★★★★☆ la chienne jaune qui peint
Ecoline, planche de l'album © Bamboo / Martinez / DesbergFille d’un chien de garde orgueilleux et réputé, Ecoline était destinée à prendre sa succession… Mais, plutôt que de protéger la ferme des rôdeurs, elle passe son temps à admirer les somptueuses couleurs dont se pare la nature et à les peindre.

Un soir, ne pouvant empêcher des voleurs et leur chien de dérober les biens de ses maîtres, elle provoque la disgrâce et le déshonneur de son père qui la chasse… Désœuvrée et ne sachant où aller, elle décide de gagner Paris où vit sa sœur aînée…

Dans une capitale en effervescence à l’approche de l’Exposition universelle, cette dernière lui fait comprendre qu’elle doit au plus tôt trouver un maître pour avoir le collier sans qui elle sera embarqué par la fourrière.

Cherchant du travail, elle se présente au Moulin Rouge et va croiser la sublime Musette qui s’y produit et dont la voix envoûtante lui donne une furieuse envie de peindre… Peu après, elle croise la route de Raoul, un pigeon dandy qui va devenir son agent… Mais le public est-il prêt à reconnaître le talent d’une chienne-peintre ?


Ecoline, planche de l'album © Bamboo / Martinez / Desberg
un album plein de douceur et d’émotions
C’est d’abord le somptueux et rafraîchissant dessin de Teresa Martinez qui attire l’œil et ce dès la superbe couverture évoquant les Coquelicots de Claude Monet. Son trait est d’une grande douceur et ses couleurs chaleureuses donnent la furieuse et grisante impression d’entrer dans des toiles impressionnistes, de Monet à Van Gogh en passant par Lautrec. Ses personnages animaliers s’avèrent particulièrement attachants, à commencer par Ecoline qui emprunte son nom à cette aquarelle liquide qu’affectionne tant d’illustratrices et d’illustrateurs. Sous les pinceaux de l’artiste, cette jeune chienne naïve et contemplative semble porter un regard émerveillé sur le monde qui l’entoure. Sa complicité avec Raoul fonctionne à merveille alors que Fédor, sa Némésis, s’avère particulièrement inquiétant… Oscillant entre la bande-dessinée et l’illustration, ses planches sont pleines d’audace et d’inventivité, rendant la lecture de l’album particulièrement entraînante alors que des cadrages iconoclastes nous offrent des visuels saisissants de la Ville Lumière qu’immortalisèrent tant de peintres et d’artistes.

Délaissant les séries adultes qui ont fait sa renommée, Stephen Desberg revient à ses premières amours avec cette série jeunesse qui ravira jusqu’aux vieux enfants qui ont su conserver leur âme d’enfant. Dans le sillage de cette jeune chienne désireuse de se faire un nom dans la peinture, le prolifique scénariste nous entraîne avec tendresse dans le Paris bohème du XIXe siècle. Porté par les somptueuses aquarelles de l’artiste mexicaine, il nous offre une vision d’un Paris fantasmé où les animaux ont développé une micro-société en marge de la société humaine, avec ses règles, ses coes et ses coutumes, comme Pixar ou Disney avait su le faire dans des longs métrages tels que Ratatouille ou les 101 Dalmatiens.
Ecoline, planche de l'album © Bamboo / Martinez / Desberg
Le lecteur découvre dans le prologue une Ecoline ayant perdu toutes ses illusions et désespéré de n’avoir pu secourir ni son âme sœur ni son ami, la première embarquée par la fourrière, et le second ayant, selon toute vraisemblance, fini dans la marmite d’un gendarme… Suit alors une longue analepse où la jeune chienne va revenir sur sa triste histoire et l’enchaînement tragique des évènements qui l’a conduit cette nuit, sous ce pont de Paris où continue de couler la Seine… Puis le récit, plein de tendresse et de douceur, reprend où il s’était arrêté pour offrir un final haut en couleur et une happy-end délicieuse.

Ecoline, planche de l'album © Bamboo / Martinez / DesbergDans un esprit très disneyen, Stephen Desberg et Teressa Martinez nous entraînent dans le Paris bohème de la Belle Epoque.

L’envoûtant dessin et les couleurs douces et chaleureuses de l’artiste donnent vie à une poignée de personnages animaliers particulièrement attachants qui évoluent dans un Paris fantasmé plein de charmes… Avec des compositions oscillant entre la bande-dessinée et l’illustration, le lecteur a bien souvent l’impression d’entrer dans des toiles impressionnistes, comme s’il regardait la Ville Lumière à travers les yeux d’Ecoline…

Si l’atmosphère pleine de douceur qui baigne l’histoire semble destiner l’album à un jeune lectorat, Ecoline s’adresse tout autant aux adultes ayant su conserver cette précieuse part d’enfance et leur capacité d’émerveillement, comme le souligne, à juste titre, Stephen Desberg…


Il pleut dans mon cœur comme il pleut sur mes rêvesEcoline

Chronique by Le Korrigan