★★★★☆ L’amorce d’une quête
La Moïra, planche du tome 1 © Glénat / Raka / Lylian  / BouetÎle de Gaelia. Âgée d’à peine 13 ans, Aléa est une jeune orpheline un peu sauvage qui vole chaque jour sa nourriture, ce qui lui attire bien des ennuis. Son destin allait basculer le jour où elle trouve une bague sur un cadavre… Elle semble alors investie d’un étrange pouvoir dont elle n’a pas encore pleinement conscience…

Imala est une jeune louve blanche. Chassée de la meute pour avoir provoqué le mâle alpha en s’accouplant avec un autre loup… Sa portée va être éradiquée par la meute, la condamnant à vivre en paria solitaire…

Alors que l’équilibre du Royaume est menacé par un Seigneur Noir renégat désireux de détruire le Conseil des Druides, dépositaire d’un pouvoir et d’un savoir ancestral, Imala et Aléa ignorent encore qu’elles sont appelées à se rencontrer, poussée l’une vers l’autre par la Moïra, force immuable du destin…


Le talentueux Lylian, à qui on doit notamment les Géants et la Famille Fantastique (deux série jeunesses entraînantes dessinées, notamment, par l’impressionnant Paul Drouin), s’empare du chef d’œuvre de fantasy d’Henri Loevenbruck pour en signer une captivante adaptation…

once upon a time in Gaelia
La Moïra, planche du tome 1 © Glénat / Raka / Lylian  / BouetTrès à l’aise dans les mondes fantastiques, le scénariste nous immerge d’emblée dans cet univers plein de charmes et de mystères que constitue l’île de Gaelia dont la géographie et certains éléments du background ne sont pas sans évoquer l’Irlande. Le prologue inscrit d’emblée l’histoire dans une trame plus large où se jouera le destin du royaume… Puis, par des récits alternés particulièrement entraînant qui viennent rythmer le récit, le scénariste nous présente les deux héroïnes de cette histoire aux accents de légendes : la jeune et indomptable Aléa et Imala, la louve blanche et solitaire… Même ceux qui n’ont pas lu le roman comprennent que ces deux individualités sont appelées à se rencontrer.

Des récitatifs ancrent le récit du côté littéraire, donnant corps au concept de la Moïra qui préside, telles les Moires de la mythologie grecque, aux destinés de tout un chacun, filant, réparant et tranchant les fils du destin, sans aucun état d’âme… Un récit enchâssé, conté par une barde talentueuse, vient enrichir et densifier l’univers, immergeant plus avant les lecteurs dans ce monde tout à la fois classique et original… Les jeunes lecteurs s’attacheront d’emblée à la jeune femme, ses relations avec les aubergistes qui vont la recueillir, le druide qui va venir s’entretenir avec elle, ou ce nain aventureux, étant retranscrites avec finesse, faisant la part belle aux ressentis de l’héroïne.

Pour son premier album, la jeune dessinateur italienne Raka fait montre d’un trait à la fois sûr et élégant d’inspiration disneyenne. Si sa louve est tout particulièrement belle, tant et si bien qu’on ne serait guère surpris de la voir s’animer devant nos yeux émerveillés, les autres personnages ne sont pas en reste… Et si Aléa est si attachante, son travail graphique n’y est pas étranger ! D’autant qu’il est sublimé par les douces et lumineuses couleurs de Sébastien Bouet qui distillent charmes et poésie… La dessinatrice suggère certaines scènes particulièrement dures plus qu’elle ne les montre, laissant à chaque lecteur le soin de l’imaginer et d’y projeter ses propres représentations. La Moïra, planche du tome 1 © Glénat / Raka / Lylian  / BouetRaka change radicalement de style lorsque la barde nous conte son récit, comme Jérôme Lereculey l’avait fait avec le même brio sans sa saga arthurienne…

Après avoir enchanté les jeunes lecteurs (et leurs parents !) avec les aventures de la Famille Fantastique ou Géants, Lylian se propose d’adapter les doublement fantastiques romans d’Henri Lœvenbruck en bande-dessinée…

Pour se faire, il s’associe à Raka, une jeune dessinatrice italienne qui signe un premier album particulièrement réussit avec un dessin élégant et enlevé joliment mis en valeur par les couleurs douces et lumineuses d’un Sébastien Bouet très inspiré.

La louve et l'enfant amorce une série prometteuse qui ravira tant les fans de l’œuvre originelle que les amateurs de fantasy… Et, comme souvent avec Lylian, si le livre est destiné à la jeunesse, il devrait être apprécié par les parents du lectorat auquel il se destine principalement…


- Voici une histoire que les Silves de la forêt de Borcélia aiment à se raconter le soir, au clair de Lune.
- Les Silves. Tout le monde sait que ça n’existe pas !
- Libre à toi de ne pas y croire, jeune demoiselle. Pour celles et ceux que l’imagination porte à la rêverie et aux choses mystérieuses de ce monde, voici comment commence mon récit. « Il y a fort longtemps vivait sur cette terre un vieux roi... »dialogue entre Aléa et Faith, a barde

Chronique by Le Korrigan