★★★★☆ Du sang et des larmes
Elric, planche du tome 4 © Glénat / Telo / Blondel / Cano / PaitreauDans la taverne d’un port, des guerriers semblent impatient d’embarquer pour faire voile vers Imrryr, capitale de l’Empire décadent de Melniboné… Mais celui qui doit conduire l’assaut et les mener dans le labyrinthe protégeant le port de la Cité qui Rêve n’est pas venu au rendez-vous et les esprits s’échauffent… D’autant que plus le temps passe et plus les trirèmes melnibonéenne qui sillonnent les mers des Jeunes Royaumes risquent d’éventer leur attaque qui ne pourrait dès lors que se solder que par un échec sanglant…

Mais l’homme qui les a convoqué en ces lieux, Smiorgan Tête-Chauve, Seigneur-Marchand des Cités Pourpres, en est persuadé : Elric viendra… S’il peut l’affirmer avec certitude, c’est qu’il le connaît pour avoir été à ses côtés lorsque le melnibonéen a exploré les ruines de l’antique cité de R’Lin’ K’ren A’a, berceau de son peuple et de la civilisation melnibonéenne…


Elric, planche du tome 4 © Glénat / Telo / Blondel / Cano / Paitreau
La pierre angulaire du mythe
Amorcée en 2013, voici donc le premier cycle de l’ambitieuse adaptation d’une des plus envoûtante saga d’heroic-fantasy jamais écrite qui s’achève sur un évènement tragique et flamboyant : le sac d’Imrryr, mené par celui-là même qui en avait été Empereur : Elric le Nécromancien…

L’annonce de cette adaptation de ce chef d’œuvre de Michael Moorcock avait suscité une folle attente chez ceux qui, adolescent, avaient découvert cet anti-héros chétif et albinos qui, avant de brandir Stormbringer, l’Epée Runique, ne pouvait se passer de drogues… Et le fait est que les planches somptueuses de l’album ne pouvaient qu’alimenter cette attente…

Clôturant le premier cycle des aventures d’Elric des Dragons, la structure de La Cité qui Rêve s’avère particulièrement entraînante, avec ce récit de l’exploration de R’Lin’ K’ren A’a qui vient s’enchâsser dans celui du sac Imrryr, véritable pierre angulaire de la saga… L’idée de réunir ces deux nouvelles au sein d’un même album s’avère pour le moins judicieuse puisque le pillage de la Cité qui Rêve trouve sa justification dans les révélations qu’Elric a appris auprès de J’osui, au cœur de l’antique cité…

Elric, planche du tome 4 © Glénat / Telo / Blondel / Cano / PaitreauEntre les mains de Julien Blondel et Jean-Luc Cano, le personnage tourmenté imaginé par Michael Moorcock n’a rien perdu de sa force romantique et romanesque alors que son tragique destin s’avère encore et toujours tragiquement sublime : alors qu’il pensait s’affranchir du carcan oppressant d’un destin tout tracé par le Seigneur des Epées, bourreau de son peuple, et commencer une nouvelle vie avec Cymoril, sa bien-aimée, il est plus que jamais la marionnette d’Arioch et le jouet de Stormbringer, l’Epée Runique, amante cruelle, possessive et jalouse, comme le montre avec force la dernière séquence…

Une adaptation magistrale d’un chef d’œuvre de l’heroic-fantasy
Signée Jean Bastide et montrant Elrci se tenant à la proue du navire faisant voile vers d’Imrryr, tenant fermement son épée démoniaque, la couverture de l’album est une fois encore une pure merveille de composition et de réalisation. Storyboardé par le talentueux Ronan Toulhoat, les planches de Julien Telo s’avèrent de haute tenue même si, privé des crayons envôutant de Robin Recht, la puissance graphique de l’ensemble semble un brin en deçà des albums précédents, la colorisation pourtant soignée de Stéphane Paitreau n’atteignant pas la subtilité et la finesse de celle réalisée, entre autre, par l’impressionnant Jean Bastide… Nerveux, précis et bougrement efficace, le découpage de l’album rend sa lecture particulièrement fluide, accentuant avec art la dimension épique et dramatique de l’histoire…

L’album est complété par un dossier graphique envoûtant et une galerie d’illustrations signée par des grands noms de l’illustration (Sécher, Brunner, Bourgier, Bastide, Quidault, De Lartigue, Mignola ou Subic) et donc certaines évoqueront bien des souvenirs aux amateurs du jeu de rôle Stormbringer ou Elric tirés de l’œuvre de Moorcock…

Elric, planche du tome 4 © Glénat / Telo / Blondel / Cano / PaitreauPréfacé par Jean-Pierre Dionnet, cofondateur de Metal Hurlant et des Humanoïdes Associés (excusez du peu !), ce quatrième tome d’Elric apporte referme un premier cycle somptueux…

Scénarisé par Julien Blondel et Jean-Luc Cano, La Cité qui Rêve a pour point d’orgue le mythique sac d’Imrryr, pierre angulaire de la saga d’Elric, empereur frêle et chétif ayant renoncé à son trône et qui deviendra le fossoyeur de son peuple et causera la mort de Cymoril, son seul amour… Amante jalouse et cruelle, la maléfique Stormbringer se révèle peu à peu, faisant frissonner le lecteur de plaisir et d’horreur…

Sublime et tragique, ce final est à la hauteur de nos espérances, même si le dessin semble avoir perdu un peu de sa force et de sa puissance évocatrice avec ce passage de relais…

On ne peut qu’espérer qu’un nouveau cycle s’ouvrira bientôt tant cette ambitieuse adaptation de ce monument de l’heroic-fantasy s’avère à hauteur de nos espérance… Ce n’est pas pour rien que Michael Moorcock lui-même a adoubé ses auteurs !


- Se peut-il que la plus chère de mes filles se dresse contre moi pour défendre un de mes serviteurs.
- Cesse de m’appeller ta fille… Nous savons tous les deux à quel point je suis plus que cela…
- Et lui, est-ce qu’il le sait ? A-t-il la moindre idée de ce que tu es réellement, Stormbringer ?
- Nos destinées sont liées jusqu’à la fin des temps. Il saura tout de moi… quand le temps sera venu…

Chronique by Le Korrigan