★★★★★ Les crimes des uns
Claude Gueux, planche de l'album © Delcourt / Springer / LambourClaude Gueux est un honnête ouvrier qui ne ménage pas sa peine. Mais alors que sa fille souffre de la faim et du froid, il se résout à voler… La miche de pain qu’il a dérobé permettra à sa fille de manger durant trois jours. Il écopera de cinq années.

Enfermé à la prison de Clairvaux, il s’attire le respect de ses codétenus, tant par sa stature imposante que par sa dignité et sa capacité à apaiser les tensions… Il se lie d’amitié avec Albin qui partage avec lui sa ration… Mais, Jaloux de sa popularité auprès des autres le directeur décide de changer Albin d’atelier… Malgré les demandes fréquentes et les supplications de Claude Gueux, le directeur fait la sourde oreille et refuse de revenir sur sa décision… Claude Gueux souffre à nouveau de la faim et, le directeur restant inflexible, le juge, et le condamne à mort…

Après l’avoir assassiné et tenté vainement de se suicider, Claude Gueux sera jugé et condamné à mort…


Claude Gueux, planche de l'album © Delcourt / Springer / Lambour
La faim justifie les moyens
Moins connu que les derniers jours d’un condamné à mort, Claude Gueux fait clairement écho au vibrant plaidoyer de Victor Hugo contre la peine capitale.

On y suit le destin tragique d’un homme de bien, contraint de voler pour nourrir sa famille et qui va être enfermé dans une prison pour y subir l’arbitraire d’un système carcéral. Poussé au vol par une société injuste qui ne paye pas un ouvrier suffisamment pour qu’ils puissent vivre décemment, il va être poussé au crime par un directeur de prison, jaloux de son aura et désireux d’exercer son pouvoir… L’un comme l’autre vont être condamnés à mort… L’un par un une société et un système inique, l’autre par un homme victime des décisions arbitraire du premier… Victor Hugo confronte ces deux condamnations, poussant le lecteur à s’interroger sur la légitimité de l’une par rapport à l’autre.
Pour servir son propos, le romancier a passé sous silence certains faits pour rendre Claude Gueux plus admirable encore, et son sort, par ricochet, plus injuste. Claude Gueux, planche de l'album © Delcourt / Springer / LambourLa société n’a-t-elle pas sa part de responsabilité dans le vol comme dans le crime de l’ouvrier et dans son meurtre prémédité ? La réponse appartient au lecteur mais l’histoire s’avère édifiante et le hantera durablement.

Retrouvant pour l’occasion le dessinateur avec qui elle a signé 3 Ardoises, la Boussole ou l’Ivresse, Severine Lambour nous propose une remarquable adaptation du roman de Victor Hugo. Elle en conserve l’ossature mais fait l’ellipse du procès, comme si elle voulait laisser au lecteur le soin d’exercer son esprit critique. Son découpage s’avère être d’une grande précision et le dessin de Benoît Springer souligne avec force le propos. Rehaussés par la colorisation subtile réalisée à quatre mains, son trait sobre mais puissant va à l’essentiel. Il met en scène de façon confondante le quotidien âpre, morne et répétitif des prisonniers et, alors que la tension va crescendo, la confrontation entre Claude Gueux et le directeur est orchestrée de façon magistrale, retranscrivant avec finesse et efficacité le désarroi et la détresse du prisonnier qui va, presque malgré lui, se résoudre à -commettre l’irréparable, seule échappatoire possible à ses souffrances.

Claude Gueux, planche de l'album © Delcourt / Springer / LambourSeverine Lambour et Benoit Springer associent une nouvelle fois leur talent pour signer une remarquable adaptation de ce court roman de Victor Hugo qui fait écho à ses Derniers jours d’un condamné, vibrant pamphlet contre la peine de mort.

Les deux auteurs nous racontent le destin tragique de Claude Gueux, un brave ouvrier honnête et courageux qui, pour nourrir sa petite fille, va voler une miche de pain et être condamné à cinq dures années à la prison de Clairvaux. Là, dans des conditions de détentions inhumaines, il va être confronté à l’arbitraire du milieu carcéral, incarné dans un directeur qui, jaloux de sa popularité auprès des autres prisonniers, va le priver de sa seule raison de vivre…

Mis en images avec sobriété et une redoutable efficacité, Claude Gueux est un récit poignant qui incite le lecteur à se questionner sur le système judiciaire et carcéral et sur une société dont les manquements expliquent, sans les justifier, les crimes et les larcins.


- Monsieur, est-ce qu’il n’y aurait pas un moyen de faire remettre Albin dans le même quartier que moi ?
- Impossible, il y a décision prise.
- Par qui ?
- Par moi.
- Monsieur le directeur, c’est la vie ou la mort pour moi et cela dépend de vous !
- Je ne reviens pas sur mes décisions.
- Monsieur, est-ce que je vous ai fait quelque chose ?
- Rien.
- En ce cas, pourquoi me séparez-vous d’Albin ?
- Parce que.dialogue entre Claude Gueux et le Directeur

Chronique by Le Korrigan