★★★☆☆ αποκάλυψη
Le Troisième Oeil, planche du tome 1 © Glénat / LedroitParis, de nos jours. Travaillant comme vitrailliste sur le chantier de Notre Dame, Mickaël Alphange a le don de synesthésie : son cerveau interprète la musique et est capable de visualiser les sons qu’il entend…

Un soir, jouant de la musique après avoir fumé du cannabis, il tente de repousser les limites de sa perception et atteint un nouvel état de conscience… Le monde tel qu’il le connaissait allait s’en trouver bouleversé : il perçoit désormais l’aura des personnes qu’il croise qui trahit leurs pensées, leurs émotions et même leurs états de santé… Il prend alors conscience que le monde est loin d’être ce qu’il paraît et qu’il existe, pour ceux à même de le voir, des choses jusqu’alors inimaginables…

Alors qu’il contemplait, émerveillé, ce nouveau monde qui s’ouvrait à lui, il est pris en chasse par d’inquiétantes créatures dont il parvient à se défaire, non sans mal… Il va suivre l’enseignement d’un maître pour apprendre à maîtriser son troisième œil… Et la proie va devenir chasseur…


Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas
Alors que Mickaël Alphange découvre, émerveillé, le monde sous un nouveau jour, le lecteur ne peut qu’être halluciné par les somptueux visuels composés par Olivier Ledroit… Dessinateur des premiers tomes des mythiques Chroniques de la Lune Noire (de François Marcela Froideval), série bien connue des rôlistes, du très lovecraftien Xoco[/ur] (sur un scénario de Thomas Mosdi) ou de [url= http://sdimag.fr/index.php?rub=0&art=Affiche_Fiche&aff_param=2&ID=3956#2631]Requiem Chevalier Vampire (de Pat Mills), l’artiste signe un album tout juste somptueux…

Le Troisième Oeil, planche du tome 1 © Glénat / LedroitDès la somptueuse couverture, qui n’est d’ailleurs pas sans évoquer celle de Papillon d’Obsidienne, premier tome de Xoco, l’artiste nous entraîne dans un univers très personnel, tout à la fois étrange et envoûtant qui synthétise avec maestria les différentes composantes de ce récit ésotérique contemporain : un creuset alchimique où se mêlent de multiples influences qui raviront à n’en pas douter les amateurs de scénario occultes en général et du jeu de rôle Nephilim en particulier…

un athanor artistique
Baignant dans une atmosphère délicieusement malsaine distillée par des planches superbement composées rehaussées par des couleurs sombrement lumineuses, le prologue de l’album ferre avec art l’attention du lecteur, esquissant les contours d’un monde similaire et pourtant si différent du notre… La séquence dans laquelle Mickaël Alphange, archange vengeur en devenir, voit ses perceptions se modifier est une petite merveille de composition graphique et les visuels hallucinés autant qu’hallucinants de ce qu’il perçoit du monde qui l’entoure s’avèrent aussi sublimes et somptueux qu’inquiétants… De même que le rituel, ultime épreuve, chargée de symbolique ésotérique et alchimique que n’aurait pas renié Albert le Grand ou Hermès Trismégiste, et qui devait transfigurer Mikaël à jamais s’avère être un véritable déchaînement graphique…

Mais si les visuels époustouflants d’un artiste inspiré et habité par son récit impressionnent indéniablement, ce premier opus nous laisse pourtant un peu sur notre faim. Car l’intrigue en elle-même est pour l’heure encore bien ténue… Mais sans doute fallait-il cela pour poser les bases d’un univers qu’on devine riche et esquisser le portrait de ce personnage fascinant appelé à devenir un « Veilleur du Crépuscule » auquel son patronyme le destinait sans nul doute… Le Troisième Oeil, planche du tome 1 © Glénat / LedroitEt si le vitrailliste ressemble à Hicham Janowskyu, le patron d’ASK dans la série dix pour cent, son maître évoque pour sa part l’un des grands maîtres du neuvième qui a fait plus qu’entrouvrir les portes de la perception… J’ai nommé Philippe Druillet…

Première acte du Troisième Œil, La Ville Lumière est un déchaînement visuel et graphique qui nous raconte l’initiation d’un jeune synesthésie appelé à devenir un « Veilleur du Crépuscule »…

Olivier Ledroit, le dessinateur originel des Chroniques de la Lune Noire ou de Xoco compose un univers sombrement lumineux, foisonnant et somptueux qui déchire le voile de la réalité pour nous révéler un monde inquiétant peuplé de créatures terrifiantes qui, dans l’ombre, se repaissent de l’humanité…

Les amateurs de récits où se mêlent horreur gothique et ésotérisme seront sans doute envoûtés par ce monde qui n’est pas sans évoquer celui de Nephilim, le jeu de rôle de l’occulte contemporain qui a profondément marqué une génération de joueurs…


- Tu as de la chance d’avoir Phiphi comme maître d’apprentissage. En plus d’être un type extra, c’est un fin médiéviste très calé en alchimie, astrologie et géométrie sacrée.
- Vous croyez vraiment en tous ces… trucs ?
- Ce sont les corbeaux qui croooooient, nous, nous savons. C’est toute la différence entre croire et savoir.dialogue entre Jean-Michel Montrachet et Mickaël Alphange


Chronique by Le Korrigan