★★★☆☆ Aux portes du Nouveau Monde
Sigrid, planche du tome 1 © Delcourt / Pion / Chauvel / LouAn 1000… Plusieurs siècles avant Christophe Colomb, les vikings ont fondé une colonie du côté de Terre-Neuve… Sigrid, rêvant d’aventures, et Harvard, son oncle fraîchement converti au christianisme, quittent le Groënland à bord d’un drakkar…

Quelque jour à peine après leur départ, les membres de l’équipage sont victimes d’une maladie qui les emporte un à un… Sentant la fin approcher, Harvard confie à Sigrid qu’il a secrètement emporté avec lui un objet précieux lié à la nouvelle religion pour le mettre en lieu sûr… Il demande sa nièce de l’acheminer au Markland et de le remettre à Asgeir…

Mais, une tempête fait échouer le drakkar sur les rochers acérés des côtes de Terra Neuvas et Sigrid est recueillie par un « indien » béothuk qui va soigner ses blessures…


Sigrid, planche du tome 1 © Delcourt / Pion / Chauvel / LouRemis au goût du jour par des séries TV captivantes et hautes en couleurs (le Dernier Royaume, Vikings…), les hommes du nord ont plus que jamais le vent en poupe, comme le prouve les nombreux titres qui foisonnent sur les étals…

L’amorce d’une saga intrigante
A l’instar de l’excellent Jylland de Bruno De Roover et Przemyslaw Klosin récemment publié par les Editions Anspach, David Chauvel situe son scénario dans cette période charnière qui a vu les vikings se détourner de leurs dieux pour embrasser le foi chrétienne, divisant durablement les vikings… Cette tension religieuse est fort bien retranscrite, tant à bord du drakkar que dans le village de Sigrid où l’on voit son père s’emporter contre ce nouveau dieu imposé par leur roi…

Mais si son scénario s’avère aussi captivant, c’est qu’il est remarquablement bien « monté »… En scénariste chevronné, David Chauvel joue en effet avec art de la temporalité, effectuant de nombreux flashbacks qui impulsent un rythme soutenu à l’album… Au fil d’un récit alterné parfaitement maîtrisé, l’auteur distille des éléments à priori anodins… L’histoire proprement dite se révèle donc par bribes, au fil des séquences qui s’enchevêtrent et se complètent, donnant au lecteur le soin d’assembler les différents éléments pour composer une tapisserie originale par sa thématique qui fait se rencontrer deux cultures et civilisations aux confins du monde… Construit autour d’un mystérieux MacGuffin, véritable moteur de l’histoire, le scénariste compose une saga intrigante dont on ne sait comment où elle nous conduira…

Il se dégage une force peu commune des planches de l’impressionnant Patrick Pion à qui l’on doit des albums aussi différents que la lovecraftienne Planète aux Cauchemars (adapté par Mathieu Sapin), La porte de Brazenac (de Leo et Rodolphe) ou l’Extravagant Monsieur Pimus (de Gabriel Delmas)… Si son trait réaliste installe avec art chacun des personnages, se décors sont tout juste somptueux d’autant que la colorisation soignée de Lou met joliment son dessin en valeur… Sigrid, planche du tome 1 © Delcourt / Pion / Chauvel / LouJe reste un peu plus dubitatif quant à la couverture, pourtant signé par un dessinateur dont j’admire le trait et le travail


Porté par une structure narrative audacieuse et parfaitement maîtrisée et le dessin puissant de Patrick Pion, Sigrid s’inscrit dans ce moment charnière où le culte des dieux vikings furent peu à peu abandonné pour celui du crucifié…

Rêvant d’aventure, Sigrid embarque à bord d’un drakkar en partance pour le Markland… Une maladie allait se déclarer à bord, emportant un à un chaque membre de l’équipage… Livré à lui-même, le navire finira par s’échouer après une tempête… Blessée, Sigrid sera recueillie par un autochtone…

Le prolifique David Chauvel signe un album entraînant construit autour d’un MacGuffin intrigant que nombreux recherchent avec avidité… Suite et fin de cette saga qui nous entraîne aux portes du Nouveau Monde dans le prochain tome…


Une histoire n’est jamais vieille, elle vit aussi longtemps que ceux qui s’en souviennent pour la raconter…le père de Sigrid

Chronique by Le Korrigan