★★★☆☆ Seules contre tous
La Promesse de la Tortue, planche du tome 2 © Bamboo / Tieko / Piatzszek / Blanchot1642. Après avoir arraché l’Île de la Tortue aux anglais pour le compte du Roi de France, Levasseur fait venir de la métropole des prisonnières, voleuses ou prostituées pour sédentariser la population et mettre fin au « matelotage». Quitt, Apolline et Louise faisaient partie du voyage et, alors qu’elles dérivaient accrochées à une épave suite à une tempête, elles se sont fait la promesse solennelle de rester unies, envers et contre tous… Mais que vaut une telle promesse dans un environnement hostile ?

Vendues aux enchères dès leur arrivée sur l’île, Quitt est achetée par Levasseur, Louise par un ancien esclave devenu quartier maître et Apolline par un vieil indien… Belles et farouchement indépendantes, chacune va jouer sa partition pour tirer son épingle du jeu, apprenant à vivre dans ce milieu plus hostile encore pour une femme qu’il ne l’est pour les hommes…


Un récit d’aventure aux accents féministes
Le prolifique Stéphane Piatzszek continue d’explorer différents genres et univers, nous entraînant cette fois avec la Promesse de la Tortue dans l’âge d’or de la piraterie qui fit couler tant d’encre et de sang… La Promesse de la Tortue, planche du tome 2 © Bamboo / Tieko / Piatzszek / BlanchotMais l’éclectique scénariste change subtilement de paradigme en nous contant le destin de trois femmes jetés dans l’aventure malgré elle. Car si on sait que certaines femmes, telle Anne Bonny , Mary Read ou Jacquotte Delahayese se sont fait un nom dans la piraterie, les récits mettant en scène des femmes du peuple dans cette époque violente et aventureuse sont bien plus rares…

A travers le destin de ces trois femmes au caractère bien trempé, le scénariste nous esquisse un portrait saisissant des Caraïbes en général et de l’Île de la Tortue en particulier… Présenté dans beaucoup d’œuvres comme le refuge par excellence des frères et sœurs de la côte, son histoire reste plutôt méconnue. L’île fut le creuset de luttes d’influence politiques et militaires entre les grandes puissances européennes mais s’y côtoyaient déjà esclaves, affranchis, nobles, natifs, bourgeois alors que les guerres de religion s’y invitent, déchirant la colonie comme elle a ravagé le Royaume quelques décennies plus tôt.

S’inscrivant dans une veine classique, le trait énergique qui est le sien, Tieko nous entraîne au cœur des caraïbes, où se mêlent et s’entremêlent de multiples culture et civilisation. Sobre et efficace, le découpage fait la part belle aux personnages en général à Louise, Quitt et Apolline en particulier… Les planches en noir et blanc aperçues sur le net font regretter qu’une telle version n’existe pas en album et la colorisation, manquant peut-être d’un brin d’audace, ne fait que renforcer ce regret…
La Promesse de la Tortue, planche du tome 2 © Bamboo / Tieko / Piatzszek / Blanchot
Unis par la promesse de rester unies dans l’adversité, Louise, Quitt et Apolline ont été vendues comme esclave sur l’Île de la Tortue. Pour survivre dans ce monde hostile où la femme n’est au mieux qu’un faire-valoir, chacune va tisser des alliances de circonstances pour tenter de prendre les rênes de leur destin…

Avec un scénario choral qui rythme l’album, Stéphane Piatzszek brosse le portrait de l’Île de la Tortue, alors colonie française, convoitées par les grandes puissances européennes et rattrapée par les guerres de religion qui déchirèrent l’Europe et se retrouve au cœur de jeux politiques et de luttes d’influences entre les grandes puissances européennes... Son scénario historique est joliment mis en valeur par le trait dynamique de Tieko qui immerge avec force le lecteur dans cette époque aventureuse…

Ce second tome de La Promesse de la Tortue poursuit un récit d’aventure entraînant aux accents féministes…


- Protégez-moi, monsieur, protégez-moi de cet homme.
- Madame, est-ce vraiment votre désir ?
- De tout mon âme Chevalier.
- Vous protéger de ct homme, vous comprenez bien qu’il s’agit de vous en débarrasser ?
- Ordonnez et dans la mesure de mes faibles moyens, je vous aiderais.
- Veuillez pardonner un homme qui en a tant vu, mais comment savoir si ce n’est pas là un piège que me tend votre époux ?
- Je vous ai écrit une lettre… Qui me met toute en votre pouvoir. Je l’ai glissée dans votre manteau.dialogue entre Quitt et le Gouverneur

Chronique by Le Korrigan