★★★★☆ Gothique mélancolie
Nuit Couleur Larme, planche de l'album © Dargaud / GonzalezLa ville est le théâtre d’étranges disparitions aussi soudaines qu’inexpliquées… Emportée par le vent, la rumeur prétend qu’un fantôme auraient assassins les disparues…

Teresa travaille dans une librairie spécialisée dans le fantastique, l’horreur, l’ésotérisme et l’occultisme. Un soir, chassant de son magasin une cliente un peu trop envahissante, elle se rend en forêt en tenue de sorcière et invoque une étrange démone qui, bien que très déçue de ne pas avoir été appelée au Japon qu’elle rêve de visiter, lui propose d’exaucer son vœu le plus cher… Oui mais voilà, de souhait, Teresa n’en a point…

Laura (du nom que s’est donné la démone en lieu et place du sien qui s’avère difficilement prononçable) décide donc de s’installer chez la jeune libraire en attendant qu’elle trouve un vœu à formuler… Cela retardera d’autant son retour dans son vieux grimoire poussiéreux…


Nuit Couleur Larme, planche de l'album © Dargaud / Gonzalez
Mélancolique songe d’une nuit d’été
On reconnaît dès la couverture le style inimitable de Borja Gonzalez à qui on devait le troublant et envoûtant The Black Holes publié chez Dargaud en 2019… Et le fait est que la couverture de Nuit couleur larme est d’une élégance rare… Il s’en dégage un sentiment de douce mélancolie et il est bien difficile de résister aux charmes qui s’en dégagent…

Stylisé et épuré, son trait esquisse les contours d’un monde onirique et poétique aux accents délicieusement gothiques… Le dessinateur espagnol joue avec les ombres de façon saisissante, évoquant fugacement l’œuvre de Mike Mignola, dans un registre moins tourmenté… Etrangement dénués de visages, ses personnages n’en restent pas moins très expressifs, de par leurs gestuelles et leurs postures savamment étudiées… Le découpage très aéré impulse un rythme de lecture lancinant, accentuant avec art l’atmosphère irréelle qui baigne l’album.

Difficile de parler de l’histoire proprement dite tant sa mise en image donne autant à voir qu’à ressentir… Nuit Couleur Larme, planche de l'album © Dargaud / GonzalezA travers trois personnages très différents (une démone fantasque, une libraire un peu paumée et une lectrice timide et un brin envahissante), l’auteur semble questionner avec humour et tendresse sur la quête de soi, l’amitié et le rapport au monde, laissant à chaque lecteur le soin et l’espace de projeter son propre ressenti et de construire le sens…

A l’instar de The Black Holes, Nuit couleur larme met en scène des personnages sans visages mais expressifs qui évoluent dans un décor tout à la fois élégant, gothique et poétique…

Dans cet album envoûtant et dans une ville où disparaissent de jeunes personnes, Borja Gonzalez nous raconte la rencontre impromptue de trois individualités quelque peu esseulées : une libraire indécise et paumée, une cliente timide mais envahissante et une démone particulièrement fantasque qui rêve de Japon…

Nuit couleur larme est un récit décalé, tendre et déstabilisant empli de charmes et de magie qui ne peut se raconter tant il donne à ressentir…


- Ecoute bien ma petite. Tu connais les règles ?
- Je… crois que oui.
- Ne m’interromps pas.
- Désolé.
- Tu connais les règles ? Fais un vœu. Je l’exaucerais. Quel qu’il soit. Aussi démesurés ou dangereux que soient tes rêves, moi… Laura…
- Laura ? Tu t’appelles Laura ?
- Tu sais quoi ? Je m’appelle Nhqotriouh Lgthopheru. Tu m’appeleras comme ça désormais. Va-y répète. Répète deux fois.
- Laura est un joli prénom.
- Bien sûr que oui.dialogue entre Laura et Teresa

Chronique by Le Korrigan