
une qualité : Jamais en retard.
un défaut : Trop en avance.
un monument : La bibliothèque de Gaston.
une boisson : Une bière IPA.
un proverbe : Un tien vaut mieux que la peau de l'ours sortie des ronces.

Un dernier mot pour la postérité ?
Il faut lire les notices de montage avant de commencer à monter.

Ces paroles pleines de sagesse me semblent idéale pour conclure cet entretien… smiley
Un grand merci pour le temps que tu nous as accordé !

Merci à vous ! J'espère avoir dit pas trop de bêtise.


Article by Le Korrigan