★★★★☆ Un album... marquant
Marqués, planche de l'album © Ankama / Javier / DamiánBarcelone, de nos jours… Les traumatismes de l’enfance ont laissé des traces indélébiles dans les corps et l’âme de Pablo et Maria…

A peine sorti de l’adolescence, ils tentent tant bien que mal de se reconstruire et de vivre sans sombrer dans les ornières creusées par une mère junkie et un beau-père complètement taré qui les battaient sans vergogne… Ils partagent un petit appartement qu’ils payent difficilement et voient parfois leur grand-père mais refusent de lire les lettres que leur mère leur écrit de prison. Ils ont coupé les ponts, définitivement… D’ailleurs, a-t-elle jamais endossé son rôle mère ?

Maria sait que son frère est borderline et qu’il deale à l’occasion pour se faire un peu de blé… Un jour qu’il s’entraînait à la salle d’art martiaux qu’il pratique pour canaliser sa rage, il tape dans l’œil d’un organisateur de combats clandestin qui lui fait miroiter des gains conséquents… Après avoir refusé son offre, il va se laisser tenter et va frayer avec des types peu recommandables…

La sortie de prison de sa mère allait réveiller les douleurs de l’enfance et libérer une colère trop longtemps contenue…


un thriller social sombre, violent et envoûtant
Rubén del Rincon, Manolo Carot, Raule, Roger, Ruben Pellejero, Teresa Valero, Juan Diaz Canales, Guarnido Juanjo… Difficile de ne pas être envoûté par le talent saisissant de ces auteurs espagnols… et, après avoir lu l’album, il n’est guère étonnant que le scénariste en ait signé la préface tant il y a certaines similitudes entre son univers et celui de Marqués

Marqués, planche de l'album © Ankama / Javier / DamiánAprès leur jubilatoire et angoissant The Killmasters, Damián et Javier se retrouve pour tisser un thriller social sombre et parfaitement maîtrisé…

C’est une fois encore le dessin torturé de Javier qui attire l’attention et ce dès la couverture qui distille une ambiance poisseuse et menaçante… Dans le regard de ces deux jeunes, on sait que tout peut arriver…

L’émotion à fleur de peau
La première planche s’avère être d’une redoutable efficacité, esquissant en quelques cases l’enfance traumatisante des deux principaux protagonistes de l’album. La transition avec la scène suivantes s’avère très cinématographique, renforcé par un usage subtil des couleurs qui se poursuivra tout au long de l’album… Et c’est clairement vers le septième art que lorgne cet impressionnant dessinateur. Il en utilise les codes, jouant avec maestria les plans et les cadrages. Souple, nerveux et rehaussé par un encrage virtuose, son trait parvient à saisir la violence des émotions de personnages à fleur de peau qu’il met en scène de façon bluffante… Il fait ressortir avec force la colère contenue de Pablo, l’inquiétude sincère Maria ou le désir ardent de rédemption de leur mère, rendant l’histoire concoctée par son complice plus poignante encore…

Car le scénario implacable de Damián est de haute tenue… Marqués, planche de l'album © Ankama / Javier / DamiánSolidement charpenté son histoire monte en puissance de façon saisissante et son récit choral s’avère parfaitement maîtrisé, avec ces séquences, brèves mais efficaces, montrant la mère sortant de prison qui rythme le récit, comme un leitmotiv annonciateur du drame à venir… A l’instar de Pablo et Maria, on ne sort clairement pas indemne de cet album puissant et implacable qui ferait ma foi un excellent long-métrage entre les mains d’un cinéaste aussi inspiré que ces deux auteurs…

La fine équipe de The Killmasters pour tisser un thriller social sombrement captivant…

Très inspiré, Javier interprète avec virtuosité la partition composée par Damián avec un dessin sombre et torturé rehaussé par un encrage souple et une mise en couleur d’une rare subtilité. Il met en scène les personnages tourmentés nés sous la plume du scénariste, soulignant avec force la violence des émotions qui les animent et accentuant la dramaturgie par des cadrages incisifs et un découpage ciselé…

Marqué est un album impressionnant de maîtrise dont personne ne sortira clairement pas indemne…


- Une lettre ?
- De ta mère, je n’ai pas osé l’ouvrir. T je ne suis pas sûr d’en avoir envie…
- Je ne veux pas de ces putains de lettres !
- Ta sœur la voudra peut-être
- Pour quoi faire ? Pour nous dire la même chose ?! Qu’elle est de nouveau en taule et qu’on lui manque ? Elle ne se souvient de nous que quand elle se fait coffrer et qu’elle n’a plus sa dose !:
- Ne te mets pas dans cet état, Pablo
- Je me mets dans l’état que je veux ! Pour moi, c’est comme si elle était morte ! Je n’ai jamais eu de mère !dialogue entre Pablo et son grand-père

Chronique by Le Korrigan