★★★★☆ Féérique punk
Les Artilleuses, planche du tome 2 © Drakoo / Willem / Pevel / WenischLady Remington, Miss Winchester et Mam'zelle Gatling, connues et recherchées sous le nom des Artilleuses, viennent de s’emparer de la Sigillaire, un anneau mystérieux qui suscite bien des convoitises…

Pour échapper aux limiers des Brigades Mobiles Spéciales, nos trois braqueuses se réfugient au cœur de la zone où les hommes en uniforme sont loin d’être les bienvenus… Alors que le commissaire Farroux, en charge de la BMS impose au débonnaire Inspecteur Truchard de travailler avec l’Agent Ange Carposi pour intégrer des représentants du Peuple Merveilleux dans les brigades, Eckermann, le chef des Services Secrets du Kaiser, a envoyé son homme de main, le sinistre et implacable tueur Dexler sur leurs traces…

La Sigillaire semble être au cœur d’une lutte sans merci que se livrent les deux puissances ennemies et qui pourrait avoir de sombres répercussions pour le royaume féérique d’Ambremer… Mais pour l’heure l’enquête les conduit à l’appartement cossu de Valerio Grassini, trafiquant réputé d’artefacts magiques…


Les Artilleuses, planche du tome 2 © Drakoo / Willem / Pevel / Wenisch
Un récit baroque entraînant et follement rythmé
Né sous la plume audacieuse et alerte de Pierre Pevel, l’univers foisonnant qui sert de cadre à la série est né pour une série de romans féériques, romanesques et aventureux… Mais les Artilleuses ne sont pas une adaptation de la trilogie mais bel et bien un récit aussi original que captivant se déroulant dans le Paris des Merveilles, version féerique et steampunk de notre Belle Epoque…

Comme nous l’avions écrit dans la chronique du tome 1, la rencontre entre Pierre Pevel et Etienne Willem apparait comme une évidence tant leurs univers et leurs talents se mélangent de façon confondante… Ceux qui ont eu la chance de le rencontrer en festival connaissent la passion du dessinateur pour les univers steampunks… Et le fait est son trait élégant et incroyablement énergique, sa formidable capacité à animer des personnages baroques et attachants, ses découpages ciselés et ses cadrages dynamiques, le soin apporté aux costumes et aux décors font indéniablement partie des charmes de cette série merveilleusement envoûtante.

Les Artilleuses, planche du tome 2 © Drakoo / Willem / Pevel / WenischLe scénario concocté par Pierre Pevel est quant à lui virevoltant à souhait ! Car si la lecture des sa trilogie du Paris des Merveilles apporte indéniablement une saveur supplémentaire à la série, nul besoin de la connaître pour apprécier la richesse de l’univers ! Car l’auteur parvient avec maestria à poser un background pourtant foisonnant tout en déroulant une intrigue aussi haletante que joliment orchestrée riche en surprises, en explosions et en rebondissements…
Après une scène d’action d’autant plus débridée qu’elle est mise en scène de façon virtuose (et n’est pas sans évoquer une célèbre séquence du Matrix des frères Wachowski), le scénariste-romancier nous abandonne à notre frustration, il est vrai délicieuse, avec un cliffhanger dignes des meilleurs romans feuilletons du XIXe !

Pour couronner le tout, Etienne Willem s’est amusé à disséminer ça et là de délicieux caméos, invitant notamment son collègue Arnaud Poitevin (qui lui rend les pareils dans ses Spectaculaires), deux célèbres gaulois ou encore un schtroumpf… de petits détails qui rendent la lecture plus ludique et jubilatoire encore !

Les Artilleuses, planche du tome 2 © Drakoo / Willem / Pevel / WenischAprès un premier tome haut en couleur, nous retrouvons donc nos trois téméraires et intrépides braqueuses traquées par la Brigade Mobile Spéciale et par deux services secrets…

Mis en images par le trait dynamique et élégant d’Etienne Willem, le scénario virevoltant de Pierre Pevel se poursuit pied au plancher. Le scénariste nous entraîne, pour notre plus grand plaisir, dans son envoûtant Paris des Merveilles, version steampunk et féerique de notre Belle Epoque… Les choses se compliquent pour nos trois aventurières anarchistes qui se retrouvent en possession de la Sigillaire, convoitée par les services secrets de deux grandes puissances européennes…

Construit comme un roman feuilleton du XIXe siècle, l’album se referme sur un cliffhanger qui laisse augurer une suite haute en couleur et, qui sait, une petite escapade dynamitée en territoire prussien…


- Mais qu’est-ce que…
- Ben quoi ? Elle est jolie. Je voulais juste la garder un peu.
- Mais où l’as-tu trouvée ? Et quand ?
- Cette nuit chez Christofaros, une de ses fleurs l’avait gobée, mais ça lui est resté sur l’estomac, à la fleur, pas à Christofaros.
- Et qu’est ce que tu faisais là-bas ?
- Je sais pas trop. Je m’ennuyais, mais ça a pas duré longtemps, parce que je suis tombée sur un type avec une sale tête, même qu’il m’a tiré dessus !
- Tu ne pouvais pas nous raconter ça plus tôt ?
- Tu aurais préféré quand ? Quand une armée de gendarmes nous canardaient, ou quand tu as invoqué un dragon spectral pour nous sauver la peau ?
dialogue entre Lady Remington et Miss Winchester

Chronique by Le Korrigan