★★★★☆ le film d’une vie
Sideshow, planche du tome 1 © Soleil / Despujol / Corbeyran / AlquierNew-York, 1952, cimetière de Greenwood. Un vieil homme et un prêtre portent en terre un cercueil. Après cette triste cérémonie, le vieillard est abordé par une jeune femme qui l’invite à manger pour parler de Charly…

S’il était présent à son enterrement, l’intrigant vieil homme aux allures de vagabond n’était qu’une connaissance de Charly… Mais il prétend qu’il savait des choses sur lui que lui-même ignorait… S’engage alors une longue conversation avec Trixie dans laquelle il parle de sa rencontre avec ce gamin un peu paumé croisé par hasard et chez qui il a perçu un étrange don…

Après qu’il se soit confié à la jeune femme, c’est à son tour de raconter à l’énigmatique vieil homme sa rencontre avec un Charly plus âgé, croisé sur la route, accompagné d’une gamine qui s’avéra être sa prisonnière…


Atypique dans sa composition, la couverture est à elle seule suffisamment intrigante pour donner l’envie de feuilleter l’album… Et opère alors la magie des crayons d’Emmanuel Despujol qui, conjuguée à celle des pinceaux de Fabien Alquier, nous force à nous plonger dans cet étrange récit à la construction audacieuse…

le portrait d’un jeune homme peu ordinaire
Car le prolifique Éric Corbeyran signe avec Sideshow un scénario original et envoûtant qui nous entraîne dans l’Amérique de la Grande Dépression subtilement teintée de fantastique. Si le contexte est joliment retranscrit, l’originalité du récit réside dans la construction narrative audacieuse : le héros de l’histoire est mort dès le début de l’album qui commence par son enterrement… Sideshow, planche du tome 1 © Soleil / Despujol / Corbeyran / AlquierLe reste est une évocation, nécessairement parcellaire, de ce que fut sa vie étrange et mouvementée… Ce sont les personnages secondaires, chacun particulièrement intrigant, qui vont en esquisser son portrait, racontant leur rencontre avec le défunt à différents âges de sa vie… L’atmosphère irréelle à la frontière de la réalité et du fantastique qui baigne le récit évoque celle du somptueux Big Fish, chef d’œuvre de Tim Burton, librement inspiré du roman de Daniel Wallace, avec ce portrait de Charly qui se dessine au fil des pages et des souvenirs…

Après avoir refermé l’excellente série ASPIC où il avait pris la succession de l’impressionnant Jacques Lamontagne sur un scénario de Thierry Gloris, Emmanuel Despujol revient avec cette nouvelle série mêlant histoire et fantastique. Adoptant pour l’occasion un style plus réaliste, il compose des planches magnifiques qui rendent hommage au cinéma d’entre deux-guerre. Ses personnages s’avèrent particulièrement intrigants, à commencer par ce vieux vagabond don l’allure évoque le Merlin des légendes arthuriennes… L’album est par ailleurs truffé de références au septième art et, jouant avec les contrastes, la superbe colorisation de Fabien Alquier renforce les liens avec le cinéma.
Sideshow, planche du tome 1 © Soleil / Despujol / Corbeyran / Alquier
Porté par une narration originale et entraînante et un dessin réaliste superbement mis en couleur, cette nouvelle série du prolifique et éclectique Éric Corbeyran et du talentueux Emmanuel Despujol nous entraîne dans l’Amérique de la Grande Dépression peuplée de créatures de la nuit inquiétantes et mortelles…

Mort et enterré lorsque s’ouvre l’album, le portrait de Charly se construit à travers les souvenirs que partagent un énigmatique vieillard aux allures de magicien vagabond et une jeune femme qui chacun l’ont chacun croisé et côtoyé à des moments charnière de sa vie… Le jeune homme est unique en cela qu’il possède l’étrange don de rendre inopérant le pouvoir des vampires et autres lamies qui se trouvent près de lui…

Vibrant hommage au cinéma des années folles, ce premier tome de Sideshow amorce une série aussi intrigante qu’envoûtante dont il nous tarde de découvrir la suite…


- Vous êtes un magicien ?
- Pas vraiment… Mes mains savent réparer les petits bobos… C’est à peu près tout… Mais mon intuition me souffle que c’est toi qui possèdes un don particulier… Un pouvoir spécifique dont tu n’as pas encore perçu l’importance mais dont tu as déjà fait l’expérience, sans le savoir…
- Comment ça ? Quel pouvoir ?
- Je ne sais pas exactement… Je le sens c’est tout…dialogue entre Charly et le vieillard

Chronique by Le Korrigan